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Réchauffement climatique : pourquoi le seuil de 1 degré est-il si difficile à atteindre ?

En ce début d'année 2018, alors que les excès chauds et froids des derniers mois sont attribués au réchauffement climatique par le GIEC et par les médias qui suivent scrupuleusement ce mouvement, force est de constater que l'écart thermique enregistré en janvier à l'échelle globale (+0,71 degré) est le plus faible depuis novembre 2014 (+0,69 degré), et celui de février 2018 (+0,65 degré) le plus faible depuis février 2014 (+0,48 degré). Après le coup de chaud du à El Nino entre 2015 et le premier semestre 2016, la hausse mondiale du thermomètre a freiné sa course, comme envisagé ici même...

En décembre 2015, pour la première fois, le seuil de 1 degré de réchauffement global était atteint et même dépassé (+1,11 degrés), faisant la une de tous les médias internationaux. Un seuil dépassé durant cinq mois consécutifs jusqu'en avril 2016 avec un pic à 1,22 degrés d'excédent en mars 2016. De mai 2016 à février 2017, ce seuil ne sera plus atteint, avant d'être épisodiquement de retour en mars 2017 (+1,05 degré). Depuis, les écarts thermiques mondiaux se ratatinent : El Nino est "mort", quelques semblants de La Nina se sont manifestés. Et quelques vagues de froid assez remarquables se sont produites en plusieurs endroits du monde ces derniers mois.

Le mois de janvier record de chaleur en France n'était qu'un phénomène local : les pays limitrophes (Espagne, Allemagne, Grande-Bretagne) n'ont pas battu de record en ce premier mois 2018. Et si les températures sont souvent restées au-dessus des normales dans le monde, des anomalies froides ont été constatées sur une grande partie de l'Eurasie, sur une moitié Est des Etats-Unis à la faveur d'une vague de froid remarquable, mais aussi en Afrique équatoriale ou au niveau du Pacifique équatorial. En février 2018, la température mondiale s'est encore abaissée légèrement, avec un excédent de 0,65 degré "seulement", un chiffre aussi faible n'avait plus été atteint depuis quatre ans.

Mais pourquoi ce degré fatidique est-il si difficile à atteindre finalement ?

Question de variabilité naturelle du climat tout d'abord. En l'absence d'El Nino, les équilibres thermiques se rétablissent partiellement, et ce en dépit du réchauffement climatique moderne. Si la "chaleur" domine encore sur la Terre, des échanges thermiques compensatoires permettent de voir des périodes froides sur des étendues relativement conséquentes, à l'image de février en France et en Europe.

La présence d'un La Nina modéré depuis plusieurs mois tire quelque peu la température moyenne mondiale vers le bas. Ce phénomène devrait s'effacer dans les semaines et les mois à venir pour revenir à une phase plus neutre. Le temps de latence océan-atmosphère ne permettra toutefois pas à l'atmosphère de réagir aussitôt, et nous devrions connaître une année 2018 bien moins chaude que 2015, 2016 ou 2017.

De ce fait, retour au phénomène de "plateau" après le pic de chaleur mondial du à El Nino 2015-2016, "plateau" désormais bien installé depuis 1997. Les chiffres actuels reviennent aux valeurs antérieurs à cette période surchauffée. Et la suite ? La baisse va t'elle se poursuivre ? Le thermomètre va t'il stagner ? Ou le réchauffement va t'il reprendre ses droits ?

De grandes questions sans réponses certaines. Si le GIEC mise sur la poursuite et une certaine intensification du réchauffement, certains grands cycles océaniques complexes chauds sont arrivés à leur maximum et pourraient laisser place à une baisse globale du thermomètre, potentiellement rapide. Sans oublier la baisse de l'activité solaire. Si celle-ci ne semble avoir que peu d'influence sur la température terrestre, la somme des deux phénomènes est susceptibles de refroidir notre futur proche. Reste à savoir si la tendance au réchauffement, anthropique et naturel, parviendra à équilibrer le tout. Bref, pas de réponse catégorique ! Le climat, machine complexe et indomptable, va sans doute nous surprendre à l'avenir.

- Frédéric Decker, Lameteo.org - Samedi 10 mars 2018 -

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