News

Des nouvelles des pôles (en surchauffe ?)

Les cartes mondiales des écarts thermiques montrent très régulièrement les pôles en surchauffe, plus particulièrement la zone Arctique. Un réchauffement inédit et une fonte record ? Éléments de réponses…

Force est de constater que les résultats ne sont pas ceux auxquels on pourrait s’attendre. Car si réchauffement il y a, plus ou moins selon les secteurs, il est bien moins marqué qu’attendu, irrégulier, voire stoppé dans sa lancée.

Les données climatiques des stations météo dans l’Arctique et l’Antarctique sont rares, parfois incomplètes et difficiles d’accès. Il m’a toutefois été possible d’en retrouver sur quelques lieux : Danmarkshavn, Ilulissat, Narsarsuaq, Cape Hooper, Eureka, Pond Inlet et Resolute côté Arctique ; Dumont d’Urville, Esperanza, Iles Orcade du Sud, Mc Murdo, Amundsen-Scott et Vostok côté Antarctique.

Pour commencer, prenons connaissance des températures moyennes annuelles dans l’Arctique, certaines remontant à 1866 pour les plus anciennes.

Les stations récentes, apparues entre les années 50 et 70, mettent en évidence un réchauffement, après toutefois une baisse de la courbe de températures dans les années 70, parfois jusqu’au début des années 80. Les années 1983 et 84 ont d’ailleurs été particulièrement froides dans la zone Arctique. 1983 a été l’année la plus froide à Danmarkshavn et Pond Inlet, alors que c’est 1984 qui détient le record de froid en moyenne annuelle à Narsarsuaq. A Eureka et Cape Hooper où les relevés ont démarré plus tôt, l’année 1972 se démarque par son froid extrême. Enfin, Alert fait un peu exception avec un record au plus bas observé en 1979, à égalité avec une année beaucoup plus récente : 2004. 

Et c’est généralement l’année 2010, exceptionnellement chaude, qui détient les records d’année la plus chaude, sauf à Eureka, Alert et Danmarkshavn où il s’agit de 2016.

La station la plus ancienne, Ilulissat, détient un record de froid beaucoup plus ancien, datant de 1884, un an après l’explosion du Krakatoa en Indonésie. Les années 83 et 84 apparaissent aussi dans le bas du tableau, juste après l’explosion de El Chichon, volcan mexicain, en 1982. 1993 et 94 ont également connu une rechute du thermomètre (Pinatubo en 1991).

La courbe d’Ilulissat met un autre phénomène en évidence, notamment la courbe de tendance : une hausse assez régulière jusqu’à la fin des années 90, et une stagnation de la température depuis. Les années 20, 30 et 40 ont d’autre part connu un réchauffement significatif ainsi qu’un recul des glaces. Un rafraîchissement ou refroidissement a suivi des années 50 aux années 90, ainsi qu’une reglaciation. Ainsi, les premiers relevés satellitaires en 1979 pour surveiller l’expansion des glaces ont débuté au sommet d’une période plus froide, donc durant une glaciation pas vue depuis les années 1910.

Les moyennes décennales d’Ilulissat mettent en évidence un réchauffement marqué entre les années 1880 (-6,7°C de moyenne) et les années 20 à 49 (-3,8°C de moyenne). La moyenne a rechuté ensuite jusqu’à un pic de froid dans les années… 90 (-5,1°C) puis une hausse brutale dans les années 2000 (-3,1°C de moyenne), décennie la plus chaude. La décennie en cours voit le thermomètre rechuter de 0,7°C (-3,8°C, comme dans les années 20 et 40).

Moyennée sur les cinq stations météo les plus anciennes, la température moyenne de l’Arctique est à -12,6°C sur la décennie en cours, contre -12,4°C sur les années 2000, soit une très légère baisse de 0,2°C. Les années 70 ont été les plus froides avec -14,4°C de moyenne, baisse de 0,8°C par rapport aux années 50.

Des résultats plutôt contradictoires avec les conclusions des climatologues du GIEC, annonçant  des températures en hausse constantes dans l’Arctique, une fonte de la banquise toujours plus inquiétante et alarmiste. Finalement, la glace semble encore bien résister sous des températures certes en hausse jusqu’aux années 2000, mais déjà connues dans un passé pas si lointain, entre les années 20 et 40.

Et côté Antarctique ?

Les six stations météo prises en compte pour leur ancienneté et leur relevés quasiment continus présentent quelques surprises également.

A Dumont d’Urville, il n’y a quasiment pas de tendance thermique. Même plutôt une légère baisse de la température moyenne annuelle depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui de -0,3°C malgré sa situation côtière. L’année la plus froide date de 1977 et la plus chaude de 1981. Pas étonnant de trouver la moyenne décennale la plus élevée dans les années 70 avec -10,8°C contre -11,0°C sur la décennie en cours.

