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Orage dans la forêt suisse L'histoire se passe en
1973.
À cette époque, j'étais à l'armée en Suisse. Je faisais partie de ce qu'un appelait les troupes de soutien, c'est-à-dire les unités chargées d'assurer le ravitailement des convois militaires. Nous étions dans une situation d'exercice pour un ravitaillement en cas de guerre. Bien sûr, on peut imaginer dans la réalité que ce genre de choses ne se font pas sur la place du village, mais discrètement dans un endroit isolé, camouflé, et de nuit. Les convois qui venaient se ravitailler avaient en tout et pour tout un point de contact qui correspondait à une coordonnée géographique. La personne qui se trouvait à ce point de contact, c'était moi. L'endroit se trouvait au beau milieu d'une forêt dense, au bord d'un chemin forestier, mais assez large pour laisser passer des camions. Je devais arrêter les véhicules et leur demander un code d'identification que je devais transmettre par radio et en cas de réponse affirmative, j'indiquais au responsable où il devait se rendre pour commencer son ravitaillement, un autre point situé à 7 ou 800 mètres plus loin, en suivant le chemin. La durée de l'exercice n'était pas limitée dans le temps, la seule chose que je savais, c'est que quatre convois devaient se présenter. Voilà, le décor est planté et si vous avez bien compris, j'étais un peu seul au milieu d'une forêt, dans la nuit, avec une radio qui avait la particularité d'avoir une antenne téléscopique d'au moins un métre de long. Nous étions vers le milieu du mois d'avril, période assez calme au niveau de la météo, surtout pour les orages. Quelques coups de tonnerre possibles, mais rares et encore pas toutes les années. Pourtant, le ciel en décida autrement. Il y avait environ une heure que je faisais les cent pas en attendant la suite, quand le ciel commença à s'illuminer grâce à de nombreux éclairs au loin. Sans diminuer d'intensité, peu à peu, l'orage s'approchait. La pluie se mit à tomber généreusement avec ce bruit caractéristique qu'elle fait en tombant sur le feuillage. Pour finir l'orage fut sur moi. Trois ou quatre fois, je vis une forte lueur, suivi presque immédiatement d'un coup de tonnerre, une fois je vis même l'arc de l'éclair, avec en simultané, le craquement de la foudre. La moindre des choses que je puis dire, c'est que je n'en menais pas large. J'avais posé la radio à terre, car elle avait sans doute les mêmes propriétés qu'un parapluie dans ce genre de situation. Je m'allongeai sur le sol, le plus loin possible des arbres qui m'entouraient, car je ne savais pas lequel allait éventuellement servir de paratonnerre. Finalement l'orage s'éloigna et la pluie cessa me laissant à peu près sec grâce à mon imperméable, mais surtout en vie. J'ai toujours eu une admiration mélangée de respect pour les orages, mais depuis ce jour-là, j'en ai encore plus. Jean-Marie Bouverat |
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