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Un "vrai hiver" en France

Un certain nombre de personnes se "plaignent" de ne pas connaître de "vrai hiver", avec neige et froid pour tout le monde. Mais est-ce la véritable définition du "vrai hiver", ou n'est ce qu'une image d'Epinal ?

La France en blanc pendant des semaines, des fortes gelées et journées sans dégel, des lacs gelés... Telle est l'image de l'hiver dans l'esprit de bon nombre de Français, image renforcée par les films, téléfilms et autres séries de Noël diffusés un peu partout durant les fêtes. Des images provenant principalement... d'Amérique du Nord où les hivers sont radicalement différents des nôtres. Mais cet hiver blanc et froid n'est finalement qu'une image d'Epinal. Et ce ressenti des "saisons qui étaient des vraies saisons" dans la (mauvaise) mémoire de tout le monde est faux. Depuis toujours, hivers doux et étés frais et humides se succèdent, à un rythme plus ou moins régulier selon les décennies. Mais tous les hivers n'étaient pas froids et neigeux autrefois, tous les étés n'étaient pas chauds et ensoleillés non plus. La climatologie a même tendance à démontrer le contraire !

Voici la carte des températures minimales et maximales moyennes sur la saison hivernale (décembre, janvier, février) en France, compulsant les normales 1981/2010. Des valeurs loin d'être "hivernales", n'est-il pas ? 

Pour accéder aux normales 1951/80, trentaine d'années la plus froide du XXe siècle, il faut retrancher entre 1 et 1,5 degrés partout. Ce qui maintient des températures bien loin des images frigorifiantes de nos esprits ou des programmes télé. Car si les vagues de froid étaient plus fréquentes et plus fortes avant 1988, année d'un certain tournant en France, les hivers doux se produisaient assez fréquemment : 1983/84, 1982/83, 1979/80, 1976/77, 1974/75, 1973/74, 1971/72, 1966/67, 1965/66 etc... Des hivers pluvieux, venteux et quasiment sans neige comme ceux que nous connaissons finalement de nos jours.

Le réchauffement climatique récent, en particulier entre 1988 et aujourd'hui, n'interdit pas l'arrivée d'une vague de froid majeure en France. Comme ce fut le cas en février 2012, fin décembre et janvier 1997, en février 1991, ou dans une moindre mesure à plusieurs reprises entre janvier et mars 2013, en décembre 2010, durant l'hiver 2009/2010, l'hiver 2008/2009... Le nombre de jours de chute de neige n'a d'ailleurs que légèrement diminué sur les régions de plaine depuis 1981, de 5 à 10% en général (-1 à -3 jours par an selon les régions).

L'hiver 1962/63, cas isolé au cours du 20e siècle, est le seul à avoir trois mois quasiment continus de froid et de neige, avec de courtes interruptions plus douces. Un tel hiver a donc une durée-retour de 100 ans ou plus. Même en plein Petit Age Glaciaire, entre l'an 1300 et 1850, certains hivers se démarquaient par une douceur inouïe, rivalisant avec les hivers récents les plus chauds, certains se déroulant sans la moindre gelée, sans un flocon, permettant aux arbres de fleurir en plein mois de janvier, comme lors de l'hiver 1719/1720 qui n'a pas connu une seule température sous 0 degré à l'observatoire de Paris (sans voiture à l'époque !).

Janvier 1987, février 1986, janvier 1985, janvier 1979, l'hiver 62/63, février 1956... marquaient les esprits justement parce qu'ils sortaient de l'ordinaire. Et ce sont ces hivers qui restaient ancrés dans la mémoire collective, parmi de nombreux hivers "normaux" ou doux !

Des hivers pas hivernaux... mais très classiques en France. Cerné par la Mer du Nord, la Manche, l'Atlantique et la Méditerranée, notre France est réchauffée par ces eaux omniprésentes. Un climat océanique largement dominant depuis toujours, amplifié par le réchauffement moderne. Pour connaître des hivers dignes du Québec, il faudrait "simplement" que... la Terre tourne à l'envers, nous passerions alors en flux d'est dominant ! ;-)

Certains annoncent déjà un nouveau "minimum de Maunder" d'ici 2030 en raison d'une baisse sensible de l'activité solaire. Mais rien n'est certain : des résultats récents concernant le refroidissement lors du PAG indiquent une activité volcanique particulièrement élevée durant ces siècles successifs... à l'inverse du XXe siècle qui a connu une accalmie remarquable dans ce domaine, accalmie qui perdure jusqu'à aujourd'hui. La baisse d'activité solaire à l'époque n'aurait qu'une incidence très limitée, pas comparable avec celle des volcans alors très actifs. Il faudra donc peut-être attendre quelques explosions volcaniques successives pour voir le thermomètre redescendre et la France blanchir plus souvent à l'avenir...

- Frédéric Decker, Lameteo.org -

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