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Consensus climatique ou la colère de Pascal Praud

Le 6 mai dernier, Pascal Praud recevait la militante écologiste Claire Nouvian pour évoquer divers sujets environnementaux, dont le « changement » ou « dérèglement » climatique, ce sujet ayant largement pris le dessus sur le reste. En voulant débattre sur ces changements, Pascal Praud et Elisabeth Lévy se sont heurtés à Claire Nouvian. Un événement qui remet en évidence l’absence totale de débat sur le sujet du climat. Contrairement à la plupart des autres sciences, le climat ne semble en effet pas pouvoir profiter de cette possibilité de débattre.

Voilà longtemps que je ne m’étais pas exprimé sur le climat et ses changements, et notamment le réchauffement récent. J’ai vu un extrait vidéo de cette émission, « l’heure des pros » mettant en évidence le climatoscepticisme exacerbé de Pascal Praud, mélangeant météo et climat, insultant Claire Nouvian, aidé par la journaliste Elisabeth Lévy.

Plutôt que réagir « à chaud » sur les propos et le comportement de Pascal Praud qui me semblaient franchement incohérents, j’ai pris le temps de visionner l’émission entière. Cela montre bien danger de ces courtes séquences censées résumer un débat télévisé. L’impression laissée par l’extrait était en effet largement faussée par rapport à la réalité du direct, heureusement encore visible grâce au replay.

Le ton et les mots n’ont certes pas volé très haut par moments. Mais cela s’est passé dans les deux sens, entre les deux journalistes et Claire Nouvian avec quelques « noms d’animaux ». Ce n’est pas le sujet ici et je ne prendrai pas parti à ce propos. Voir le replay de l'émission

Mais la question du débat climatique est (re)posée. Elle n’est d’ailleurs même pas posée, mais tout simplement interdite. Le consensus imposé par le GIEC interdit en effet ce débat comme l’a largement laissé entendre Claire Nouvian, pourtant non-scientifique. Des politiques qui parlent climat, cela donne parfois des bêtisiers, à l’image de François Hollande et ses tsunamis dus au réchauffement ou encore à Ségolène Royal, mélangeant réchauffement et comètes, ou remplaçant Météo-France pour lancer une vigilance rouge inondations… 

La science du climat serait donc une science exacte. Alors que la météorologie n’en est pas une. Que l’astronomie n’en est pas une. Que des théories sont remises en causes dans d’autres domaines scientifiques, tels que la biologie, la physique… Mais la théorie climatique, non. Elle ne doit pas être remise en cause. Dixit le GIEC et ses nombreux adeptes.

Ce consensus n’existe pas partout. Et surtout pas auprès des professionnels du climat et de la météorologie. Au sein même de Météo-France, il n’existe pas. Je discute parfois avec des amis de cette entité parfaitement à la cause du GIEC, et d’autres pas du tout. Je ne citerai pas de noms pour ne pas risquer de mettre ces derniers en danger. Car on peut se demander si il y a danger à ne pas suivre ce consensus lorsque l’on travaille dans le domaine de la météo et du climat.

Le climat est-il déréglé ? Pour cela, faudrait-il qu’il fut réglé auparavant. J’en ai déjà parlé dans plusieurs articles : le climat n’est pas linéaire. Il subit des variations importantes, du chaud au froid au chaud au froid… sur des millions d’années avec les cycles de Milankovic et les périodes de glaciations, mais aussi des périodes plus courtes : quelques millénaires, quelques siècles et même quelques dizaines d’années, jusqu’à des pseudos-cycles de 60 à 80 ans. Parler de dérèglement climatique n’a donc pas de sens. 

Et c’est une évidence, en dépit de cette période froide que nous connaissons depuis quelques semaines, en dépit du froid bien ancré sur une partie du Canada depuis sept mois : nous sommes en période de réchauffement, en continu ou presque depuis 1980, et de façon discontinue depuis 1850.

En continu ou presque depuis 1980, car la température moyenne globale a un peu baissé. Oh, pas de quoi sauter au plafond : -0,2 degré seulement entre 2016 et 2018 (-0,57 en considérant les moyennes mensuelles, entre mars 2016 et février 2018). Une baisse qui fait partie de la variabilité naturelle du climat, et qui était d’ailleurs attendue et prévue après le pic de chaleur du à El Nino en 2015 et 2016. Entre mai 2016 et février 2019, plus aucun mois n’a atteint 1 degré d’écart à la « normale » en moyenne mondiale. En revanche, mars 2019 a interrompu cette succession de mois « moins chaud » avec 1,06 degrés au-dessus de la « normale ».

Depuis 1880, date du début des moyennes mondiales calculées par NOAA, on peut noter d’abord un refroidissement de 30 ans, jusqu’aux environs de 1910, puis un réchauffement de 1910 à 1950, suivi d’un rafraichissement d’une trentaine d’années, avant le dernier réchauffement depuis maintenant près de 40 ans.

