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"Cyclone" en Méditerranée ce week-end ? Info ou intox ?

La toile s'affole... Certaines pages Facebook ou Twitter puis des médias annoncent la formation d'un cyclone en Méditerranée, avec en ligne de mire la Grèce ces prochains jours. Info ou intox ?

Une zone de basses pressions migre depuis la Libye vers la Méditerranée ce jeudi. Cette dépression se creusera rapidement vendredi jusqu'au week-end au-dessus d'une Méditerranée très chaude en cette sortie d'été, entrant également en conflit avec de l'air frais résiduel en provenance des Balkans. Pluies et vents vont alors s'emballer très vite, menaçant le sud de la Grèce et ses îles, puis la Crête et enfin le sud-ouest de la Turquie durant le week-end.

Et certains parlent de cyclone, y compris quelques médias. La boulette ! Il s'agira de ce que l'on appelle depuis quelques années seulement un médicane. Si ce phénomène a un nom de médicament, il détruit plus qu'il ne guérit ! Le médicane comporte certaines analogies avec un cyclone tropical : dépression à coeur chaud, "oeil" souvent visible, phénomènes violents de type pluvieux, venteux et une forte houle... Mais il ne s'agit pas d'un cyclone tropical. Au "pire" peut-on le cataloguer de cyclone subtropical.

Contrairement aux cyclones, le médicane n'exige pas des conditions aussi chaudes en terme de chaleur d'eau de mer, puisqu'il peut se développer à partir d'une eau à 20 degrés. Le cyclone, lui, a besoin d'un océan à au moins 26 degrés... qui plus est sur une épaisseur importante, au moins 50 mètres, et de très longues distances. Contrairement au cyclone, le médicane nécessite un apport, même bref, d'air frais ou froid d'origine continentale, comme c'est le cas ce jeudi. Dans un cyclone, le moindre apport d'air froid dégonfle au contraire le phénomène. Question de taille aussi : un médicane dépasse rarement 400 km de large, quand un cyclone fait facilement de double, et parfois encore plus pour les plus gros monstres. Question de durée également : le médicane est bref, de quelques heures à deux ou trois jours, alors qu'un cyclone peut vivre plusieurs semaines en parcourant des milliers de kilomètres. Un cyclone se forme en zone tropicale, d'où son nom "cyclone tropical". Or, la Méditerranée, ce n'est pas les tropiques. Un médicane est moins structuré qu'un cyclone, ses bandes pluvio-orageuses étant suffisamment éloignées les unes des autres pour laisser passer les éclaircies. Enfin, en terme de puissance, un médicane peut approcher la force d'un ouragan de catégorie 1, voire 2. Mais il semble extrêmement peu probable qu'il puisse dépasser ce stade. Les violentes tempêtes hivernales qui se forment dans le nord de l'Atlantique et frappent l'Islande chaque hiver sont facilement plus violentes qu'un médicane. Au détail près qu'il s'agit de dépressions à coeurs froids. Un "mini cyclone" alors me direz-nous ? Non, évitons le terme "mini", peu apprécié par les météorologues ! Un médicane est un médicane, un cyclone est un cyclone. 

Si le terme "médicane" est apparu il y a seulement quelques années dans le jargon météorologique, le phénomène a toujours existé, il s'en produit d'ailleurs tous les ans. Il est en revanche beaucoup mieux observé et prévu de nos jours grâce aux satellites et modèles météo toujours plus performants. 

Enfin, côté prévisions, ce médicane devrait frapper l'extrême sud de la Grèce et la Crête samedi avec des fortes pluies, des orages et des vents pouvant dépasser 150 km/h. Dimanche, il poursuivra sa route vers l'ouest de la Turquie avec sensiblement les mêmes conséquences.

- Frédéric Decker, Lameteo.org - Jeudi 27 septembre 2018 -

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