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Au début de l'été 2003, une rencontre de passionnés de météo avait lieu à Dienne, dans le Cantal. Avant même cette rencontre, sur le chemin de l'aller, une heureuse occasion de participer pour la 1ère fois à une chasse aux orages - en Sologne - et pas des moindres...tant sur le plan météo que d'une manière personnelle. Mercredi 25 juin. Dans le train dès 8 heures du matin, départ de St-Malo direction Rennes. Bruno/ Brubru35 et moi rallierons Tours ensemble. Nous arriverons à destination vers midi sous un soleil chaud et à peine trompé de cirrus, et passerons le reste de la journée avec Henri/ Riton37 avant de tous rejoindre le Massif Central le lendemain.
Selon les prévisions météo de ce mercredi, vigilance de niveau 3 de la Sarthe au Cotentin, et de Nantes à l'Orne, pour risque d'orages virulents. Même si l'Indre-et-Loire est sous vigilance de niveau 2, jaune, tout semble réuni pour une atmosphère électrique à Tours . Un soleil de plomb, cirrus spissatus filandreux, des pelouses humides, 30 °C aux thermomètres et une atmosphère à transpirer en deux minutes, faible vent de secteur sud. Rien de significatif jusqu'à 17 h, à part l'arrivée d'un léger voile et quelques cumulus humilis vers le sud-ouest. Au nord-ouest cela dit, on devine au-dessus de l'horizon une gigantesque enclume. Significative celle-ci puisqu'entre Nantes, Rennes et Laval, des orages modérés à forts sévissent selon les cartes foudre de Météocentre .
Passé 18 heures le temps s'est passablement déterioré. Deux tourelles ont commencé à se former vers le sud-ouest, l'une d'elles s'est "hypertrophiée" le mot n'est pas excessif, en un quart d'heure au plus ; et devenu cumulonimbus calvus (sans enclume). Alors qu'un rideau de précipitation pluvieux prend ensuite forme à une quinzaine de km, de violents courants d'altitude étend l'enclume en notre direction littéralement, et mieux encore, nous l'amènera au-dessus de nos têtes. L'appartement de Riton se situant au 17ème et dernier étage, l'impression est encore plus intense, enfin moi j'avais carrément la pétoche. Nous avons pu en outre deviner deux éclairs verticaux à l'arrière du rideau pluvieux. La cellule orageuse s'évacuera vers le nord, sans faiblir au contraire, spécimen que nous tenterons de courser, jusqu'au Loir-et-Cher.
19 heures 30, embarquons tous dans la 205 de Riton. Au cours d'un arrêt à Mettray (10 km au N de Tours) nous assisterons à un phénomène très particulier. Dans un premier temps, à quelques km vers l'ouest, un rideau pluvieux jaunâtre sous des strates noir d'encre, nettes et rectilignes. Une atmosphère presque semblable à ce que l'on voit dans les meilleurs documentaires météo sur France 5 (sans vantardise). Sur la gauche, un nuage très localisé et surbaissé, peut-être à moins de 200 m du sol, tourbillonnant légèrement, formant à son bout un peu comme des tentacules. Plus techniquement, on aurait dit un mésocyclone, propice à la formation directe d'un vortex, et au danger d'une tornade. Le summum presque. Au zénith tout bombardé de mammatus (formes de coussins, indices de très violent orage). Le tonnerre, lui produit un bruit très étouffé, l'activité électrique devant se produire au coeur des pluies . Après une poignée de secondes à l'extérieur, pour capter deux ou trois images (2 appareils photos un camescope), nous déguerpissons dare-dare avant de recevoir le premier grêlon ou se faire choper par l'hypothétique tempête.
A peine sommes-nous rentrés qu'une bourrasque de vent agite la carrosserie, feuilles et arbustes, passé de 10 à 50 km/h. Riton et Brubru sont euphoriques, moi, suant de trouille (phobique des orages depuis l'âge de 6 ans en vérité). Peur faisant mine de s'apaiser lorsque le mésocyclone s'évacuera légèrement sans évoluer vers la tornade finalement. Autre fait marquant, la baisse de la température extérieure. En trois minutes, chute de 28 à 20 degrés, selon le tableau de bord. Après avoir effectué quelques kilomètres en direction de l'ouest, nous sommes pris sous une lourde pluie, sans éclairs à la désagréable surprise de certains... Même le ciel de s'éclaircir et le soleil de réapparaître timidement, et finalement au nord que le ciel est plus rembruni. Nous nous situons à l'arrière de la cellule ; avec la Peugeot et des routes sinueuses pour "bagages" nous tentons de rattraper la bête. 10 km vers le nord, un quart d'heure écoulés, et de nouveau sous la pluie, drue celle-ci . 20 h 45 bonjour la Sarthe, A + l'Indre et Loire. Traversons une commune bâtie dans un vallon, dont je ne me souviens du nom. Une rue en plan incliné littéralement transformée en ruisseau d'eau boueuse. Les riverains tous sur leurs pas de porte, perplexes, installant des planches pour éviter des inondations supplémentaires et des dégâts intérieurs inutiles. La détresse manifeste dans le village sous une pluie encore battante et l'euphorie dans la 205. Riton le portable vissé à son oreille, appelant tous les météophiles d'infoclimat suivant de près la situation météo, et s'appliquant à faire des allers et retours dans ce torrent boueux, "jouissif" hurlait-il. Bruno dans une même transe filme et moi...je redoute un éventuel hydroplanage ou plus ennuyeux, noyade du moteur .