Le rafraîchissement des années 50 à 1980 est intéressant, car il entre en contradiction avec nos activités : baby boom, rapide augmentation de la population mondiale, reprise économique après la seconde guerre mondiale, pollution à tout va sans filtre… et la température moyenne a tout de même baissé sur Terre, de 0,3 degré. Un rafraichissement qui a été parfois plus marqué de façon locale : ainsi en France, les nombreuses canicules des années 30-40 ont subitement presque disparu, laissant place à une succession d’étés pourris à quelques exceptions près, dont 1976. Les printemps et automnes se sont aussi nettement refroidis. Seuls les hivers sont alors restés plutôt stables. Une période fraîche embarrassante pour le GIEC qui évite soigneusement le sujet et de répondre aux questions à ce propos.

La dernière trentaine d’années est sans doute la période la plus chaude qu’ait connu la Terre depuis au moins l’an 1300, c’est un fait, relevé, observé, indiscutable. Et pour cause : des environs de 1300 à 1850, la Terre a connu un « petit âge glaciaire », interrompu brièvement par une quarantaine d’années chaudes, un peu moins qu’aujourd’hui toutefois, au milieu du 18ème siècle. Avant ce refroidissement durable, le climat était plus ou moins le même qu’aujourd’hui. Certains climatologues indépendants indiquent qu’ils faisait même plus chaud que maintenant, d’autres à peu près aussi chaud, et d’autres encore un peu moins chaud. Il y a débat (tiens!?).

Emmanuel Leroy-Ladurie, historien français passionné par le climat, a revu sa copie à la baisse. Son premier ouvrage indiquait des températures probablement plus élevées qu’aujourd’hui durant cette période chaude de 800 à 1300 appelée Optimum Médiéval. Il se positionne désormais sur une atmosphère finalement légèrement moins chaude que de nos jours.

La paléoclimatologie nous apprend que le climat a été plus chaud que les années 2000 il y a quelques millénaires seulement, durant l’âge de bronze. L’âge de bronze, entre 3,000 et 1,000 avant JC, voit la naissance de la métallurgie, un fort essor économique en Europe et au Proche-Orient, correspondant avec une période agricole faste. Ce fut donc une période climatique chaude, environ 2 à 3 degrés plus chaude que ce début de 21e siècle. Les glaciers avaient alors totalement disparu ou presquedans les Alpes… jusqu’en Scandinavie selon les écrits de l’époque et les indications paléoclimatologiques !

Je pourrai écrire encore des lignes et des lignes sur le sujet, approuvant à la fois les dires du GIEC, et les dires de ceux qui se questionnent sur notre climat. L’étude du climat de notre planète est passionnante, marquée par de nombreux bouleversements, parfois très rapides, tout aussi rapide que le réchauffement moderne, y compris récemment, avec des réchauffements ou refroidissements de près d’1 degré… en une décennie seulement selon les relevés parisiens des 17ème et 18ème siècles réalisés à l’observatoire de Paris, compulsés et corrigés par Météo-France. Sans suivre à 100% les dires du GIEC, pas non plus question de tomber dans le fanatisme de certains climatosceptiques qui réfutent carrément le réchauffement actuel, affirmant qu’il n’existe pas, qu’on trafique les chiffres, et autres absurdités. Vivre avec des oeillères et faire du négationnisme climatique ne fait pas non plus avancer le schmilblick !

En tant que météorologue, passionné de météo, passionné de climatologie, de climat, en questionnement constant sur ce climat et son évolution du fait de mes études, mon métier et ma passion, je reste dans le doute et l’humilité.

L’expression « y’a plus de saisons » daterait de l’an 1700 et quelques. Rien de nouveau donc sous le soleil ! Notre climat change, oui, comme il l’a toujours fait. Y sommes nous pour quelque chose ? Très probablement, mais dans quelle mesure, c’est difficile à dire et à quantifier. Le GIEC estime que notre part est considérable, certains météorologues (de Météo-France et d’ailleurs) et climatologues qu’elle est minime. 

Faut-il agir pour le climat ? Il faut agir oui. Pour notre planète. Car au delà d’un éventuel problème climatique, il y a des réels et sérieux problèmes environnementaux : la pollution, de l’air, de nos sols, de nos cours d’eau, de nos océans ; la mise en danger de la biodiversité du fait de nos actes, de la diminution des zones d’habitations de la faune, de la flore, par leur disparition par le biais entre autres de la pollution ; la surpopulation humaine, sujet tabou qui aggrave toujours plus la pollution et la mise en danger de la biodiversité ! La Terre n’est pas extensible, nous sommes déjà trop nombreux pour sa survie. Oh bien sûr, elle nous survivra et la Nature reprendra ses droits tôt ou tard. Mais notre passage aura laissé des sacrées séquelles !

- Frédéric Decker, Lameteo.org - Lundi 13 mai 2019 -

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