News

 

Nos hivers vont-ils disparaître ?

2019-2020, énième hiver doux en France. Cinquième hiver doux consécutif, septième consécutif dans les normes ou au-dessus, une douceur qui semble devenir la norme. Quid de nos hivers futurs ? Quelques réponses.

Froid et neige désertent-ils la France ? Les climato-sceptiques nous diront que non, que tout va bien, que c'est cyclique. Les climato-négationistes vous diront même qu'il n'y a pas de réchauffement climatique, certains osant même affirmer que le climat se refroidit (LOL !).

La réalité : Côté froid, c’est une certitude : le réchauffement climatique moderne a tendance à rendre les vagues de froid plus rares, plus courtes et moins fortes qu’avant 1988, année d’un certain tournant sur l’hexagone après trois hivers froids consécutifs. Qui nous avaient un peu mal habitué au froid, car les hivers des années 70 à 84 ont connu déjà un radoucissement sensible, en dehors du très froid mois de janvier 1979.

La dernière vague de froid remarquable date de la première quinzaine de février 2012. Une vague de froid sans gros impact sur la température moyenne saisonnière, le reste de l’hiver ayant été très doux. Bien qu’inférieures en durée comme en intensité aux dernières grosses vagues de froid (janvier 1987, janvier 1985, février 1956), elle atteignait des pics de froid remarquables à localement exceptionnels. Si la moyenne mensuelle n’était pas très basse à cause d’une troisième décade printanière, février 2012 s’est payé le luxe de battre très localement des records de février 1956 ou 1963, comme à Châteaudun par exemple où le thermomètre a chuté à -17 degrés, ou encore Orléans, Romorantin et Châteauroux.

La vague de froid de référence reste février 1956. Un froid glacial durant un mois, respectant au jour près les limites du mois calendaire. Le déficit moyen national atteint une valeur inouïe : 10,0 degrés sous la normale !!! Le deuxième mois ayant connu le plus gros écart négatif est janvier 1963 et 6,3 degrés de déficit, moins exceptionnel que février 56 ! Si le froid est resté souvent très sec dans les terres et au nord (8 mm de précipitations seulement à Paris), les régions côtières du sud ont connu un enneigement exceptionnel, notamment le littoral aquitain.

La vague de froid de janvier 1985 fut une des vagues de froid les plus sévères de tout le XXème siècle, un froid agressif (8.000 à 10.000 morts en France), extrême en deux vagues successives coupées par un léger redoux, et durable, près de trois semaines. Comme l’abbé Pierre en 1954, Coluche a été frappé par le sort des pauvres et des sans-abri, créant les célèbres « restos du coeur ». Une belle initiative qui a demandé beaucoup de ressources durant cet hiver difficile, février ayant vu une nouvelle vague de froid déferler, bien que bien moins forte qu’en janvier. Une année 85 bien fraîche dans son ensemble, avec des mois de mai, juin et août particulièrement frais !

Rebelotte l’hiver suivant avec une première vague de froid et de neige dès la mi-novembre durant deux semaines, un bref coup de froid après Noël et surtout une vague de froid à nouveau remarquable en février 1986, surtout au nord de la Loire.

Et rerebelotte l’hiver 86-87 avec une vague de froid très marquée en janvier, rivalisant même avec janvier 85 et février 56. Février et mars sont restés froids. Tout comme mai et juin…

Depuis 1988, nos hivers se sont considérablement radoucis. Les quelques épisodes froids de février 91, fin décembre et janvier 96/97 ou novembre 98 furent très anecdotiques au cours des années 90 très « océaniques », douces et particulièrement peu neigeuses. Cela continuera jusqu’en 2002.

Après une vague de douceur exceptionnelle fin décembre 2002, la bascule se fait en janvier 2003 lors qu’une vague de froid surprise, non-prévue même 24 heures à l’avance. Elle durera 8 jours avec des fortes gelées et pas de dégel sur de nombreuses régions. Depuis, hivers doux et plus ou moins froids ont alterné jusqu’à hiver 2012-13, assez froid, humide et neigeux, et surtout très long, durant de janvier à début avril. Un retour de la neige notamment au nord de la Loire où l’or blanc s’était brutalement raréfié de 1988 à 2002, 15 longues années peu neigeuses à quelques exceptions près.

