L'édito

L'édito

Frédéric Decker de lamétéo.org

Vague d'effroi

2012, 1997, 1991, 1987, 86, 85... Ces années vous parlent ? Ou plutôt ces hivers ? Petit retour en arrière sur les vagues de froid (et d'effroi) marquantes en France.

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Le froid s'invite sur la France toute la semaine prochaine à l'occasion de la mise en place d'un bref "Moscou-Paris", flux d'air continental sec et glacial en provenance directe de Russie entre lundi soir et mercredi. La présence de l'anticyclone suffira ensuite à emprisonner tout cet air froid sur notre territoire jusqu'en fin de semaine prochaine au moins. Une vague de froid pour ce mois de janvier 2017 qui ne présentera a priori aucun caractère exceptionnel, loin de là lorsque l'on consulte les archives météo...

Février 2012 : une vague de froid envahit brutalement la France le premier jour du mois et persiste deux semaines. La neige tombe surtout, une fois n'est pas coutume, sur l'ouest du pays avec des quantités parfois importantes, dépassant 10 cm. Le froid est particulièrement vif sur les zones enneigées, froid renforcé par un vent souvent soutenu. Au plus froid, il fait jusqu'à -13 à Lyon, -16 à Blois ou encore -20 à Mulhouse.

Janvier 2003 : Records de douceur fin décembre jusqu'au 3 janvier. Et pourtant... Un épisode neigeux non-prévu surprend de nombreuses régions le 4, paralysant une partie de la région parisienne (5 à 8 cm de neige). Cette neige surprise emprisonne le froid en France pendant 8 jours avec des températures parfois très basses (vague de froid modérée) : -8 à Orly, -14 à Reims et Clermont-Ferrand.

Décembre 2001 : Une épisode de temps très froid et sec concerne une grande partie de la France, en particulier les régions de la moitié sud et dans l'est. La neige tombe essentiellement dans le sud-est : -6 à Perpignan, -12 à Agen, -16 à Belfort, -18 à Luxeuil

Décembre 1996 - Janvier 1997 : Une vague de froid s'installe entre Noël 1996 et le 10 janvier 1997. Froid souvent très sec, les chutes de neige touchent surtout l'ouest du pays, notamment les Pays de la Loire (20 cm à Nantes !). Il fait jusqu'à -11 à Paris et -22 à Troyes !

Février 1991 : Froid et neige s'invitent pendant une dizaine de jours sur la France en première quinzaine, avec d'importantes chutes de neige jusque dans l'ouest (20 cm à Niort). Il fait jusqu'à -12 à Paris, -15 à Chartres et -20 à Luxeuil.

Janvier 1987 : une vague de froid fortement neigeuse et durable s'installe durant deux à trois semaines sur la France. Un temps globalement froid qui persiste même jusqu'au 1er février. 10  à 20 cm de neige recouvrent la plupart des régions, jusqu'à 40 cm dans le Finistère. Du 11 au 20, il ne dégèle pas sur une large moitié nord avec des maxis entre -5 et -10 degrés. La couverture nuageuse importante limite relativement le froid nocturne. Mais tout de même : -12 à Sète, -13 à Paris, -14 à Toulouse, -16 à Bordeaux, -22 à Mulhouse, -33 à Méribel, -42 côté suisse à La Brévine...

Février 1986 : le froid modéré de fin janvier- début février s'intensifie brutalement entre le 8 et le 10 jusqu'au 28 voire aux premiers jours de mars, principalement sur la moitié nord. Des épisodes neigeux se produisent assez souvent, donnant jusqu'à 30 cm à Châteaudun (Eure et Loir). On note -13 à Châteauroux, -15 à Limoges, -16 à Châteaudun, -19 à Strasbourg...

Janvier 1985 : une vague de froid exceptionnelle frappe la France en deux fois, du 3 au 8 puis du 10 au 17, entrecoupé d'un très très relatif redoux. De nombreuses espèces d'arbres souffrent ou meurent, notamment dans les régions méridionales peu habituées à de telles valeurs. Les thermomètres atteignent des valeurs extrêmement basses : -12 à Marseille, -14 à Paris, -16 à Bordeaux, -18 à Chartres, -20 à Mont-de-Marsan, -23 à Troyes, -26 à Chamonix, -39 à Mouthe, -42 côté suisse à La Brévine !

