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Pourquoi un mois de mai 2018 aussi orageux ?

Cela n'aura échappé à personne : les orages sont omniprésents ce mois de mai 2018, depuis le début du mois au sud et à l'est, et depuis le 20 sur quasiment tout le pays. Fréquents, parfois et même souvent violents, ces orages sèment la pagaille sur de nombreuses régions. Quid de cette situation atypique.

Des orages en mai, rien de plus normal. Les premières grosses bouffées d'air chaud déferlent souvent au cours de ce joli mois sur la France. Et les contrastes thermiques, essentiels à la formation d'orages, qu'ils soient horizontaux et/ou verticaux, sont plus importants en mai qu'au coeur de l'été. Nous sortons en effet de l'hiver et l'été approche. Air froid et air chaud peuvent alors se confronter de façon explosive.

Ce mois de mai 2018 offre des conditions optimales pour le développement des orages. Un marais barométrique persiste en effet depuis plusieurs semaines. Mais c'est quoi un marais barométrique ? Une situation ni anticyclonique, ni dépressionnaire, avec des baromètres indiquant des valeurs très homogènes de Strasbourg à Brest et de Lille à Ajaccio. Aidé par une récurrence dépressionnaire sur le proche Atlantique, advectant de l'air chaud et humide en provenance de la péninsule Ibérique et de Méditerranée, et par un soleil déjà très haut permettant de chauffer bien fort en journée, ces conditions favorisent l'évolution diurne : la hausse du thermomètre en journée provoque l'évaporation, puis la condensation en cumulus, ces derniers dégénérant alors fréquemment en cumulonimbus, rois des nuages, à l'origine d'orages. Les contrastes thermiques horizontaux (frais à l'ouest et au sud, chaud à l'est et au nord) et verticaux (anomalie froide récurrente en altitude, air chaud au sol) accroissent le degré d'instabilité. Et tout cela finit en orages souvent violents, quasiment en toutes régions. La Bretagne reste relativement épargnée.

Du "jamais vu" ?

Expression trop utilisée par les médias, et souvent suivie par "depuis telle année", elle n'a pas vraiment lieu d'être. Car du jamais vu, c'est du jamais vu. Pas "depuis 1982" ou une autre date. Dans ce cas, c'est du déjà vu. Bref... Mai 2018 bat des records en terme de foudroiement en France, c'est vrai. Mais... depuis 1987. En effet, le réseau de détecteurs de foudre de Météorage a vu le jour en 1987. Ce type de mesures n'existait pas avant cette année-là. Et les archives climatologiques indiquent des mois de mai extrêmement orageux dans le passé. Car si mai 2018 dépasse les mois de mai 1992, 1993 ou encore 1999, 2000 et 2001, crus très orageux, les mois de mai 1971, 1954 ou encore 1952 présentaient un nombre de jours d'orages très élevés sur une large partie de la France. Donc, du jamais vu... non.

Le réchauffement climatique apporte-t'il plus d'orages ?

Cela semblerait logique. Plus de chaleur = plus d'humidité = plus d'orages. Contre toute attente, ce n'est pas le cas. Le nombre de jours d'orages sur ces 70 dernières années, depuis 1945, offre une stabilité presque déconcertante en France, avec quelques faibles variations locales, à la hausse mais aussi à la baisse, insignifiantes.

Sur 74 stations françaises de métropole, le nombre de jours d'orage par an est passé de 22,2 jours entre 1951 et 1980, et 22,6 jours entre 1981 et 2010. La "hausse" est de moins de 2%, insignifiante. Les disparités locales sont parfois importantes : +6 jours à Boulogne-sur-Mer, Belfort et l'ile d'Yeu, +5 jours à Mulhouse, Orly et Bourges, +4 jours à Bastia, Sète, Angers et Langres... Mais aussi -6 jours à Nancy et Nice, -5 jours à Perpignan et Saint-Quentin (Aisne), -4 jours à Caen... Paris perd 1 jour d'orage annuel.

 

Malgré une hausse moyenne d'un peu plus d'1 degré depuis les années 50 en France, le climat ne devient pas plus orageux. Ni plus irrégulier. Depuis toujours, années "pauvres" en orages et années électriques se succèdent sans logique. Les orages d'aujourd'hui sont-ils plus violents ? Non plus. De nombreux records de pluies orageuses appartiennent à l'"ancien temps". Et le pire orage français reste très probablement celui du 13 juillet 1788, un monstre qui balaya toutes les régions entre les Charentes et la Belgique, passant par le Poitou, la région Centre dont la Beauce et ses céréales détruites, l'ouest du Bassin Parisien, la Picardie et le Nord-Pas-de-Calais. Ce jour-là, en quinze minutes seulement, les grêlons pesant jusqu'à 600 grammes et les vents tempétueux dévastèrent tout. Les vitres et toitures du château de Versailles volèrent en éclat, entre autres très nombreux dégâts. On dit même que cet orage a contribué à la révolution française un an et un jour plus tard. Mais sans blé, pas de pain, famine, maladie, mortalité. C'est donc probable.

 

Les faits nouveaux en revanche qui renforcent les inondations liées aux orages sont : l'urbanisation et le bétonnage intensifs, empêchant la pénétration des eaux de pluie dans le sol ; la déforestation, la disparition des haies bocagères qui drainaient le sol et retenaient une grande partie de l'eau auparavant ; les étendues de champs ouverts, accroissant le ruissellement, lui-même aggravé par le tassement de la terre du aux passages des machines agricoles sur ces portions de sol très importantes.

Les orages font partie de notre climat en France. Ils ont toujours été existé, ont toujours été violents. Rien de nouveau sous le soleil (ou sous la foudre). Mais pensons peut-être à re-végétaliser nos villes, encore plus que les efforts apportés ces dernières années, mais aussi à rétablir les bocages et bosquets qui améliorent la situation dans nos campagnes.

- Frédéric Decker, Lameteo.org - Photo (c) Basile Ducournau - Orage près de Dreux (Eure-et-Loir) le 29 mai 2018 -

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