Accueil Prévisions Observations Infos Forums Internautes

Quand souffle le fœhn sur Turin... phénomènes remarquables en pagaille


 


Nous sommes début février 2004, un début de matinée hivernal sur Turin. Il est 8H00 la température est de 0° sous abri, l'hygrométrie aux environs de 50%, la visibilité est d'une trentaine de km. Tout ce qu'il y a de plus normal à l'issu d'une nuit d'hiver sur le Piémont Italien... Pourtant bientôt allait se produire une série de phénomènes météo particulièrement marqués. La cause de tout ça : le vent de Fœhn qui va se mettre à souffler vigoureusement.

Le vent

Peu après 8H du matin je suis surpris par le bruit des volets roulants qui tapent, dehors la torpeur du matin hivernal a été balayée par un puissant vent venu des montagnes (Ouest). Le souffle est fort les rafales doivent avoisiner les 100 km/h, il y a peu de rafales d'ailleurs, le flux doux et sec est quasiment constant. Il y a de tout qui vole, la ville et la région en général ne sont pas habitués à avoir du vent, cela va de la poussière aux bâches plastique (celles qui font tout les charme de balcons italiens...)

La température

Le dégel est radical ! Le mercure monte en flèche, sur le coup je suis dégoûté de voir balayer la glace en si peu de temps, jusqu'à ce que je prenne conscience que c'est à un phénomène météo remarquable auquel je fais face. En effet la hausse est vertigineuse, le gradient est de +8°/h pendant 2 heures, si bien qu'a 10h du matin il fait 16° ! le maximum sera touché vers 11H : 18° en plein hiver!!

L'hygrométrie

Le vent est chaud et sec, l'air se dessèche à l'extrême, l'humidité relative passe de 50% à 10% en 2H, le minimum sera de 8%, une valeur "désertique" ou digne d'un climat continental marqué.

La visibilité

L'atmosphère se purifie avec ce souffle, la visibilité s'accroît le ciel devient de plus en plus bleu. La visibilité, toujours en 2h , va passer de 30km à une valeur indéterminée qui semble infinie, l'atmosphère est d'une limpidité spatiale! Je n'ai pas pu déterminer de valeur précise car mon horizon est bloqué coté S - O et N par le fer à cheval Alpin. Le Viso, le Grand Paradis et le Mont Rose me semblent à bout de bras, pas l'once d'un voile. Coté Est en revanche la visibilité sur la plaine est limitée (150km) par l'aire d'influence du phénomène lui-même (Piémont). Les montagnes sont couronnées par des nuages.

La suite

Le phénomène est maximal vers 11H, puis se calmera rapidement, le mercure rejoindra les 9° pendant l'après midi, l'hygrométrie remontera sur les 30% en soirée, la visibilité se réduira peu à peu. Le soir j'ai pu assister à un coucher de soleil éblouissant, dans cette atmosphère limpide, rien pour décaler la lumière vers le rouge, du coup, c'est un soleil pleine puissance qui passe derrière les montagnes, tout juste un léger décalage vers le jaune. Cela créé une ambiance étrange et la nuit fut soudaine. Un autre phénomène inattendu et qui m'a réjouit tout en me laissant perplexe fut de voir le gel arriver alors que la température extérieure sous abri est de 7° ! La flaque d'eau sur la terrasse en contrebas gèle dès le coucher du soleil, pourtant il fait 7° sous abri, j'ai déjà constaté des décalages, de l'ordre de 4° maximum lors des nuit rayonnantes, mais là 7°, je comprenais pas.

Explication du phénomène

Le vent de Fœhn est assez courant sur le Piémont italien , cette fois-ci ce fut son intensité qui ne l'était pas. A l'origine une masse d'air assez humide qui vient de France, en passant la barrière alpine elle monte et se refroidit, l'eau ce condense, des nuages se forment sur la crète, l'air s'assèche et comme la condensation est un phénomène exothermique (qui rejette de la chaleur) l'air se réchauffe. Résultat : un vent sec et chaud dégringole sur le Piémont Italien, la pureté de l'air est due à sa faible humidité et à l'absence de poussières (elles ont servit de noyau de condensation?). Le flux d'ouest est courant sous nos latitudes il n'entraîne pas toujours le Fœhn, ni même un Fœhn de même intensité. La saison est toute l'année sauf en été, mais c'est en hiver que ses effets dont le plus remarquable.

Pour ce qui est de l'eau qui gèle alors qu'il fait 7°, c'est encore lié au Fœhn, si l'eau gèle évidemment c'est que sa température est de 0°, pourquoi donc après avoir vu le soleil toute la journée en plus sur un fond noir (goudron)? En fait avec cette douceur et surtout ce flux sec à sa surface l'évaporation de la flaque a été forcée toute la journée, son volume a du diminuer de moitié. Comme l'évaporation est un phénomène endothermique, c'est à dire qui nécessite de la chaleur, la flaque se refroidit à mesure qu'elle s'évapore car le rayonnement solaire ne suffit pas a fournir la chaleur nécessaire, le système est "hors équilibre". Arrive le soir il fait 7° la flaque est à 0°, le rayonnement solaire cesse, la glace fait son apparition.


g_merenna@yahoo.fr
© Lameteo.org | Site créé le 12 mai 1999