Janvier 1979 : froid et neige arrivent extrêmement brutalement dans la soirée du 31 décembre 1978, s'installant pour deux à trois semaines sur une large moitié nord. 20 à 40 cm de neige paralysent le Drouais, la Beauce, le Bassin Parisien et la Bourgogne avec des congères. Il fait jusqu'à -16 à Chartres ou -19 à Caen.

Avant 1979, il faut remonter à l'hiver 1970-71 pour trouver une vague de froid remarquable, le froid s'étant quelque peu raréfié entre deux, avec notamment deux hivers exceptionnellement doux consécutifs : 73-74 et 74-75. L'hiver 70-71 a connu une importante vague de froid entre fin décembre et début janvier avec des chutes de neige très importantes. Une vague de froid tardive, assez courte a également concerné le début mars 1971.

Janvier 1966 a été marqué par une brève mais forte vague de froid de six jours, avec grand froid et neige abondante. Le thermomètre est fréquemment descendu entre -10 et -15 degrés, voire plus bas dans le nord-est. Cette vague de froid s'est brutalement terminée le 18 avec une hausse des températures de 15 à 30 degrés !

L'hiver 1962-63 a vu plusieurs vagues de froid intense déferler entre décembre et février avec des chutes de neige remarquables partout. Il s'agit de l'hiver le plus froid du 20e siècle en France. Cet hiver est catastrophique économiquement parlant et sur le plan agricole.

Février 1956 a vu une vague de froid exceptionnelle se produire entre le 1er et le 28, avant le redoux le 29... Un froid souvent très sec sur les régions centrales où la neige est finalement restée rare. Elle est surtout tombée sur les régions côtières, en particulier en Aquitaine avec 80 cm de neige entre Arcachon et Bordeaux ! Les extrêmes de froid ont fréquemment atteint -10 à -20 degrés en plaine.

Impossible d'oublier l'hiver 54, rendu célèbre par l'Abbé Pierre. La vague de froid fut pourtant courte : 8 jours. Mais très intense : -10 à -20 les nuits et pas plus de -5 à -10 degrés les journées ! Le sort des sans-abri est pris plus au sérieux sous l'action de l'abbé Pierre.

Les années 40 ont été marquées par des vagues de froid fréquentes, dans une ère d'accélération brutale du réchauffement climatique global pourtant, notamment en janvier 1942, 45 et 47. Des hivers glaciaux en pleine deuxième guerre mondiale qui ont considérablement aggravé la crise, les maladies et la surmortalité.

Je peux encore citer décembre 1938 glacial... mais sans commune mesure avec décembre 1879 : 40 cm de neige et -24 degrés... dans Paris ! Il fait alors jusqu'à -33 degrés à Langres. La plupart des cours d'eau sont pris par les glaces. Le froid est toutefois plus modéré sur les régions du sud.

Bien sûr, plus on recule dans le temps, plus on entre dans le "Petit Âge Glaciaire", marqué par des hivers régulièrement très froids (et toutes les saisons d'ailleurs...). Les -15 degrés étaient alors presque monnaie courante chaque hiver. Ces rigueurs répétitives ont mené à plusieurs grandes crises économiques et sanitaires en France, aux grandes épidémies et à des surmortalités.

Il faut parfois voir le bon côté des choses : le réchauffement climatique récent français, depuis la fin des années 80 après trois vagues de froid remarquables, nous protège plus ou moins des vagues de froid, plus rares et globalement moins fortes qu'autrefois, à l'exception de février 2012. Car vague de froid rime en France avec chaos. Notre pays océanique et sa population ne sont pas préparés à des températures glaciales et à d'importantes quantités de neige. Le passé historique nous apprend que le froid excessif a provoqué des grandes crises (Révolution Française, 1830 etc). La mort des cultures et autres arbres fruitiers, la multiplication des maladies et les grandes épidémies sur une population affaiblie par les conditions climatiques et l'arrêt des voies de transports (routes, rail, cours d'eau) ont régulièrement paralysé la France et l'Europe autrefois. C'est beaucoup plus rare de nos jours. Nous sommes déjà en période de crise économique, pas besoin d'une crise climatique en prime n'est-ce-pas ?

Frédéric Decker

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