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2018 ou l'été le plus long

Cette année 2018 prend un caractère exceptionnel en France et sur une partie nord-ouest de l’Europe avec une chaleur très étalée dans le temps, même si ses excès en valeurs absolues sont restés largement inférieurs au cru 2003. Serait-ce l’été le plus long ?

Vague de chaleur remarquable dès la mi-avril, deux épisodes de chaleur en mai, puis du chaud en juin avant le deuxième mois de juillet le plus chaud, cédant la place à un mois d’août moins exceptionnel, mais régulièrement chaud à très chaud. L’arrivée de l’automne n’a pas sonné le glas de l’été, qui a joué les prolongations. Et octobre poursuit sur la lancée des mois précédents, avec une chaleur très présente en première quinzaine.

Cet été 2018 est-il le plus long observé en France depuis les premiers relevés météo ? Voici quelques éléments de réponses.

Le nombre de jours de chaleur (25°C de maximum quotidien et plus) atteint des valeurs records sur de nombreuses stations. Voici des chiffres sur les stations les plus anciennes et représentatives de quelques grandes villes :

-> 98 jours à Paris jusqu’au 16 octobre, nouveau record absolu battant les 89 jours de 1765 (observatoire de Paris avant Montsouris), les 86 jours de 1762 (idem) et 86 jours aussi en 1947 (emplacement actuel à Montsouris). L’année 2003 a compté 82 jours de chaleur et 80 en 1911. 

Pour l’anecdote, on peut citer 1690 et 1700 qui n’auraient comptabilisé que 4 jours de chaleur dans la capitale selon les relevés de Louis Morin, revus, corrigés et diffusés par Météo-France. L’année sans été 1816 en comptait 6, un an après l’éruption volcanique du Tambora qui plongea la Terre dans une sorte de « pénombre » et sous un refroidissement climatique brutal. L’année la plus radine en jours de chaleur au XXème siècle fut 1972 avec 15 jours chauds seulement, suivie par 1977 et… 1978 avec 19 jours seulement ! Quelle récurrence d’été pourris et franchement froids dans les années 70 ! 1976 fut un ovni dans cette fraîcheur récurrente !

Côté moyennes trentenaires, la dernière période (1989-2018) est la plus chaleureuse avec 55 jours en moyenne, suivie d’une très ancienne « normale » calculée à l’observatoire de Paris entre 1761 et 1790 : 49 jours. La moyenne la plus faible en plein PAG était celle de 1671-1700 selon les relevés de Louis Morin révisés par Météo-France avec 27 jours. La moyenne la plus basse du XXe siècle a été de 34 jours sur la période 1951-80.

-> 118 jours à Bordeaux cette année… Ce qui n’est pas un record ! Celui-ci appartient toujours à 1921 avec 133 jours ! 2018 arrive tout de même en deuxième position. C’est l’année 1963 qui a comptabilisé le moins de jours de chaleur, s’élevant au chiffre de 27.

La normale 1989-2018 est à 82 jours (78 jours sur 1981-2010). La normale 1951-80 chutait à 53 jours, alors qu’elle était plus élevée auparavant, grimpant jusqu’à 72 jours sur la période 1891-1920.

-> 100 jours à Châteauroux en 2018. Le record reste 101 jours en 1893, seule année à dépasser 2018 (94 jours en 1947, 88 jours en 2003). Le plus faible chiffre annuel fut de 19 jours seulement en 1963.

La normale 1989-2018 est de 61 jours, la deuxième plus élevée à une unité de la normale 1891-1920 : 62 jours. C’est sur la trentaine 1951-80 que le chiffre a le plus plongé avec 42 jours à 25°C et plus.

-> 23 jours de chaleur à Brest au 30 septembre 2018. C’est moins qu’au cours de l’année 2003 (29 jours), 1995 (25 jours), 1990 (27 jours), 1989 (27 jours), 1911 (39 jours), 1899 (50 jours) et surtout 1893 et ses 54 jours. A noter que deux années sont passées totalement au travers de la chaleur à Brest : 1958 et 1966 !

La normale 1989-2018 est de 12 jours. Elle était plus élevée entre 1881 et 1910 (récurrence d’étés très chauds et secs). A l’inverse, c’est entre 1951 et 1980 que le chiffre moyen le plus faible était calculé avec 6 jours seulement. 

