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Réchauffement record en ce début d'été dans le monde... Vrai ou faux ?

A l'occasion de la sortie d'un article alarmiste dans le Daily Mail, évoquant les propos catastrophistes du météorologue britannique Nick Humphrey, le site Atlantico m'a interviewé sur ces "records de chaleur" relevés dans le monde. Voici l'entrevue en question.

Atlantico : La première semaine du mois de juillet de cette année 2018 aurait été un épisode inédit de chaleur intense au niveau mondial, avec des températures extrêmes constatées aussi bien en Amérique du Nord, en Europe, au Moyen Orient, ou en Asie. En quoi cette vague de chaleur a-t-elle été inhabituelle ? 

Frédéric Decker : Tout d’abord, le météorologue Nick Humphrey fait une grossière erreur de débutant : prendre un phénomène météorologique ponctuel, tel que ces pics de chaleur en plusieurs endroits de l’hémisphère Nord, pour évoquer une tendance climatique globale. Or, les deux sont totalement dissociables : d’importantes vagues de chaleur ont déjà eu lieu durant des périodes froides, et des vagues de froid intenses durant des périodes chaudes. Il faut clairement différencier météorologie et climat, sans tout mélanger comme dans cet article.

Effectivement, les pics ou vagues de chaleur se produisent depuis quelques semaines dans plusieurs régions de l’hémisphère Nord, battant parfois des records. Pour rappel, dans l’hémisphère Nord, c’est l’été…

Si ces chaleurs très étendues dernièrement peuvent surprendre, elles sont pourtant bien loin des canicules de l’été 2010 en Russie ou de l’été 2003 en Europe. Car si des records sont tombés ici ou là, il s’agit d’épiphénomènes, de records de chaleur locaux. Fort heureusement, les vases communicants existent toujours : quand il fait trop chaud quelque part, il fait trop frais ou froid ailleurs. Actuellement, fraîcheur ou froid concernent l’Alaska, le Yukon, le sud et l’est des Etats-Unis, le Maroc, le sud du Portugal, l’Andalousie, le nord du Groenland, le plateau de Sibérie jusqu’au Katchamka, une partie de l’Europe Centrale etc…

Dans le contexte de réchauffement moderne que nous connaissons depuis environ 40 ans, il est toutefois logique de voir davantage de zones au chaud qu’au froid, d’autant que ces écarts thermiques se basent sur une normale climatique antérieure à notre période actuelle, donc plus fraîche. Mais, je l’ai déjà dit à plusieurs reprises sur Atlantico, il ne faut pas tomber une nouvelle fois dans ce « catastrophisme réchauffiste » ambiant, imposé par le consensus du GIEC. Sans tomber dans autre extrême climato-sceptique non plus, sous-estimant systématiquement le réchauffement moderne de plusieurs dixièmes de degré, ce qui est loin d’être négligeable à l’échelon global !

Atlantico : Comment expliquer une telle vague de chaleur au niveau mondial ? 

Frédéric Decker : Par des blocages anticycloniques « bien situés » pour envoyer des bouffées de chaleur entre les îles Britanniques et le nord de la Russie ou encore de l’est étasunien à la Baie d’Hudson. Sur une partie de l’Asie, ces mêmes hautes pressions retardent l’arrivée de la mousson humide… qui fera baisser les températures très prochainement. Ce type d’événement est courant en été. Il se produit même parfois au printemps, comme en 2011 en Europe occidentale, ou en automne, comme en 2015 également sur l’Europe. Rien d’inédit, et cela pourrait être pire : entre décembre 1920 et mai 1922, soit un an et demi, des récurrences anticycloniques s’étalaient sur quasiment toute l’hémisphère Nord, provoquant une sécheresse record en Russie, en Europe et en Amérique du Nord, occasionnant du coup une flambée du prix des céréales. L’année 1921 comptabilisa 270 mm de pluie seulement à Paris (normale 650 mm), sachant qu’il tombe en moyenne 300 mm par an… au Sahel ! Le 2eme « record » est loin derrière avec 394 mm en 1842, et l’année 1976 parait pluvieuse avec ses 417mm ! L’été 1921 fut d’ailleurs « brûlant » selon la presse de l’époque et les relevés météo sur ces mêmes contrées. Nous sommes loin, très loin de ce cas très isolé cette année.

