L'édito

L'édito

Frédéric Decker de lamétéo.org

Des catastrophes pas si naturelles

Crues et inondations ont une nouvelle fois frappé de nombreuses régions en France ces dernières semaines, suite aux pluies orageuses à répétition, souvent abondantes et violentes. Sans surprise, le réchauffement, ou changement, ou encore dérèglement climatique est pointé du doigt. Mais est-il vraiment responsable ?

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La Bretagne, la Normandie, le Bassin Parisien, le Centre, la Lorraine, l’Alsace, Rhône-Alpes, le Midi-Pyrénées etc… Toutes les régions ou presque ont essuyé des orages violents et des pluies très abondantes ces trois à quatre dernières semaines. Du « jamais vu » ? Non bien sûr. Car si mai a battu un record de foudroiement, il faut rappeler que les mesures du nombre d’impacts de foudre n’existent que depuis 1987. Un record sur 31 ans, c’est un peu court. Mais il faut a priori remonter à 1971 pour retrouver un mois de mai au moins aussi foudroyé que cette année, probablement plus si l’on considère le nombre de jours de tonnerre recensé alors par les stations à l’époque.

Les crues, inondations et coulées de boue ont parfois pris des allures dramatiques… et meurtrières malheureusement. La faute au réchauffement climatique ? Non. Ce type d’extrême météo a toujours existé. Bien sûr, des records de pluie sur 24 heures sont tombés, à Nantes, Paris ou encore sur le piémont pyrénéen, attestant le côté exceptionnel de l’épisode pluvio-orageux. Mais ces orages ne sont pas inédits. Car si la station Montsouris de Paris a battu son record de pluie en 24 heures pour un mois de mai avec plus de 70 mm,  ce n’est pas le cas du quartier des Batignolles, resté bien loin des 192 mm de pluie du 31 mai 1992.

Les records ne font pas tout. Et le réchauffement climatique ne joue aucun rôle aggravant. Un autre acteur en revanche est la star du dernier épisode météorologique violent. Et de nombreux précédents, de type crues, inondations, coulées de boue : l’être humain.

On ne répètera jamais assez que le bétonnage excessif des zones urbaines imperméabilise toujours plus nos sols. Qu’une grosse pluie d’orage ruisselle sur l’asphalte, se précipitant brutalement dans les égouts qui finissent par déborder et inonder. Mais l’homme ne s’est pas contenté d’amplifier les conséquences des pluies excessives dans les villes. C’est également le cas dans les campagnes, dans le monde entier.

En déboisant à outrance, arrachant les petits bois et bosquets qui décoraient nos campagnes, en détruisant les haies bocagères, en dénudant le sol pour une agriculture mal réfléchie, en tassant la terre des champs avec des machines agricoles trop lourdes, l’être humain n’a fait qu’offrir des toboggans géants aux précipitations qui les empruntent à la moindre averse un peu forte, au moindre orage. Alors évidemment, lorsqu’une succession d’orages violents nous concerne comme dernièrement, c’est vraiment « la goutte d’eau qui fait déborder le vase », et c’est peu de le dire.

La disparition des zones végétales de types arbres et arbustes n’a donc pas des effets néfastes que sur la faune et la flore. Elle a des conséquences climatiques négatives également. La densité de végétation et les racines absorbent une partie de l’excès d’eau de pluie. Mais pas seulement. Elles limitent le ruissellement, offrant des obstacles, ralentissent l’écoulement de l’eau, retiennent la terre et l'enrichissent. Mais cette végétation a également un rôle bénéfique en cas de sécheresse, retenant l’eau dans le sol jusqu’en surface, occasionnant des zones d’ombrage…

Si l’homme a commencé à déboiser il y a bien longtemps, il y a environ 10.000 ans pour les débuts de l’agriculture, tout s’est emballé sur ces deux ou trois derniers siècles, et plus encore ces dernières décennies, avec une population mondiale qui explose, demandant davantage d’habitations (donc de bétonnage), d’alimentation (donc d’agriculture intensive conduisant à toujours plus de déforestation). Le reboisement effectué ici ou là reste pour le moment bien insuffisant. Nous allons devoir trouver des solutions plus efficaces pour re-végétaliser nos villes comme nos campagnes. Cela n’arrêtera pas totalement les inondations bien sûr, mais cela permettrait d’en réduire les conséquences, sûrement en grande partie. Un bétonnage plus drainant est aussi envisagé. Mais ces solutions éventuelles ne progressent qu'à tout petits pas...

Frédéric Decker

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