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Canicule : questions-réponses

On a l’impression que l’histoire se répète d’été en été. Episodes caniculaires et véritables canicules semblent déferler de plus en plus régulièrement sur la France et l’Europe. Questions-réponses à ce sujet.

On a l’impression que les canicules sont de plus en plus fréquentes. Est-ce une réalité ou une vue de l’esprit ?

C’est une réalité… tout à fait logique et « normale » dans le contexte de réchauffement climatique que nous connaissons, en particulier celui des 40 dernières années. Nous sommes actuellement dans la période la plus chaude qu’aient connue la Terre, l’Europe et la France, depuis environ 700 ans, donc depuis au moins les environs de l’an 1.300, fin de l’Optimum Médiéval. L’Optimum Médiéval était une période chaude, notamment en France et en Europe, entre 800 et 1.300. A cette période, les étés caniculaires se succédaient déjà les uns aux autres de façon effrénée. Les écrits de l’époque et la paléoclimatologie l’attestent. A suivi le Petit Age Glaciaire de 1300 à 1850, 550 années fraîches à froides, ponctuellement chaudes mais rarement, marquées par un refroidissement des quatre saisons et une raréfaction des canicules.

Mais plus près de nous, on constate aussi des variations en terme de fréquence des canicules : fréquentes entre la fin du 19ème siècle et le début du 20ème, puis dans les années 30-40, elles ont brutalement reculé de 1950 à 1981 à la faveur d’un petit fléchissement des températures terrestres, européennes et françaises. Cette baisse, de l’ordre de 0,6 degré chez nous, a suffi à rafraîchir trois saisons sur quatre, printemps, étés et automnes, et à faire chuter la fréquence des jours chauds, très chauds et des canicules. 

Depuis bientôt 40 ans, c’est l’inverse : la hausse rapide des températures (+1,6 degrés en France entre les années 70 et les années 2000), a vu le retour des canicules, avec une fréquence, une intensité et une durée plus longues.

Voici les seuils départementaux de canicule déterminés par Météo-France (seuils à atteindre ou dépasser trois nuits et trois jours consécutifs) :

Est-ce une nouvelle preuve de l’emballement du réchauffement climatique ?

Le réchauffement climatique produit davantage de canicules. Mais les canicules ne produisent pas le réchauffement climatique ! Cet été 2018, très chaud et même parfois record sur une grande partie de l’Europe, au Japon, sur l’est du Canada, ne prouve rien. Et pour cause : il faut une tendance lourde (sur 15, 20, 30 ans) pour affirmer un changement réel. L’été 2018 ne suffit pas.

Alors que le printemps et la première moitié de l’été étaient anormalement chauds sur ces contrées, l’Espagne, le Portugal, le Maroc et l’ouest de la Méditerranée en général restaient presque constamment sous les moyennes saisonnières. Une large partie de l’Amérique du Sud connaît également une période froide longue et récurrente ces derniers mois. Sans oublier des records de froids et de la neige en plein mois de juillet dans le centre-nord de la Russie, dans la région de Norilsk, le froid et la neige records également de fin juin sur Terre-Neuve. Ce qui montre que le principe des vases communicants fonctionne toujours : quand il fait trop chaud quelque part, il fait trop froid ailleurs. 


Neige à Norilsk le 20 juillet 2018

Depuis la fin d’El Nino 2015-2016, depuis un peu plus de deux ans, la température mondiale est légèrement redescendue, de 0,23°C. Deux ans, c’est beaucoup trop court pour parler d’une tendance au rafraichissement ou au refroidissement. Il faudrait que cette baisse perdure au moins 10-15 ans pour l’évoquer. Le climat étant plein de surprises, il est impossible d’affirmer quoi que ce soit dans un sens ou dans l’autre. L’homme est d’une telle prétention qu’il pense connaître l’avenir climatique des prochaines décennies. Mais méfions-nous, le retour de manivelle de Dame Nature pourrait faire mal !

Bien sûr, pas question de minimiser le réchauffement climatique moderne. Mais lorsque l’on s’intéresse à l’histoire du climat, on comprend vite que nous ne connaissons finalement pas une période exceptionnelle : il a déjà fait beaucoup plus froid, il y a peu, et beaucoup plus chaud… il y a peu aussi à l’échelle de la durée de vie de notre planète : aussi chaud qu’aujourd’hui, à peu de choses près, entre 800 et 1300, et beaucoup plus chaud entre -3000 et -1000, durant l’âge de bronze, avec environ 2 à 3 degrés de plus qu’aujourd’hui et un Sahara… encore bien vert !

Entre les « réchauffistes » du GIEC et des médias et les « frigoristes » que sont les climato-sceptiques purs et durs, il est important de savoir être plus nuancé. Le seul fait de s’intéresser au climat et de chercher à s’informer, en cherchant plus loin que la période 1880-2018 sans cesse mise en avant alors qu’il s’est passé énormément de bouleversements climatiques antérieurement à 1880, permet justement de ne pas tomber dans l’alarmisme et le catastrophisme du GIEC ou de Jean Jouzel qui buzze (bugue?) et nous annonce 55°C dans 30 ans en France, ni dans le refus de voir la réalité du réchauffement des climato-sceptiques.

 

Dans ce cas, peut-on parler de dérèglement climatique ?

La vraie question est : le climat est-il réglé ? Non. Les périodes que je viens d’évoquer, chaudes (Âge de Bronze, Optimum Médiéval) et froides (avant l’an 500, Petit Age Glaciaire, années 50 à 80), sur les laps de temps parfois longs (plusieurs siècles), mais aussi plus courts (30-40 ans) démontrent que le climat n’est pas linéaire et qu’il connaît des réchauffements et refroidissements constamment.