Atlantico : Peut-on considérer que ce type d'événements "records" seraient susceptibles de se reproduire à l'avenir, avec une fréquence plus élevée ? Comment l'interpréter au regard du réchauffement climatique, faut-il considérer cette semaine de juillet comme une accélération du phénomène ? 

Frédéric Decker : Pas forcément. La canicule de 2003 devait se répéter de plus en plus souvent en Europe. En dehors de la canicule, moins forte, de 2006 et de celle de 2010 en Russie, nous n’avons assisté qu’à quelques pics caniculaires ou de courtes canicules depuis. Bien sûr, dans un monde plus chaud comme de nos jours, les risques de canicules sont plus élevés, notamment en fréquence et en durée. En revanche, en valeur absolue, on ne constate pas de réelle hausse des pics thermiques, même si quelques records sont battus par endroits… Entre 1900 et 2018, le record de chaleur national français a augmenté de… 0,1 degré, passant de 44,0 en 1923 à Toulouse. À 44,1 en 2003 dans le Gard. Des chiffres plutôt liés à la météo qu’à l’évolution du climat d’ailleurs.

Il n’y a pas d’accélération du réchauffement climatique. Depuis 2 ans, ce serait même plutôt le contraire, mais cela était attendu : après le pic de chaleur mondial du au phénomène El Nino en 2015-2016, le thermomètre terrestre a légèrement fraichi. Pas de quoi crier victoire pour autant, puisque la baisse est de l’ordre de 0,3 degré. Et deux années, c’est beaucoup trop court pour parler d’une tendance lourde. Mais en dehors de ce pic de chaleur du à El Nino, une relative stabilité est observée depuis 1997, soit 21 ans, le réchauffement ayant nettement ralenti sa course par rapport à la vingtaine d’années précédentes.  

Frédéric Decker : Au risque de passer pour un oiseau de mauvaise augure, j’ajoute qu’un réchauffement climatique, de nos jours, est systématiquement vu négativement, à coups d’annonces alarmistes, catastrophistes, où la surenchère de celui qui affirmera le pire du pire semble devenir une habitude. Pourtant, l’histoire nous apprend que les précédentes périodes chaudes furent… très positives : l’optimum médiéval, entre 800 et 1300, période à peu près aussi chaude qu’aujourd’hui, a permis l’essor de l’Europe et de l’Asie grâce à des rendements agricoles régulièrement excellents. Cette période a également permis d’ériger des constructions monumentales comme nos cathédrales et églises par exemple. Il y a 3000 à 5000 ans, le climat était plus chaud de 2 à 3 degrés par rapport à aujourd’hui. Coïncidence ou pas, c’était l’âge de bronze, période très riche avec l’essor brutal de la métallurgie aux quatre coins du monde de l’époque et un Sahara encore verdoyant jusqu’en 3000 avant JC. A l’inverse des périodes froides comme le Petit Age Glaciaire (entre 1300 et 1850) qui a vu l’économie s’effondrer en raison de rendements agricoles en chute libre, conduisant aux disettes fréquentes, famines, maladies… L’homme devrait apprendre de l’histoire sans trop s’éloigner de la science et ne pas se cantonner à la période 1880-2018 pour trembler devant le réchauffement actuel. Il devrait au contraire se préparer à un éventuel refroidissement futur qui aurait des conséquences largement plus négatives…

- Frédéric Decker, Lameteo.org pour Atlantico - Mardi 17 juillet 2018 -

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