L'édito

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Le réchauffement Français

Le réchauffement climatique global a évidemment des répercussions plus locales, à l’échelon de la France. Notre pays se réchauffe-t-il plus ou moins vite que la Terre en général ? L’évolution des températures de ces dernières décennies met en évidence le réchauffement moderne. Détails.

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Les températures moyennes annuelles nationales compulsées depuis 1946, première année comptant plus de 100 stations météo en France à la sortie de la seconde guerre mondiale, mettent en évidence un réchauffement climatique sur le pays. Un réchauffement pas vraiment linéaire, commençant même pas un rafraichissement brutal dans les années 50 à la sortie de la fin des années 40 bien chaudes trois saisons sur quatre, hors hivers. Une certaine régularité basse s’est alors imposée jusqu’en 1981, avec une habituelle variabilité naturelle du climat, alternant le froid voire le très froid (1956, 1963…) et le chaud (1959, 1961, 1976…). 

A partir de 1982, la tendance repart à la hausse, d’abord timide jusqu’en 1987 en raison de trois hivers consécutifs froids, marqués par des vagues de froid étonnamment répétitives en janvier 1985, février 1986 puis janvier 1987.

Un autre tournant a lieu en 1988. Le froid se raréfie brutalement malgré quelques cas en février 1991, fin décembre 1996 et début janvier 1997, en janvier 2003, l’hiver 2005-2006, les hivers 2008-09, 09-10 puis la fin d’année 2010 ou encore février 2012 et certaines périodes de l’hiver 2013. Mais rien à voir avec les vagues de froid des années 80 et des décennies antérieures, sauf février 2012 qui sort un peu du lot avec une durée de quinze jours et une intensité remarquable, certains records de froid de février 1956 étant même battus par endroits !

Depuis 1988 voire 1982 jusqu’en 2019, impossible de ne pas voir clairement le réchauffement avec cette courbe en nette hausse. 

Les stations hors réchauffement urbain constatent également un réchauffement :

Données décennales 

Les moyennes décennales nationales mettent tout d’abord en avant une baisse assez brutale de la moyenne des températures de 0,6°C entre la période 1946-50 et les années 50 (de 11,62 à 11,04°C). Les années 60 et 70 se situeront ensuite dans les mêmes ordres de grandeur thermique que les années 50, autour de 11°C de moyenne nationale.

Les années 80 se réchauffent brutalement : +0,94°C par rapport aux années 70, passant  de 11,03 à 11,97°C ! Les années 1982 (année la plus chaude battant 1947), 83, 88 (battant 1982), 89 (battant 1988) et 90 (battant 1989) y sont pour beaucoup.

Les années 90 ont continué à se réchauffer. Mais moins vite : +0,45°C par rapport aux années 80. Réchauffement qui s’est ralenti notamment sur les mois d’avril, juin, juillet, septembre (-0,3°C par rapport aux années 80 en raison d’une série noire de 92 à 96), octobre (-0,6°C par rapport aux années 80 avec trois mois d’octobre frais consécutifs de 91 à 93) et novembre. A noter que l'année 1994 devient la nouvelle année la plus chaude, devant 1990.

Les années 2000 ont encore vu le thermomètre grimper, mais encore plus lentement : +0,18°C par rapport aux années 90. Et ce malgré une hausse notable sur les mois d’avril, juin et octobre (+0,8 à +1,3°C ces mois-là). 2003 prend la tête des années les plus chaudes, avant 1994.

Enfin, les années 2010 en cours ont connu une petite accélération du réchauffement : +0,35°C par rapport aux années 2000. Seuls les mois de février, mai et juin ont été un chouia moins chauds que lors de la décennie précédente. 2014 remplace 2003 en tant qu'année la plus chaude, avant d'être déjà battue par 2018.

Sur cette dernière décennie, la moyenne des mois de mars (8,9°C) se rapproche de la moyenne des mois d’avril des années 70 (9,3°C) anormalement froids il est vrai. Nos mois de juin actuels sont aussi chaud voire un peu plus chauds que les mois de juillet et août des décennies 50, 60 et 70. Enfin, nos huit derniers mois de décembre présentent une moyenne égale aux mois de novembre des années 50.

