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Le volcan Taal peut-il refroidir notre climat ?

L’éruption du volcan Taal, aux Philippines, a dégagé une importante quantité de cendres et de dioxyde de soufre jusqu’à 14 voire 16 km d’altitude depuis dimanche. L’éruption se poursuit à ce jour dans une moindre mesure, même si 1.686 tonnes de dioxyde de soufre se sont encore échappés du cratère dans la journée de mardi. Notre climat risque-t-il d’en subir des conséquences ? Quelques réponses.

Les éruptions volcaniques explosives les plus violentes, on le sait, sont capables d’altérer le climat mondial en le refroidissant pendant un à trois ans, parfois davantage pour les cas les plus violents. La dernière éruption capable de refroidir notre climat date de juin 1991 lorsque le Pinatubo, également positionné aux Philippines, a brutalement explosé. La température globale a baissé de 0,5 degré environ jusqu’à fin 1993 - début 1994. Ce fut la seule éruption suffisamment violente pour abaisser la température au XXème siècle, marqué par une activité volcanique mondiale particulièrement calme.

Plus loin, il faut revenir à l’éruption du Krakatoa, en Indonésie, en 1883. Suivirent quatre années froides marquées par des hivers rudes et longs un peu partout dans le monde.

Un cas d’école : l’explosion du Tambora, également en Indonésie, en 1815. L’année 1816 qui suivit fut appelée « l’année sans été ». Froid, pluie et neige ont surtout concerné l’Amérique du Nord, avec de la neige jusqu’en juin, revenant dès la mi-août. L’Europe n’était guerre mieux lotie, sous des trombes d’eau et des températures dignes d’un début d’automne durant tout l’été. Quelques années avant seulement en 1809, une violente éruption non-identifiée géographiquement avait déjà eu des impacts sur le climat mondial.

En 1783, l’éruption du Laki, en Islande, dégrada les conditions climatiques durant près de 10 ans. La fissure éruptive sur 30 kilomètres a dégazé d’énormes quantités de dioxyde de soufre sur un très long laps de temps. Saisons et années glaciales se sont succédées notamment en Europe et en France, faisant chuter les rendements agricoles. Famines et épidémies se sont installées ainsi qu’une surmortalité, notamment en France. Ces événements liés aux dérèglements climatiques ont fini par la révolution d’une population pauvre, malade et affamée : la révolution française en 1789.

Plus loin encore, en 1600, l’Huaynaputina, volcan péruvien, déstabilisa également le climat à travers le monde, notamment sur toute l’Eurasie. En 1453, c’est un volcan du Vanuatu, le Kuwae, qui refroidit le climat terrestre durant plusieurs années.

En 1257, un volcan indonésien, le Samalas, explose plus violemment que le Tambora en 1883. Il explosera quatre fois en cinquante ans environ, perturbant totalement le climat terrestre, avec une nette avancée des glaciers, des banquises et d’importantes déviations des courants marins. Certaines théories l’accusent d’ailleurs de la mise en place du « Petit Age Glaciaire »… qui durera 500 ans tout de même, de façon plus moins régulièrement froide au gré des futures autres éruptions citées ci-dessus. L’activité volcanique de ces siècles froids est souvent pointée du doigt dans les théories expliquant ce refroidissement climatique temporaire. Il est vrai que l’Optimum Médiéval semble avoir au contraire avoir bénéficié d’une baisse d’activité des volcans du monde.

Bien plus loin en arrière, il y a 74.000 ans, le Toba, super-volcan, explose extrêmement violemment. Il aurait refroidit le climat de notre planète de l’ordre de 3 à 5 degrés. Ce refroidissement aurait durer plusieurs dizaines d’années, a priori moins d’un siècle. Les populations animales, végétales et humaines ont alors connu une très nette décroissance.

Le super-volcan Yellowstone, aux Etats-Unis, est sous étroite surveillance. Son explosion serait telle que le climat pourrait se refroidir de plus de 10 degrés en… quelques années seulement. Si c’était le cas, l’être humain ne survivrait sans doute pas. Mais son réveil ne semble pas imminent.

Revenons au présent : le Taal, simple volcan et non super-volcan, n’a pas explosé dimanche dernier, mais a montré des signes de réveil importants avec une éruption explosive assez massive. Pas suffisamment toutefois pour perturber le climat terrestre. Pour l’instant du moins. Les volcanologues craignent en effet son explosion (et non une simple éruption comme dimanche) dans les semaines à venir. Si cela devait se produire, des conséquences seraient probables… Impossible à prévoir en tous cas ! Les spécialistes doivent se contenter de surveiller le monstre et de déclencher une nouvelle alerte en cas de signaux importants. Mais souvent détectés un peu trop tard pour anticiper l’événement.

La tendance au réchauffement climatique moderne pourrait s’arrêter nette en cas d’une forte explosion volcanique, plus encore si un super-volcan devait se réveiller. La tendance s’inverserait alors très rapidement, précipitant la Terre dans un refroidissement. Le pire scénario catastrophe serait l’explosion du Yellowstone. La catastrophe serait planétaire et jusqu'à 99% de la vie terrestre pourrait disparaitre… 

- Frédéric Decker, Lameteo.org - Mercredi 15 janvier 2020 -

 

 

 

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