News

Entrevue avec Stéphane Vetter, photographe de TLE et autres

Un nom prédestiné à une lettre près. Stéphane Vetter (et non Wetter qui veut dire météo en allemand) est un photographe de paysages nocturnes qui se spécialise dans certains phénomènes météo rares tels que les aurores boréales et surtout les TLE ou phénomènes transitoires lumineux qui se produisent lors d'orages. Découvrez ce baroudeur armé de son objectif dans cette entrevue.

FD : Bonjour Stéphane. Pour nos internautes qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter en quelques mots ?

SV : Bonjour, Je suis photographe spécialisé dans le paysage nocturne depuis 2009. J’ai intégré l’équipe internationale de TWAN (The World At Night) en 2015. Mes images sont régulièrement publiées sur le site de l’Astronomy Picture Of the Day et dans plusieurs revues spécialisées. L’une d’elle a été primée 1er prix dans le prestigieux concours WildLife Photographer of The Year.

FD : Les orages semblent te fasciner, et plus encore un phénomène particulier... Peux-tu nous en parler et nous dire d'où te vient cette passion ?

SV : En 1988, dans l’avion qui nous menait de Moscou à Och, je me souviendrais toujours de la vue fascinante d’un cumulonimbus, au soleil couchant, qui s’illuminait sous les éclairs. Je me suis intéressé aux orages, mais toujours vu de loin, pour pouvoir intégrer le ciel étoilé dans la scène. Très vite, j’ai eu connaissance des phénomènes transitoires lumineux (TLE) qui se déroulent au-dessus des orages et, en 2016 et surtout 2017, j’ai décidé d’y consacrer pas mal de mon temps pour les comprendre et surtout pour les capter.

FD :Sans nous dévoiler tes secrets, immortaliser ces phénomènes semble très compliqué... Comment procèdes-tu ?

SV : Tout d’abord, précisons qu’on ne peut photographier efficacement des TLE qu’avec l’aide des cartes satellites disponibles sur internet en temps réel. La première chose est de repérer un orage « multicellulaire »  qui fait une ou plusieurs centaines de km de diamètre, ensuite s’assurer d’avoir du ciel clair entre cet orage et le point d’observation (c’est ce type d’orage qui génère des TLE). Il doit également faire nuit (la lune et la pollution lumineuse compromettent une bonne visualisation des TLE). Ensuite la stratégie consiste à viser cette zone et faire des images successives type time-lapse pour espérer en photographier. Les objectifs utilisés et les paramètres de prise de vue et sont très importants. Coté objectif, la focale dépendra de la distance qui nous sépare de l’orage, on peut espérer photographier des TLE jusqu’à 1000 km sachant que ces phénomènes peuvent monter sur une centaine de km d’altitude. Pour mémoire, j’utilise les focales suivantes :  14 mm ( orage à 100 km) , 24 mm (de 100 à 300 km), 35 mm (de 200 à 400 km), 85mm (de 400 à 700 km), 200mm (de 700 à 900km), attention ces chiffres s’entendent pour un capteur full-frame (24X36), pour un capteur APS-C, il faudrait diviser les focales par 1,5. Toujours pour les objectifs, il est fortement recommandé d’utiliser les objectifs lumineux (1,4), car pour les paramètres de prise de vue, il est important de poser le plus court possible, sinon le TLE sera « délavé » par la pose longue.  Les paramètres seront donc, pleine ouverture, pose de 5 secondes maximum (2 secondes idéalement) et l’ISO sera calé pour avoir une exposition correcte.  Le moins évident dans cette histoire, c’est de trouver du ciel dégagé entre l’orage et soi et guetter la formation de ces formations multicellulaires, car elles ne sont pas très fréquentes.

Photo de TLE le 29 juillet 2017 au Hochblauen (Forêt-Noire) - Orages sur l'Italie du nord (# 300km)

FD : On retrouve bon nombre de tes photos de ces TLE sur les réseaux sociaux et sur ton site... Filmes-tu également ces phénomènes (si c'est faisable...) ?

SV : Oui, c’est même la solution idéale, mais pas avec n’importe quel matériel. Comme dit plus haut,  il est conseillé de poser court, avec la vidéo, on peut poser jusqu’à 1/25è de seconde, ce qui sous-entend des ISO  extrêmes (10000 à 80000). A l’heure actuelle, il n’existe qu’un APN sur le marché capable de monter efficacement dans ces hauts ISO, c’est le Sony a7s (le Canon mh20f-sh est hors de prix).  Avec le Sony, j’utilise l’Atomos Shogun, un enregistreur externe qui permet d’enregistrer en 4K en UHD (Ultra Haute Definition) et d’avoir des images très détaillées.

FD : Outre les TLE, quels sont les autres sujets météo ou autres que tu aimes photographier ?

Sv : Ma passion principale reste les aurores avec 17 voyages en Islande , c’est d’ailleurs le matériel de prise de vue pour les filmer en temps réel qui a été utilisé pour les TLE. Sinon les étoiles filantes, la voie lactée, les comètes, les éclipses restent des sujets de prédilection que l’on peut facilement voir et photographier en France.

Aurore boréale en Islande en mars 2016

FD : Tu as carte blanche pour conclure :

SV : L’étape suivante, sera d’intégrer ces TLE dans des paysages, car finalement, c’est ce qui est écrit sur ma carte de visite : « Photographe de Paysages Célestes ». Bonne chance à vous, si vous décidez de les « chasser » !

Merci  Stéphane !  :-)

Sa page TWAN

La consécration ! Photo sur Astronomy Picture of the Day de la NASA !

- Frédéric Decker, Lameteo.org - Mardi 1er août 2017 - Photos (c) Stéphane Vetter - Tous droits réservés - Photo de portrait (c) Martine Schnoering -

Les cookies nous permettent de personnaliser le contenu et les annonces, d'offrir des fonctionnalités relatives aux médias sociaux et d'analyser notre trafic. Nous partageons également des informations sur l'utilisation de notre site avec nos partenaires de médias sociaux, de publicité et d'analyse, qui peuvent combiner celles-ci avec d'autres informations que vous leur avez fournies ou qu'ils ont collectées lors de votre utilisation de leurs services.