Des faits qui confirment bien sûr le réchauffement climatique moderne, particulièrement rapide et brutal dans les années 80, plus lent mais persistant depuis.

Moyennes quinquennales

Et pour terminer et entrer encore un peu plus en détails, les moyennes quinquennales depuis 1946 présentent à peu près les mêmes tendances. Avec une petite surprise…

La moyenne nationale a tout d’abord chuté de 0,63°C entre la période 1946-50 et 1951-55. Une certaine régularité « fraîche » s’est maintenue jusqu’en 1981, avec des moyennes quinquennales évoluant entre 10,83°C entre 1961 et 1965 et 11,11 degrés entre 1966 et 1970.

Réchauffement très brutal entre 1976-80 et 1981-85 : +0,69°C avec une moyenne nationale passant de 11,03 à 11,72°C ! La froide année 1985 n’aura pas suffit à contrebalancer la chaleur des années précédentes, en particulier 1982 et 1983.

Et encore +0,50°C pour la période 1986-90 par rapport aux cinq années précédentes. La « chaleur » omniprésente entre 1988 et 1990 a boosté les thermomètres français, et ce malgré des années 86 et 87 assez froides.

Ça se calme un peu au début des années 90 : +0,15°C, ainsi qu’entre 1996 et 2000 : +0,11°C. La tendance reste néanmoins à la hausse.

De 2001 à 2005, la moyenne nationale prend encore +0,18°C, avec notamment une recrudescence de mois de mars, juin et octobre chauds, dans une moindre mesure les mois d’août malgré la canicule de 2003, lissée par des mois d’août plus « moyens » avant et après.

Quant à la période 2006-2010, elle connaît… une petite baisse de la température moyenne nationale ! Avec -0,12°C, c’est un événement qui ne s’était plus vu depuis 40 ans tout rond. Baisse significative sur les mois de janvier, mai, août (2006, 07 et 08 frais), octobre et décembre.

Mais la tendance s’inverse à nouveau entre 2011 et 2015 avec un net réchauffement : +0,36°C et notamment un troisième trimestre très réchauffé.

Enfin, le quinquennat en cours voit ce réchauffement national se poursuivre en ralentissant légèrement : +0,19°C, hausse freinée notamment par les mois de janvier, avril, octobre, novembre et décembre. 

Un réchauffement plus qu’évident, comme à l’échelle de la planète : +1,98°C entre la décennie la plus froide, à savoir les années 60, et la décennie en cours ! 2°C de hausse en 50 ans, c’est considérable. Cela équivaut à une remontée des isothermes, lignes d'égales températures, de 200 à 300 km vers le nord. L’écart est bien sûr encore plus important entre le quinquennat le plus frais (10,83°C entre 1961 et 1965) et le plus chaud de nos jours (13,09°C), soit +2,26°C. Même si l’année 2020 devait être fraîche ou froide, ce qui est peu probable, les toutes dernières moyennes resteraient au top niveau par rapport aux 70-80 dernières années. Et même au delà : les relevés météo anciens remontant au milieu du 17ème siècle n’évoquent pas de période aussi chaude qu’aujourd’hui. Des réchauffements et refroidissements brutaux comme entre les années 70 et 80 se sont déjà produits dans le passé, notamment durant le Petit Age Glaciaire, mais avec une moyenne bien plus basse qu’aujourd’hui. Le réchauffement le plus rapide, selon l’observatoire de Paris, a atteint +1,2°C entre la décennie 1691-1700 et 1701-1710, malgré une hiver 1709 glacial. Un froid, à l’époque, à l’origine de nombreux maux dans notre pays entre autres. Il faut remonter au moins à l’Optimum Médiéval qui s’est terminé vers l’an 1300 pour trouver une période aussi chaude en France, voire 4000 à 5000 ans en arrière, période chaude de notre climat durant l’âge de bronze. Mais ça, c’est une autre histoire…

- Frédéric Decker, Lameteo.org - 

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