L'édito

L'édito

Frédéric Decker de lamétéo.org

Irma, Jose... Histoires de cyclones

Cyclone, ouragan, typhon... Une ribambelle de noms pour un seul et même phénomène, inquiétant et souvent dévastateur... 

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Contrairement à ces dernières années, 2017 réunit des conditions météo très favorables à la formation d’ouragans plus fréquents et potentiellement violents. En 2015 et 2016, El Nino, cette anomalie thermique positive au niveau du Pacifique équatorial, a eu pour effet d’annihiler ces conditions comme c’est le cas à chacune de ses apparitions, perturbant le climat mondial, y compris l’activité cyclonique dans l’Atlantique qui chute. En prime, ces deux années étaient marquées par des tempêtes de sable fréquentes dans le Sahara occidental. Ainsi, des particules de sable ont gagné la haute atmosphère avant d’être portées par les courants d’altitude vers l’Atlantique équatorial et tropical. Cet écran de particules de sable est suffisant pour légèrement diminuer le rayonnement solaire, limitant ainsi le réchauffement des eaux de surface, ainsi que la convection, donc la formation d’orages, de tempêtes tropicales et de cyclones.

Cette année, rien de tout ça : la phase est neutre dans le Pacifique, ne perturbant plus le climat mondial. On note peu de tempêtes de sable ces derniers mois dans l’ouest du Sahara, d’où une haute atmosphère plus limpide, propice à un fort rayonnement. Ce dernier a permis à l’Atlantique de nettement se réchauffer avec 26°C et plus sur plus de 50 mètres d’épaisseur de l’Atlantique équatorial jusqu’au Golfe du Mexique. Les alizés sont soutenus qui plus est sur le bassin Atlantique, alimentant les phénomènes tropicaux en air chaud et humide. Un cocktail détonnant, une véritable marmite d’eau chaude et d’humidité permettant l’éclosion et le développement de tempêtes tropicales et d’ouragans cette année. Et la saison des ouragans s’étend jusqu’en novembre, voire parfois décembre… Nous n’en avons sans doute pas encore terminé !

Il est toujours délicat de lier un phénomène météorologique, aussi extrême soit-il, à un changement climatique. La climatologie nous apprend déjà que le réchauffement des dernières décennies, bien que marqué et rapide, n’a pas provoqué de hausse du nombre de cyclones à travers le monde. Les chiffres restent très stables. 

En revanche, un monde plus chaud, une atmosphère plus chaude et des océans plus chauds peuvent contenir davantage d’humidité, car plus l’air est chaud et plus il peut contenir de vapeur d’eau. Et la vapeur d’eau, c’est de l’énergie pour les phénomènes météorologiques violents, tels que les orages, les tempêtes et bien sûr les cyclones. Nous manquons encore de recul pour être affirmatifs, et le passé climatique reconstitué par la paléoclimatologie notamment indique des résultats parfois controversés. Le nombre de cyclones violents (catégories 3 à 5) était, selon certaines études, beaucoup plus important il y a 1000 ans, dans un monde pas plus chaud qu’aujourd’hui a priori, mais sans doute plus contrasté en terme de températures entre les océans et l’atmosphère. Difficile donc d’être catégorique à ce jour concernant la hausse du nombre de cyclones puissants, mais cela paraît logique dans un monde plus chaud.

Ces dernières années, plusieurs phénomènes particulièrement puissants se sont produits à travers le monde, côté Pacifique avec Haiyan aux Philippines en 2013 et Irma cette année aux Antilles côté Atlantique. Malheureusement contre ces monstres, il n’y a pas grand chose à faire, à part évacuer les lieux ou fabriquer des abris identiques aux abris anti-tornades enterrés présents aux Etats-Unis pour se calfeutrer. Ce sont des pistes à étudier pour éviter des pertes humaines, à défaut de pertes matérielles inévitables. Car si les Etats-Unis sont coutumiers du fait (évacuations bien organisées, abri en dur enterrés), ce n’est pas le cas ailleurs. Pourquoi ne pas faire de même dans nos Antilles ? Cela sauverait des vies, sans aucun doute !

La trajectoire d’Irma avait été parfaitement anticipée par les différents modèles météo, ceux de la NOAA comme ceux de Météo-France. Cela a permis de très bien prévoir l’arrivée du phénomène sur le nord des Antilles 4 à 5 jours à l’avance. Les prévisions météo progressent régulièrement grâce aux observations des satellites météo, des radars de précipitations, des stations au sol, des bouées météo en mer etc, mais aussi et surtout grâce aux supercalculateurs utilisés par les services météorologiques nationaux, toujours plus fiables au fil des années. Ceux-ci enregistrent les données de chaque perturbation, dépression, tempête, cyclone depuis quelques décennies et progressent régulièrement. L’ajout des recherches venues de récits et observations historiques, de la paléoclimatologie concernant des phénomènes plus anciens, comme par exemple l’ouragan historique de 1780 (au moins 22.000 morts aux Antilles sous un cyclone peut-être plus fort encore qu’Irma) ou l’ouragan de 1821 sur l’est des Etats-Unis, permettra encore d’appréhender toujours mieux ces phénomènes.

Les cyclones sont « caractériels » et peuvent subitement changer de trajectoire, d’intensité etc. Mais ils sont désormais de mieux en mieux prévus, plusieurs jours à l’avance, ce qui permet désormais de prévenir la population et les autorités de plus en plus tôt, de plus en plus précisément. Il reste à définir des solutions de protections adaptées pour éviter des pertes humaines comme je l’indiquais précédemment. Cela reste assez difficile dans certaines contrées telles que les Philippines et certains pays d’Asie du sud-est en particulier où trop peu de choses sont faites encore malheureusement de nos jours pour protéger les habitants…

Frédéric Decker

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