De 2014 à aujourd’hui, les hivers redeviennent plus océaniques. Pas au point des années 90, puisque janvier 2017 et février 2018 ont connu des vagues de froid modérées. Février 2018 a permis à la neige de s’inviter sur de nombreuses régions, donnant jusqu’à 20 à 30 cm au nord de la Loire, ce qui ne s’était plus vu depuis 1987 voire 1979 dans certains secteurs ! Mais pas besoin de froid glacial pour battre des records de hauteurs de neige. Un front actif passant sur des températures à peine négatives suffisent.

En comparant à la normale 1981-2010 (5,6 degrés), nous connaissons donc le cinquième hiver consécutif supérieure à la moyenne moderne. Avec l’hiver 2014-15 normal et le précédent doux, nous arrivons donc à sept hivers doux. Bien sûr, si la comparaison se faisait sur les normales antérieures, à savoir 5,4 degrés entre 1971 et 2000, 4,6 degrés entre 1961et 1990 et 4,2 degrés entre 1951 et 1980, la série serait encore plus longue… Nous en serions au 33ème hiver doux d’affilée en comparant à la moyenne 51-80 !! Et en comparant à cette dernière normale trentenaire (1981-2010), le graphique ci-dessous démarre par… vingt hivers froids consécutifs ! Il faudra attendre l’hiver 1965-66 pour dépasser cette normale de quelques dixièmes, et ce malgré une forte vague de froid en janvier, mais assez courte (8 jours), largement compensée par un mois de février printanier.

On note d’autre part les deux hivers très doux du milieu des années 70; et donc cette inversion brutale de tendance à partir de l’hiver 1987-88.

L’hiver record de douceur en moyenne saisonnière reste l’hiver 2015-2016, tendance surtout marquée par un mois de décembre exceptionnellement chaud (+3,7 degrés), suivi à 0,1 degré près par l'hiver 1989-90 et son mois de février exceptionnellement chaud.

Et pour nos prochains hivers ?

La tendance de fond au réchauffement reste évidente. Il est difficile d’imaginer un retournement de situation. Les tendances saisonnières « assuraient » un hiver 2018-2019 froid, calculées à Reading en banlieue de Londres. Ce fut un échec cuisant avec 1 degré d’excédent sur la saison hivernale en France.

Bien sûr, des phénomènes naturels sont susceptibles de refroidir nos hivers à venir : d’éventuelles éruptions volcaniques majeures, une activité solaire en berne (mais cela se discute…) et tout simplement la variabilité naturelle du climat qui peut occasionner des périodes froides comme en 2012, 2010 ou 2009. La probabilité de connaître à nouveau un février 1956 ou un janvier 85 ou 87 a largement chuté ces 30 dernières années. Si elle n’est pas tout à fait nulle, il faut bien avouer qu’elle se situe au ras des pâquerettes.

C’est différent de l’autre côté de l’Atlantique, où les hivers glaciaux se succèdent. A tel point que les températures moyennes annuelles en pâtissent, notamment entre le Canada, notamment le Québec, et la région des Grands Lacs : cette petite partie du monde connaît même un relatif rafraichissement climatique depuis une vingtaine d’années. Mais on le sait, le froid nord-américain ne peut pas traverser l’océan. Pas de tendance de ce type à attendre donc chez nous.

Nous ne serons pas à l’abri d’un hiver rude et neigeux ces prochaines années lors d’un « accident » du type 2012 ou 2010. Mais la rigueur et la durée de nos hivers ont chuté, il y a peu de chances que cela change dans l’immédiat. D’autant que cette tendance concerne également le reste de l’Europe et une large partie de la Russie… Un petit fléchissement des températures comme durant la période 1950-80 n'est pas impossible après les chaudes années 30-40. Mais cette trentaine d'années avait alors vu trois saisons sur quatre se refroidir... sauf les hivers. Loupé !

- Frédéric Decker, Lameteo.org - 

Les cookies nous permettent de personnaliser le contenu et les annonces, d'offrir des fonctionnalités relatives aux médias sociaux et d'analyser notre trafic. Nous partageons également des informations sur l'utilisation de notre site avec nos partenaires de médias sociaux, de publicité et d'analyse, qui peuvent combiner celles-ci avec d'autres informations que vous leur avez fournies ou qu'ils ont collectées lors de votre utilisation de leurs services.