-> 107 jours de chaleur à Strasbourg au 30 septembre 2018, nouveau record égalant 2003. Viennent ensuite 1947 (88 jours) et 2017 (81 jours). C’est en 1890 que le nombre de jours de chaleur a été le plus faible : 20 jours (22 jours en 1960).

La normale 1989-2018 s’élève à 63 jours, chiffre record, après un minimum à 43 jours entre 1951 et 80. Sur la période 1921-50, ce nombre était de 50 jours.

-> 125 jours à Lyon en 2018 au 30 septembre, chiffre record passant largement devant les 113 jours de 2003. Les 100 jours de chaleur sont rarement atteints ou dépassés : 1945, 1947, 1949, 2003, 2017 et 2018. Des récurrences périodiques semblent apparaître. L’année 1977 a été l’année la plus pauvre en jours chauds : 30 jours seulement.

La normale 1989-2018 grimpe à 81 jours, record battant les 68 jours de la trentaine 1921-50. Comme ailleurs, la trentaine 1951-80 fut la moins prolifique en jours chauds, la moyenne chutant à 57 jours.

-> 139 jours de chaleur à Marignane au 16 octobre 2018. Le record de 1921 reste en place avec 146 jours. A noter aussi 137 jours en 2006 et 2007, 136 jours en 2009 et 138 jours en 2014. L’année la plus pauvre en chaleur est 1972 : 70 jours seulement. La dernière moyenne trentenaire (1989-2018) est la plus élevée avec 118 jours. Il y en avait 104 en moyenne entre 1921 et 1950, chiffre baissant à 95 jours au plus bas sur la période 1951-80.

-> 116 jours de chaleur à Toulouse au 16 octobre, chiffre a priori définitif compte-tenu des prévisions. Même chiffre qu’en 2003, restant un peu inférieur à l’exceptionnelle année 1893 et ses 123 jours chauds. A l’inverse, la « pire » année a comptabilisé 37 jours de chaleur, c’était en 1963.

Côté normales trentenaires, la dernière est la plus calorifique avec 89 jours chauds par an entre 1989 et 2018, quelques unités devant les 82 jours de la période 1871-1900 et les 86 jours de 1981-2010. Comme partout, la trentaine la plus faiblarde fut celle de 1951-80 avec une normale s’abaissant à 67 jours.

-> 96 jours de chaleur à Besançon au 16 octobre 2018, juste devant les 93 jours de 2003. 1947 en comptait 83 et 1911, 84. Plusieurs années se disputent le chiffre le plus faible avec 23 jours seulement en 1960, 1968 et 1977.

La moyenne 1989-2018 est la plus forte : 56 jours contre 51 jours entre 1881 et 1910 ensuite. Comme sur les autres stations, la période 1951-80 voit le nombre de jours de chaleur chuter, 39 en moyenne.

Concernant l’écart entre le premier et le dernier 25°C sous abri :

-> 182 jours à Paris cette année du 18 avril au 16 octobre pour une moyenne 1989-2018 de 144 jours, une normale 1981-2010 de 139 jours. Mais l’écart record appartient à… 2017, soit 191 jours entre le premier 25°C relevé le 9 avril et le dernier observé le 16 octobre ! Mais avec beaucoup moins de chaleur que cette année entre ces deux dates extrêmes.

Les moyennes trentenaires offrent des variations très importantes ces derniers siècles. Les 144 jours moyens actuels sur les trente dernières années sont un record, suivies de très près par la trentaine 1941-1970 (143 jours) et 1721-1750 (143 jours également, observatoire de Paris). Au plus court, l’écart se réduisait à 92 jours entre 1671 et 1700 (relevés de Louis Morin retravaillés et édités par Météo-France) en plein Petit Âge Glaciaire. A noter tout de même une rallonge de 61 jours sur 50 ans seulement à l’époque, sursaut ou changement climatique très brutal, sans doute du fait d’importantes variations de l’activité volcanique durant cette période, soufflant le chaud et le froid sur la planète. 

Sur le XXème siècle, les étés « les plus courts » se produisaient sur les trentaines 1961-90 et 1971-2000 (!!??) avec 131 jours tout de même. L’après PAG a vu une hausse sensible et logique de la durée de l’été, en dehors du milieu de 18ème siècle, en plein PAG, qui a connu un pic de chaleur d’une trentaine d’années.