Cinq minutes de délire avant de poursuivre l'averse qui s'apprête à gagner le Loir et Cher. Les routes toujours aussi peu droites, nous traversons du coup des aires de temps plus calme mais aussi des paysages métamorphosés. Des grêlons sur le bitume parfois blanchissant la chaussée comme s'il avait neigé. C'est dire l'ampleur de l'orage fraîchement passé sur la région. Par curiosité nous sommes sortis sur un bas coté, pour évaluer la taille des glaçons. 1, 2 non 3 cm, puis un agglomérat de petites billes de glace de peut-être 5-6 cm. Le grêlon à la sauce texane. Poids estimé 100 grammes. "Entre la balle de golf et la balle de tennis" dixit Riton37.
Dans les sous-bois, d'autres sensations. Un brouillard sans égal visibilité inférieure à 2 mètres (et encore pour pinailler). Par terre des hachis de feuilles et brindilles, et au travers des pans de vapeur, des dégradés confus de tons gris et verts, vraisemblablement les silhouettes des branchages, un décor magnifique. On se serait cru héros d'un film de Walt Disney...
Passé 21 heures nous traversons Herbault (Loir-et-Cher), Autrèche (Indre-et-Loire) alors que nous regagnons aussi une zone du ciel obscurci et actif. La pluie recommence à cingler le pare brise, quelques grêlons dans la masse, engendrant un crépitement sonore sur toute la carrosserie. Riton et Brubru n'ont rien perdu de leur allégresse et moi concentré au maximum, commençant à apprivoiser les éléments. Et pour renchérir, deux magnifiques éclairs violacés chutant près d'un bas côté à 200 m au devant, que Bruno a réussi à capter de son camescope.
Quelques minutes de route après, nous traversons une zone où le bitume est parfaitement sec, et une excellente visibilité. Au-dessus de nos têtes le ciel est des plus tourmentés, quasiment ce que nous avions observé 1 heure 30 auparavant à Mettray. Cumulonimbus redoutables, du bleu au brun, protubérances chaotiques, parfois surbaissées et par ailleurs des bases aussi droites que des double-décimètres. La tornado Alley en France profonde.
Dix heures du soir, alors que le jour baisse, nous tutoyons en direction du NW une zone d'averses, laquelle engendrait une nuit anticipée. Les éclairs ne semblent certes pas très fréquents, une pluie relativement modérée, mais un vent particulièrement renforcé, agitant les plants de maïs, ployant les peupliers. 76 km/h de maximums enregistrés à Tours et le Mans, 61 à Blois. Nous procéderons à un dernier arrêt dans une petite commune du 41 nommée Champigny-en-Beauce. Début d'inondation également et un vent agitant les cimes les plus hautes et pulvérisant la pluie sur les toitures, ce dans les maigres lueurs du jour restantes. Des Etats Unis, nous passons à Ouessant à quelques heures d'une violente tempête de flux d'ouest...sacré voyage fictif o).
Nous finissons ensuite par regagner Tours par l'autoroute, via Blois. L'activité électrique devenue distincte, diffuse et quasi incessante en direction de l'E. Un éclair toutes les 2 secondes en moyenne. Sur la carte foudre de Météocentre, il en découlait des croix souvent violettes (81 impacts par demi-heure). Chemin faisant vers le S, nous nous "extirpons" de la ligne orageuse, qui s'évacuera ensuite vers le Loiret et l'Eure et Loir. En direction de l'W, dans les dernières lueurs du crépuscule, se dessine la silhouette d'un autre Cb, moins virulent mais qui laissait paraître de jolis éclairs intranuageux, de couleur jaune orangé, que Brubru a également filmés. 23 heures retour à Tours, tous très heureux. D'abord Riton et Brubru d'avoir poursuivi peut-être le gratin des orages de la région, et moi de m'être libéré d'une phobie qui me handicapait depuis 18 ans. Merci au chauffeur pour son endurance (3 h au volant à vitesse réduite) et à Dame Nature.
Récit et photos de Pierrick Turpin
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