Depuis le terrible été 2003, l'été le plus chaud de ces
500 dernières années sur l'Europe Occidentale, l'inquiétude monte dans l'esprit
de tous. Les vagues de chaleur semblent de plus en plus fréquentes et fortes
comme celle que nous vivons actuellement... Il est donc temps de faire un point
sur le sujet. Voyons tout d'abord la répartition des records de froid et de
chaleur mensuels sur les stations datant d'au moins 1949 (les plus récentes ne
sont pas prises en compte) :
On constate une diminution des records de froid de
façon assez brutale dès 1981 sur la période 1949-2005, à l'exception des années
1984 à 1987. Il est déjà arrivé que trois mois consécutifs battent des records
de froid mensuel, y compris récemment, comme les mois de juillet-août et
septembre 2002. Les derniers records de froid mensuels datent de début mars 2005
lors de la vague de froid de la fin d'hiver.
Mais intéressons nous
surtout aux vagues de chaleur et aux records de chaleur. On constate
une recrudescence des records de chaleur depuis 1981,
parallèlement à la chute de fréquence des records
de froid. 2005 se démarque d'ores et déjà par le
fait que quatre mois consécutifs (mars à juin) ont connu
au moins un record de chaleur mensuel dans une station datant d'au
moins 1949 (34°5 le 20 juin 2005 à Melun). Ce n'est pas un
fait nouveau puisque ce phénomène s'est produit en 2003
(de mai à août) et 2002 (de mars à juin), et un peu
plus loin en 1983 (de septembre à décembre). On peut donc
tout de même affirmer que sur ces 56 dernières
années, les vagues de chaleur et records en parallèle
sont plus fréquents depuis 15 à 20 ans. Un signe du
réchauffement? Oui, à l'échelon national, le
réchauffement français est un phénomène
réel, avec près d'1° gagné en 20 ans
seulement. Cela paraît peu, mais cela signifie par exemple que le
climat de Tours des années 70-80 est remonté au niveau de
Chartres.
Doit-on voir également le signe d'un réchauffement
global? Rien n'est sûr. Les stations météo étaient beaucoup plus rares avant
1949 (beaucoup ont été créées après le seconde guerre mondiale), les vagues de
chaleur étaient déjà bien présentes. Il y a d'ailleurs eu des périodes comme la
fin du 19ème et le début du 20ème siècle qui connaissaient des vagues de chaleur
fréquentes, durables et intenses. Ce fut le cas également des années 40, qui
connurent une anomalie thermique énorme sur les printemps, particulièrement les
mois d'avril qui étaient beaucoup plus chauds qu'actuellement.
En ce mois de juin 2005, Châteauroux (station ouverte
depuis 1893) a connu trois jours consécutifs avec 30° ou plus. Est-ce normal?
Remontons un peu le temps et considérons les précédents mois de juin :
En 2004, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 8 au 10
jusqu'à 31°4 le 8
En 2003, 6 jours consécutifs à plus de 30° du 21 au 26,
jusqu'à 37°5 le 22
En 1995, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 28 au 30
jusqu'à 32°9 le 30
En 1989, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 19 au 21
jusqu'à 30°9 le 20
En 1986, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 26 au 28
jusqu'à 35°6 le 28
En 1976, 8 jours consécutifs à plus de 30° (14 jusqu'au
6 juillet) du 23 au 30 jusqu'à 35°3 le 28
En 1967, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 22 au 24
jusqu'à 33°9 le 23
En 1957, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 28 au 30
jusqu'à 34°4 le 30
En 1952, 3 jours consécutifs à plus de 30° (5 jusqu'au
2 juillet) du 28 au 30 jusqu'à 36°5 le 30
En 1950, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 28 au 30
jusqu'à 33°2 le 29
En 1947, 3 jours consécutifs à plus de 30° (7 depuis le
28 mai) du 1er au 3 jusqu'à 32°8 le 2
En 1947, 5 jours consécutifs à plus de 30° du 24 au 28
jusqu'à 37°7 le 26
En 1945, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 22 au 24
jusqu'à 32°5 le 23
En 1941, 4 jours consécutifs à plus de 30° du 19 au 22
jusqu'à 32°6 le 22
En 1917, 4 jours consécutifs à plus de 30° du 15 au 18
jusqu'à 33°5 le 16
En 1911, 4 jours consécutifs à plus de 30° du 5 au 8
jusqu'à 33°0 le 8
En 1906, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 26 au 28
jusqu'à 33°5 les 27 et 28
En 1900, 3 jours consécutifs à plus de 30° du 10 au 12
jusqu'à 32°5 les 10 et 11
En 1897, 4 jours consécutifs à plus de 30° du 23 au 26
jusqu'à 34°5 le 25
En 1893, 4 jours consécutifs à plus de 30° du 16 au 19
jusqu'à 34°0 le 18
Soit 21 épisodes (2005 compris) avec au moins 3 jours
de forte chaleur en juin à Châteauroux. Cela équivaut à dire que ce phénomène se
produit en moyenne tous les 5,38 ans (mais trois années consécutives en 2003,
2004 et 2005). Cette répétition ces trois dernières années ne prouve absolument
rien toutefois concernant le réchauffement. Les vagues de chaleur s'étaient
multipliées les mois d'avril des années 40 et début 50 avant de quasiment
disparaître... Sur ces épisodes de forte chaleur, 10 ont atteint ou dépassé 4
jours consécutif de forte chaleur (durée retour tous les 11,3 ans), 5 ont
atteint ou dépassés 5 jours (durée retour de 22,6 ans), 3 ont atteint ou
dépassés 6 jours (durée retour de 37,7 ans), 2 ont atteint ou dépassé 7 jours
(durée retour de 56,5 ans) et 1 a atteint 8 jours ou plus (en 1976).
La météo est une science moderne et récente qui ne
dispose pas assez de recul pour permettre d'affirmer que le climat se détraque.
Les extrêmes ont toujours existé, du premier homme jusqu'à aujourd'hui. Nous
devrons encore attendre quelques dizaines d'années avant d'y voir plus clair,
d'autant que de nombreux phénomènes naturels peuvent troubler la quiétude de
notre climat!