-> 180 jours cette année à Bordeaux entre le 18 avril et le 14 octobre pour une normale 1989-2018 de 184 jours. On est très loin du record établi en 1990 avec une première chaleur exceptionnellement précoce, le 24 février, et une dernière assez tardive le 15 octobre, soit 234 jours ! En 1926, la première chaleur avait eu lieu encore plus tôt, le 21 février ! Et c’est en 2015 que le jour chaud le plus tardif s’est produit, le 8 novembre. A noter qu’en 1940, la période « chaude » se réduisait à 82 jours seulement entre le 11 mai et le… 31 juillet ! 

Les 184 jours actuels sur la dernière trentaine d’années entre le premier et le dernier 25°C sont la normale la plus longue, devant les 179 jours de 1981-2010 et les 171 jours de 1921-50. Entre 1951 et 1980, la durée se réduisait à 152 jours, valeur la plus courte à Bordeaux.

-> 179 jours en 2018 à Châteauroux entre le premier et le dernier 25°C, du 19 avril au 28 septembre. C’est loin du record établi il y a plus d’un siècle en 1906, soit 219 jours d’écart entre le 18 mars et le 22 octobre. L’été «le plus court » concernant l’écart entre les dates à 25°C est 1977, avec 96 jours entre le 9 juin et le 12 septembre. A peine trois mois…

Concernant les moyennes trentenaires, la dernière est établie à 154 jours d’écart, juste une journée de plus qu’entre 1921 et 1950. Et c’est entre 1951 et 1980 que la moyenne la plus basse a été enregistrée : 138 jours.

-> 160 jours tout de même à Brest cette année, du 21 avril au 27 septembre. Mais le record n’est pas battu, datant de 1929 avec 182 jours entre le 31 mars et le 28 septembre. Le minimum appartient à 1958 et 1966 avec… 0 jour, les 25°C n’ayant pas été atteints à Brest ces deux années-là. 

La dernière moyenne trentenaire s’élève à 94 jours, dépassée par les périodes 1881-1910 et 1891-1920 (105 et 101 jours) et au même niveau que la période 1921-50. La chute fut sévère ensuite jusqu’à la trentaine d’années 1951-80 avec une durée s’abaissant à 45 jours seulement.

-> 190 jours à Strasbourg entre le 8 avril et le 14 octobre cette année, assez proche du record établi… l’an dernier avec 200 jours du 31 mars au 16 octobre. Et c’est en 1897 que le chiffre le plus faible est enregistré avec 81 jours seulement du 30 mai au 18 août. 

Sur les moyennes trentenaires, la dernière (1989-2018) est la plus longue avec 149 jours, suivie de 1941-70 et 142 jours. C’est entre 1891 et 1920 que la normale la plus basse était notée avec 116 jours. La dernière moyenne basse est celle de 1971-2000 (134 jours), un jour de moins qu’entre 1951 et 1980.

- 179 jours à Lyon en 2018 entre le 18 avril et le 14 octobre. Loin des 208 jours records de 1990, enregistrés entre le 21 mars et le 14 octobre. L’été « le plus court » est récent, 1996, avec 93 jours seulement du 24 mai au 24 août !

La moyenne trentenaire la plus durable est observée entre 1989 et 2018 avec 153 jours contre 144 jours entre 1921 et 1950, et 146 jours de 1981 à 2010. Cette « normale » s’abaissait à 136 jours sur la période 1951-80

> 178 jours à Marignane du 18 avril au 13 octobre. Le record reste loin devant avec 224 jours en 1922 du 12 mars au 21 octobre. 1996 a connu "l'été le plus court", durant 108 jours seulement du 23 mai au 7 septembre.

Les 163 jours de durée moyenne sur la trentaine 1989-2018 sont un record, battant les 156 jours de 1981-2010 et 1921-50. Sur la période 1931-60, ce chiffre s'abaissait à 145 jours, et 149 jours de 1951 à 80.

-> 181 jours à Besançon cette année du 18 avril au 27 septembre pour un record à 182 jours en 2011 du 2 avril au 30 septembre… La durée la plus courte date de 1963 avec 90 jours, s’étalant du 21 juin au 18 septembre.

Concernant les moyennes trentenaires, la plus longue est la dernière avec 143 jours entre 1989 et 2018, suivie des 137 jours entre 1981 et 2010 et 134 jours de 1881 à 1910. Cette normale chutait à 122 jours de 1911 à 1940 (127 jours entre 1951 et 1980).

