L'édito

L'édito

Frédéric Decker de lamétéo.org

+2 degrés en France

En admettant que la France se réchauffe de 2 degrés d'ici 2100, soit en 85 ans (+0,23 degré par décennie ou +0,02 degré par an), quelles seraient les conséquences du point de vue climatique, environnemental, économique ?...

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On peut souvent entendre ou lire d'1 degré de plus fait remonter le climat du sud vers le nord d'environ 150 à 200 km. C'est faux. Car seuls les isothermes (lignes d'égales températures) remontent de la sorte. Ce n'est pas du tout le cas concernant les deux autres principaux paramètres permettant de définir un climat : les précipitations et l'ensoleillement évolueraient peu. On ne note d'ailleurs pas de changement significatif de ce côté-là depuis la seconde guerre mondiale malgré un réchauffement d'un peu de plus d'1 degré sur l'hexagone. Les modèles numériques climatiques montrent encore leurs limites à propos de l'évolution des précipitations, très incertaine.

+2 degrés. Voilà la limite espérée par le GIEC et les nombreux représentants de la plupart des pays du monde, présents pour la COP21 à Paris à partir du 29 novembre. L'événement, largement éclipsé par les récents événements tragiques à Paris et ailleurs, aura bien lieu sous un dispositif de sécurité plus que renforcé.

Concrètement, que se passerait-il en France si ces 2 degrés s'ajoutaient réellement à nos températures actuelles ?

2 degrés de plus, c'est un déplacement des isothermes de 300 à 400 km vers le nord. Nancy ou Aurillac se retrouveraient avec les températures actuelles de Paris ou Nantes. Lille connaitrait une température moyenne équivalente à celle de Gourdon, dans le Lot. Tours égalerait l'actuelle moyenne annuelle de Bordeaux ou Toulouse. La future Paris serait plus chaude que l'actuelle Biarritz. Bergerac se rapprocherait de la température nîmoise d'aujourd'hui. Il ferait plus chaud à Biarritz qu'à Bastia de nos jours. Avec 18 degrés et plus de température moyenne annuelle, les bords de la Méditerranée, notamment la Corse, se retrouveraient avec les valeurs actuelles du sud de l'Andalousie ou des villes du nord du Maghreb, telles que Tunis, Rabat ou Casablanca.

Bien sûr, avec 2 degrés de plus bien répartis en toutes saisons et en toutes régions, les vagues de chaleur seraient alors plus fréquentes, plus longues, plus précoces au printemps et plus tardives à l'automne. L'été 2015, très chaud, deviendrait la norme. L'été 2003 serait encore au-dessus de la moyenne 2071-2100, mais de 0,9 degré "seulement". Les records de chaleur dépasseraient alors les 45 degrés dans le sud (jusqu'à 46/47 degrés) et 40 à 44 degrés sur la moitié nord. Les côtes de la Manche connaitraient sans doute leurs premiers 40 degrés.

Entre 1951 et 1980, Paris comptait 30 jours de chaleur (25 degrés et plus) contre 50 de nos jours. A la fin du siècle, ce chiffre oscillerait entre 70 et 80 jours par an. Idem pour les jours de forte chaleur qui ont déjà doublé, passant de 6 à 12 degrés. Ils seraient une petite vingtaine entre 2070 et 2100...

Le froid, parlons-en. Il existerait toujours bien sûr ! Les vagues de froid seraient toutefois plus rares, moins fortes et plus courtes qu'aujourd'hui, celles-ci ayant déjà diminué depuis une trentaine d'années, après la série des hivers 85, 86 et 87. Les -10 degrés deviendraient alors exceptionnels dans Paris et autour de la capitale. Le nombre de jours de gelée a déjà baissé, cela continuerait bien sûr avec 2 degrés de plus. Les gelées deviendraient même anecdotiques sur l'ensemble des côtes, se produisant 20 à 30 jours dans l'intérieur, un peu plus vers le grand Est du pays, de 30 à 50 jours, soit un peu plus de la moitié du quota actuel. Des "accidents" pourraient toutefois se produire très ponctuellement, avec un ou deux grands hivers isolés.

Difficile en revanche de se projeter côté précipitations et ensoleillement. Ces paramètres n'indiquent aucune évolution récente en dépit du réchauffement et les modèles climatiques pataugent. On peut toutefois imaginer une grande variabilité, des grandes sécheresses estivales alternant avec des périodes très pluvieuses et orageuses. Plus l'air est chaud, plus il peut contenir de vapeur d'eau et donc d'énergie potentielle. Donc des phénomènes pouvant être plus violents qu'aujourd'hui... mais pas plus fréquents !

Idem pour les tempêtes ou les tornades qui ne seraient pas plus nombreuses qu'aujourd'hui, mais peut-être plus intenses dans un air plus chaud et plus humide.

Les espèces végétales et animales migreraient naturellement vers le nord, de décennies en décennies jusqu'en 2100. L'agriculture devrait aussi s'adapter. La culture du maïs pourrait devenir compliquée. En revanche, les vignobles pourraient se multiplier, y compris sur le tiers nord du pays. Comme souvent en période chaude, les rendements agricoles seraient bons. La végétation naturelle remonterait elle aussi vers le nord. La période d'éveil de la végétation serait plus longue, celle des rhumes de foin aussi ! Mêmes effets sur la faune qui migrerait et changerait. Certaines petites bêtes peu appréciées risqueraient de se multiplier, notamment les moustiques, avec des risques sanitaires probables puisqu'ils menaceraient de véhiculer des maladies tropicales.

Du point de vue économique, les économies de chauffage hivernal seraient plus ou moins compensées par la hausse de consommation estivale liée à la climatisation des lieux publics. Mais, à l'inverse d'autres régions du globe, la France et l'Europe s'en tireraient plutôt bien, en dehors de certaines zones littorales basses menacées par la montée des eaux (Camargue, Charente-Maritime, Vendée)...

Bien sûr, ce réchauffement peut être moins important, plus important... et il y a surtout des inconnues susceptibles de tout chambouler : l'activité solaire, prévue en baisse d'ici 2030, et d'éventuelles éruptions volcaniques majeures, pouvant refroidir assez brutalement le climat de la Terre et de la France sur un laps de temps plus ou moins long. Sans oublier des cycles océaniques plus ou moins reconnus. Sur le haut de la vague thermique sous l'influence de cycles de 230 et 65 ans, solaire et océanique, la température globale pourrait fléchir dans un avenir proche. Reste à savoir si les émissions de gaz à effet de serre contrarieront ou pas cette tendance...

Frédéric Decker

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