Esperanza, située sur la pointe la plus septentrionale de l’Antarctique, connaît en revanche un réchauffement certain depuis sa création en 1953, même si la hausse a tendance à freiner sa course depuis 20 ans. L’année la plus chaude est récente : 2016, talonnée par 1999, 2006, 2000 et 1989. L’année la plus froide est 1961. Du point de vue des décennies, les années 2000 furent les plus chaudes avec -4,3°C de moyenne, contre -4,6°C sur la décennie en cours.

Située encore un peu plus au nord, les îles Orcades du Sud connaissent un réchauffement notable de 2°C sur plus d’un siècle, avec un pic de froid en 1930 et un pic de « chaleur » ancien, datant de 1956. Depuis cette année, le réchauffement est peu marqué. D’ailleurs, la décennie précédente (2001-2010) fut la plus « chaude » avec -3,0°C de moyenne. La décennie en cours perd un demi degré !

Située sur la zone côtière mais plus protégée, la station de Mc Murdo s’est réchauffée de 3°C environ de 1952 au milieu des années 90, avant de subir une baisse de 0,5°C de thermomètre jusqu’à 2017. L’année la plus chaude n’est pas très récente : 1992. La plus froide reste 1962. Après un réchauffement brutal dans les années 90 (+2,6°C par rapport aux années 80 !), c’est la rechute de -2,2°C sur la dernière décennie.

Au coeur de l’Antarctique, on retrouve la station d’Amundsen-Scott, dont les relevés semblent parfois erronés, avec trois années sortant du lot en terme de « chaleur » (très très très relative !) en 1988, 1991 et 1996, années souffrant probablement de données incomplètes notamment en période hivernale. Quoi qu’il en soit, la tendance sur 60 ans est à la stagnation (+0,3°C). L’année la plus froide est 1983. La décennie la moins froide fut les années 90 (-48,2°C de moyenne annuelle) contre -49,0 la décennie 2000 et -48,6°C sur la décennie 2010 incomplète.

Pas très loin se trouve la célèbre station de Vostok, connue pour son record de froid mondial (-89,3°C en 1983). Malgré sa position très à l’intérieur du continent glacé, Vostok connait un « réchauffement » de 0,8 degré sur cette soixantaine d’années, et ce malgré quelques années récentes glaciales, notamment 2012 et 2016. Avec une moyenne annuelle à -54,6°C, les années 2000 furent les plus chaudes, talonnées par la dernière décennie avec -54,7°C.

A noter que les récents records annoncés à -100°C et des poussières par un institut américain ne valent pas grand chose : mesurés par satellite, ils ne battent pas le record officiel de Vostok, mesure fiable mesurée en abri météo. Même si ce seuil fatidique a probablement été atteint voire dépassé en plusieurs endroits du continent glacé entre deux stations, c'est quasiment une certitude. Mais les stations restent rares et chères au coeur de la glace et des vents catabatiques dépassant parfois 300 km/h... Le matériel météo souffre de conditions aussi extrêmes !

Moyennée sur six stations, l'Antarctique a connu un réchauffement de 1,0°C des années 60 aux années 90, avant de reperdre 0,4°C depuis. On constate malgré toute une fonte accrue, mais surtout au niveau de la péninsule la plus septentrionale, et d'autre part à cause d'une activité volcanique sous-glaciaire découverte tout récemment. Une fonte davantage due à la géologie qu'au réchauffement climatique !

Des résultats finalement étonnants, loin de ce que l’on pourrait s’imaginer aux vues des communiqués du GIEC transitant par les médias. Loin du catastrophisme et de l’alarmisme ambiant sur la fonte des glaces. Surtout lorsque l’on se rend compte que la fonte de l’Arctique est illustrée par les graphiques démarrant à 1979 lors de la fin d’une expansion massive de la banquise après une trentaine d’années de baisse du thermomètre. Leur recul était une évidence, logique et naturelle comme entre 1910 et 1950. Quant à l’Antarctique, c’est une autre histoire, avec une extension continue jusqu’à il y a quelques années et un record de forte expansion en 2015, avant un début de fonte très récent, trop récent d’ailleurs pour en tirer une quelconque conclusion…

- Frédéric Decker, Lameteo.org - Mardi 25 septembre 2018 - 

 

Les cookies nous permettent de personnaliser le contenu et les annonces, d'offrir des fonctionnalités relatives aux médias sociaux et d'analyser notre trafic. Nous partageons également des informations sur l'utilisation de notre site avec nos partenaires de médias sociaux, de publicité et d'analyse, qui peuvent combiner celles-ci avec d'autres informations que vous leur avez fournies ou qu'ils ont collectées lors de votre utilisation de leurs services.