Nous sommes dans une période interglaciaire… pas particulièrement chaude. Entre deux glaciations, notre Terre a déjà connu des réchauffements extrêmement brutaux et importants. Même en 2018, nous sommes dans une phase très modérée de notre climat, ni trop froid, ni trop chaud. Le climat n’est pas déréglé puisqu’il n’est pas réglé !

Le problème aujourd’hui, ce n’est pas le climat, mais plutôt l’homme qui ne semble pas prêt à s’adapter !

N’est-il pas un peu facile d’accuser l’homme de tous les maux ?

L’homme modifie son environnement depuis qu’il marche sur ses deux jambes et a découvert le feu. On sait que malgré le réchauffement climatique actuel et à contresens des prévisions du GIEC il y a 10, 20 ou 30 ans, il n’y a pas plus de phénomènes extrêmes qu’auparavant. En dehors des canicules. Pas plus de tempêtes, pas plus de cyclones, pas plus de tornades non plus. On constate même des baisses d’occurence des cyclones, notamment dans l’océan Indien et l’Atlantique. Les tornades se raréfient (heureusement pour eux) aux Etats-Unis.

Concernant les inondations ou les feux de forêts, leur hausse de fréquence et leur aggravation est un fait. Qui n’est absolument pas lié à un changement climatique quelconque, mais lié directement à l’être humain et ses modifications environnementales : bétonnage intensif des villes et agglomérations en expansion constante, déforestation, disparition des bocages, des bois retenant l’eau de pluie, tassements des sols agricoles par les machines empêchant la bonne pénétration de l’eau… Pour les feux de forêts, outre les actes de pyromanes malheureusement toujours plus nombreux, les actes « accidentels » tels qu’une allumette ou un mégot jeté par mégarde au bord d’un champ ou d’une forêt en période de sécheresse sont eux aussi trop fréquents. Sans compter qu’une simple étincelle provenant d’une machine agricole suffit à allumer un feu gigantesque.

L’homme est victime de son propre mal. Le climat finira par s’auto-réguler comme il l’a toujours fait. Mais la planète est malade par bien d’autres aspects plus graves : pollution des airs, des mers, des cours d’eau, du sol et une surpopulation galopante qui ne fait qu’aggraver les problèmes environnementaux.   

La pire canicule fut celle de 2003. A-t’on appris de cet événement catastrophique ?

Il est vrai que la canicule du 2 au 13 août 2003 a été « sans précédent » depuis au moins 350 ans sur la moyenne de ces presque deux semaines, date des premiers relevés météo en France à Paris, et sans doute bien au delà encore. Les 15.000 morts en France étaient effectivement présentés comme « du jamais vu ».

Il y a eu pourtant pire un peu moins d’un siècle auparavant : durant l’été 1911, des canicules se succèdent de début juillet jusqu’au 13 septembre (encore plus de 35°C à Paris début septembre !), soit plus de deux mois de fournaise, entrecoupés de très courts répits de chaleur plus modérée.  Un été torride arrivé pourtant au pic d’un rafraîchissement du climat sur les trente années précédentes ! Durant cet été, on compte pas moins de 40.000 morts en France, quasiment trois fois plus qu’en 2003 ! Contrairement à cette dernière, la surmortalité concernait surtout les nourrissons et les enfants, dans une moindre mesure les personnes âgées.

 
Canicule de l'été 1911

Outre des périodes de canicules durant l'été 1921 se poursuivant jusqu'au 20 octobre dans le sud (!!!) et dans une moindre mesure sur le reste de la France, un blocage anticyclonique exceptionnel s'est produit entre décembre 1920 et mai 1922, soit un an et demi ! Et pas seulement sur l'Europe, mais aussi sur la Russie et l'Amérique du Nord, quasiment toute l'hémisphère Nord ! Un événement totalement inédit et isolé, puisqu'il ne s'était a priori pas produit avant (entre 1650 et 1920) et ne s'est pas produit après. Les conséquences furent évidemment catastrophiques, avec seulement 270 mm de pluie à Paris en 1921, soit moins que l'ors d'une année "normale" au... Sahel ! Les rendements agricoles furent modiques sous cette sécheresse extrême étant donné l'étendue géographique hors-norme. Mais à l'époque, les médias n'en faisaient pas des tonnes et on ne parlait pas de "changement climatique"...

En tous cas, la canicule de 2003 a permis de prendre conscience que cet événement météorologique, phénomène silencieux, peut davantage tuer que n’importe quel autre phénomène violent en France. Elle a permis à Météo-France de déterminer des seuils de canicule pour déclencher les alertes à partir de 3 jours et nuits au niveau et au-dessus de ces seuils. Elle a permis d’alerter le monde médical sur la précarité de nombreuses installations vétustes ou sans climatisation dans les hôpitaux, cliniques et maisons de retraite. Elle a permis de prendre ou reprendre contact avec « nos vieux », trop souvent oubliés voire abandonnés à leur sort.

Il fait chaud en été. Certes, cela peut paraître « normal ». Mais lorsque l’on dépasse les moyennes de 8, 10 voire 15 degrés, on sort très clairement de la normalité. La chaleur excessive tue. On l’a vu en 2003, 1976, 1947, 1911 etc… Pas question de prendre à la légère ces 35, 38, 40°C et plus qui peuvent vous mettre sur le carreau en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Adoptez les bons gestes pour supporter cette période difficile, prenez soin des bébés, enfants, personnes âgées, et n’oublions surtout pas nos petits animaux de compagnie, tout aussi exposés que nous, voire plus, à cette chaleur brûlante. 

 

- Frédéric Decker, Lameteo.org - Jeudi 2 août 2018 -

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