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La météo a-t-elle un impact sur le coronavirus ?

Une idée reçue tend à faire croire que le coronavirus va disparaître avec les beaux jours. Même si Covid-19 s'avérait être une maladie saisonnière, ce qui est possible, la chaleur ne résoudra pas la crise.

Début février, le président américain Donald Trump avait déclaré au sujet du nouveau coronavirus que, courant avril, « quand il fera un peu plus chaud, il va miraculeusement disparaître ». Pour ne rien changer aux mauvaises habitudes, cette affirmation qu’il a répété à maintes reprises est fausse. Un virus ne disparaît jamais par miracle, du jour au lendemain. D’ailleurs, nous sommes bel et bien en avril et le pic épidémique (sommet de la vague d’infections) n’est a priori encore advenu ni France ni aux États-Unis. Quant au rôle de la chaleur dans la crise, les scientifiques sont plus modérés. Mais le questionnement à ce sujet est, justement, assez pertinent. Maintenant que le printemps est là, que de premières températures élevées apparaissent, que sait-on de l’impact de la météo sur SARS-CoV-2 ?

Dans une lettre de huit pages datée du 7 avril adressée à la Maison blanche, l’Académie nationale des sciences explique que Covid-19 ne disparaîtra pas des radars en même temps que la chaleur printanière ni estivale. En revanche, comme le précise ce comité de scientifiques, des études préliminaires ont relevé qu’il existe peut-être un lien entre la chaleur, l’humidité et la capacité de survie du coronavirus. Ce lien — encore théorique — ne relève pas d’une quelconque annihilation de SARS-CoV-2, mais plutôt dans sa fragilisation. Cela pourrait signifier que ce coronavirus est saisonnier, à l’image de la grippe qui reste présente toute l’année mais provoque des épidémies chaque hiver.

Au cours d’expériences en laboratoire, des équipes de chercheurs ont mis à l’épreuve le coronavirus SARS-CoV-2 dans différentes conditions environnementales pour mieux en comprendre les mécanismes. Les résultats de l’une d’entre elles, publiés dans The Lancet Microbe le 2 avril, montrent qu’il est relativement sensible à la chaleur, et qu’il est le plus  stable autour de 4 degrés. Mais les études en laboratoire ne sont clairement pas les plus pertinentes, puisqu’elles ne reproduisent pas les conditions réelles de l’environnement naturel.

 

Le coronavirus supporterait mieux des températures ne dépassant pas 13°

L’une des premières études sur les données réelles de Covid-19 a été réalisée en Chine et se concentre sur ce pays. Dans ce papier de recherche, mis à jour le 3 avril dernier et qui reste à l’état de prépublication, les scientifiques d’universités de Beijing indiquent que les villes humides et chaudes connaissaient une propagation plus rapide de Covid-19 que les villes sèches et froides.

Dans autre étude, récente, pré-publiée début avril et produite par le MIT, les auteurs estiment que le taux de transmission le plus élevé a été enregistré dans des régions et des périodes où il faisait alors entre 3 et 17°C, là où les pays à la température moyenne plus élevée (dès ~18°) ont un taux de transmission plus faible. Les chercheurs du MIT trouvent même une application de ce constat à l’échelle des États-Unis : les États du Sud sont les moins touchés, les États du Nord (et notamment New York) sont les plus touchés ; et la Californie, intermédiaire, montre un taux d’infection tout aussi intermédiaire. Ces résultats sont assez proches d’une troisième étude espagnole et finlandaise — là encore, au stade de prépublication — qui identifie 95 % des cas d’infection dans des zones aux températures entre -3° et 10°.

Comme on a pris soin de le préciser, tous ces travaux sont des preprint, non-révisés par les pairs, et qui représentent donc un faisceau de preuves tout à fait préliminaire. En clair, cela signifie que si on retrouve bien une corrélation entre un certain type de température et la capacité apparente de propagation du coronavirus, on ne peut pas encore avoir de certitude sur le lien de causalité. D’autres facteurs peuvent jouer. Enfin, limite importante, ces études se basent sur les cas déclarés, non pas les cas asymptomatiques — que l’on sait nombreux.

 

La chaleur ne ralentira pas à elle seule la transmission

Que le coronavirus SARS-CoV-2 soit plus contagieux et solide en hiver aurait du sens, si l’on en croit certains travaux scientifiques qui rappellent que la plupart des virus de cette famille sont saisonniers. « Sur les sept coronavirus connus capables d’infecter des gens, quatre provoquent des infections respiratoires courantes qui sont fortement saisonnières et semblent se transmettre de manière similaire à la grippe dans la même population », indiquent par exemple des scientifiques du Michigan, auteurs d’une étude parue le 7 avril 2020 dans Journal of Infectious Diseases. Ce n’est évidemment pas suffisant pour en déduire que Covid-19 aura la même périodicité, mais c’est un indice que les scientifiques prennent en compte.

Quoi qu’il en soit, même si le nouveau coronavirus était sensible à une météo plus chaude et plus humide, l’augmentation printanière puis estivale ne va pas empêcher SARS-CoV-2 de se transmettre. Cela ne pourra que, tout au plus, empêcher que l’épidémie ne s’accentue encore davantage. « Bien qu’on puisse s’attendre à une légère diminution de la contagiosité du SRAS-CoV-2 par un temps plus chaud et plus humide, il n’est pas raisonnable de s’attendre à ce que ces diminutions à elles seules ralentissent suffisamment la transmission  », écrit Marc Lipsitch, directeur Center for Communicable Disease Dynamics au MIT.

Même si Covid-19 s’avérait être une maladie saisonnière, le fait que le coronavirus SARS-Cov-2 soit si nouveau pose un problème que même une faiblesse due à la chaleur ne pourra pas enrayer : la population n’est globalement pas immunisée. La contagiosité de Covid-19 restera donc très forte et ce ne sont pas la chaleur qui en bloqueront la propagation, mais bien les mesures d’hygiène et de distanciation sociale, le confinement et très probablement la généralisation des masques. Il est donc nécessaire de rappeler que, beau temps ou pas, le confinement doit être respecté.

- Article paru sur numerama.com - Lameteo.org - Dimanche 3 mai 2020 -

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