-> 180 jours cette année à Toulouse du 18 avril au 4 octobre. Cela reste bien loin des 230 jours records de 1925, entre le 14 mai et le… 29 décembre ! 

La dernière moyenne trentenaire est la plus longue, avec 166 jours en moyenne contre 161 jours de 1981 à 2010 et 160 entre 1921 et 1950. Et c’est entre 1951 et 1980 à nouveau que la durée la plus courte est observée en moyenne trentenaire la plus basse : 141 jours.

Mais l’écart entre le premier et le dernier 25°C de l’année n’est pas forcément très représentatif de la « saison estivale », le milieu pouvant être mitigé, comme en 2011 avec un été en demi-teinte et notamment un mois de juillet frais, humide pour ne pas dire « pourri », après des chaleurs précoces début avril et avant des chaleurs tardives début octobre. Ou comme ce premier 25°C très précoce en 1955 le 25 mars… dans un mois pourtant exceptionnellement froid, avant et après ce pic ! Entre autres exemples !

En considérant l’été au sens large du terme, d’avril à octobre, 2018 établit un nouveau record de température moyenne sur ces sept mois (six mois et demi, moyenne d’octobre arrêtée au 17) avec 18,19°C, devant les 17,57°C de 2006, les 17,51°C de 2003 et 17,20°C en 1947. Même si les chiffre 2018 risque de descendre un peu sous deuxième quinzaine d’octobre plus fraiche, nul doute que ces sept mois glissants conserveront la tête.

Sur les six périodes estivales, au sens large du terme, les plus chaudes depuis 1946, cinq se sont produites entre 2003 et 2018 : 2003, 2005, 2006, 2017 et 2018. Le seul cas en dehors de cette période est l’année 1947. On constate par ailleurs un rafraichissement des années 50 aux fraîches années 70 avec un pic de froid en 1972 et les cinq « non glorieuses » de 1977 à 1981, avant une nette hausse ensuite. Le dernière quarantaine d’années est sans conteste la plus chaude depuis des lustres.

Cette chaleur durable et récurrente ces dernières années avec la dernière trentaine d’années record sur la plupart des stations (Bordeaux, Marignane, Strasbourg, Besançon) s’inscrit parfaitement dans le contexte de réchauffement climatique, marqué et rapide lors de ces 30 à 40 dernières années. Châteauroux fait exception avec sa première trentaine d’années de relevés dépassant d’un petit jour sa dernière trentaine, mais avec à l’époque des abris météo ouverts, recevant a priori un peu plus de chaleur que ceux d’aujourd’hui. Le cas de Brest est un peu à part avec des changements d’emplacements de station, rendant la comparaison difficile. 

Rien de vraiment surprenant sachant que ces 30-40 dernières années sont probablement la période la plus chaude qu’ait connu la planète non pas depuis 1880, mais au moins depuis 1300. Avant cette date, l’Optimum Médiéval enveloppait la planète d’une chaleur plus ou moins comparable à celle d’aujourd’hui. Nous vivons une période chaude presque « historique », sachant qu’une telle chaleur ne s’est pas produite depuis environ 700 ans durant au moins une trentaine d’années.

A noter toutefois que pour ces quelques trop rares stations anciennes, au réchauffement global s’ajoute un réchauffement urbain qui amplifie la hausse locale des températures, en particulier sur les températures nocturnes, de plus de 2°C.

2018 fait et fera bande à part pour un moment très probablement, et il peut être qualifié comme étant l’ « été le plus long » sur ces 350 dernières années au moins, voire plus. Comme en leur temps les années 1757, 1911, 1921, 1947 et 2003.  Comme cette année, des années très chaudes mais aussi très sèches, résultats de conditions anticycloniques récurrentes occasionnant des flux méridiens (nord et surtout sud) très fréquents. Si la sécheresse 2018 devient difficile sur certaines régions, elle reste, en durée avec quatre à six mois selon les régions, très loin de la sécheresse de 1921, qui avait débuté en décembre 1920 pour se terminer en mai 1922. Une sécheresse alors exceptionnelle en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Toute l’hémisphère était concernée et une crise agricole en a découlé bien évidemment.

Frédéric Decker, Lameteo.org - Octobre 2018

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