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Climat : Entrevue avec Hacène Arezki

Hacène Arezki est l'auteur du livre "Climat, mensonges et propagande", sorti en 2010 après cinq ans de recherches et d'enquête. Avec sur sa couverture des courtes phrases telles que "Pourquoi les scientifiques se déchirent", "les dessous économiques de la guerre de climat" ou encore "les causes du réchauffement, et si l'homme n'y était pour rien ?". Sept ans plus tard, ce géographe, spécialiste de géographie physique, et notamment de biogéographie et climatologie, accepte de répondre à mes questions.

FD : Bonjour Hacène Arezki. Tout d'abord, pour nos internautes qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

HA : Bonjour. Je suis géographe de formation, depuis toujours passionné par la Nature. Je me suis donc orienté vers la géographie physique, laquelle m'a permis de découvrir la climatologie. Cela fera bientôt un quart de siècle !

FD : J'ai lu avec intérêt, il y a quelques années, votre livre Climat, mensonges et propagande où vous exposez votre avis sur l'évolution récente du climat et les théories du GIEC. Après le pic de chaleur mondial de ces deux dernières années, conservez-vous le même avis ? Quel est-il à ce jour ?

HA : Ce pic de chaleur, que personne n'a pu ressentir mais que l'on remarque dans les courbes de température globale, est terminé. Nous sommes revenus aux valeurs précédentes, les mêmes qu'au début des années 2000. Pour juin, cela donne, pour la basse atmosphère, 0,21 °C de plus que la moyenne 1981-2010, valeur obtenue à partir des satellites. Selon la même source, le pic a été de +0,86 °C en février 2016. Tout cela n'a rien à voir avec le réchauffement climatique (implicitement anthropique dans les médias). Cette bouffée de chaleur (très relative) est due à un phénomène bien connu : ENSO, El Niño-Southern Oscillation, ou plus simplement El Niño. Pour faire simple et court, disons qu'à cette occasion il y a un fort transfert de chaleur de l'océan Pacifique tropical vers l'atmosphère. Le bilan global n'est pas modifié pour le système Terre, mais l'atmosphère se réchauffe un peu temporairement. D'où ce pic de chaleur dans les rédactions, où l'on ne s'est pas gêné pour en faire une énième preuve du réchauffement anthropique.

Mon avis reste le même, car rien n'est venu remettre en question les arguments sur lesquels il est fondé. Le climat, par nature changeant, a connu une évolution depuis quelques décennies qui n'est en rien anormale, ni dans son rythme, ni dans ses manifestations météorologiques.

FD : Pourquoi vous questionnez-vous par rapport au climat et son devenir ? D'où vous vient cette curiosité ?

HA : La question des origines n'est jamais simple. Au départ, il y a une passion pour les milieux naturels. D'où l'orientation universitaire. Ceci avant que le sujet du réchauffement ne soit médiatiquement omniprésent. Puis, travaillant sur la végétation et son évolution sur les marges méridionales du climat méditerranéen, je me suis penché plus avant sur le sujet, au moment où les médias l'ont propulsé sur le devant de la scène. Ce qui m'a permis de confronter ce qu'en disaient d'une part les médias, les organisations internationales et certaines recherches récentes, et d'autre part la production scientifique antérieure ainsi qu'une autre partie de la recherche contemporaine.

FD : Est-ce que, selon vous, le GIEC est dans le faux ? Pour quelle(s) raison(s) ?

HA : Le GIEC, Groupe d'expert intergouvernemental sur l'évolution du climat, a été créé en 1988 par l'Organisation des Nations unies. Sa mission n'est pas de faire de la recherche, mais d'en établir un état des lieux, assez régulièrement. Nous en sommes actuellement au cinquième rapport. Sa mission est biaisée dès le départ, puisqu'il doit faire le point sur « les risques liés au changement climatique d'origine humaine ». Autrement dit, le réchauffement existe, il est dû à l'Homme et cela constitue une menace. La rigueur et l'honnêteté auraient commandé de prendre les choses dans l'ordre : y a-t-il réchauffement, de quelle ampleur, à quoi est-il dû, cela constitue-t-il un risque et, si oui, de quelle nature ?

Ce que l'on peut lui reprocher, c'est de servir ce biais originel. Minorer ou ignorer ce qui va contre le dogme du réchauffement anthropique et catastrophique. Par exemple faire mine de prendre en compte le rôle du Soleil en éludant les recherches mettant en avant son influence indirecte sur l'atmosphère terrestre, plus importante que l'effet direct sur le bilan radiatif, somme toute négligeable ; prétendre que l'effet d'îlot de chaleur urbain, dont on parle souvent désormais lors des pics de chaleurs en été, n'influence pas plus que de quelques centièmes de degré Celsius la mesure de la température moyenne globale, faite non pas à partir des satellites, mais de stations au sol, souvent proches des villes. Et a contrario promouvoir ce qui va dans le sens souhaité, généralement des études récentes souhaitant montrer un réchauffement sans précédent, remettant en cause des décennies de recherche, mais vivement critiquées sur le plan scientifique, sans qu'aucun relais médiatique ne s'en fasse l'écho ; ou encore affirmer qu'un monde plus chaud conduit à une météo plus violente et contrastée, lors même que c'est contraire à la dynamique du temps bien comprise et aux enseignements de la paléoclimatologie.

Il y aurait par ailleurs beaucoup à dire sur son fonctionnement, comment sont nommés ses membres, qui en valide le contenu, etc.

FD : Le climato-scepticisme (ou climato-réalisme selon certains) est bâillonné plus que jamais en France après la sortie de Climat investigation de Philippe Verdier. Vous considérez-vous climato-sceptique ? Avez-vous un avis sur cette sorte de pensée unique imposée en terme de climat ?

HA : Climatosceptique, c'est le terme par lequel on vous qualifie quand vous apportez une critique au dogme que promeut le GIEC. Cela désigne donc quelqu'un qui n'est pas d'accord avec tout ou partie de l'idée selon laquelle l'Homme réchauffe le climat, avec des conséquences désastreuses. Au départ, c'est une marque que l'on appose sur vous, pas une manière de se définir. Ainsi a-t-on pu voir de respectables personnes pointer du doigt d'importantes failles dans la thèse du réchauffement anthropique, puis s'empresser de se défendre d'être climatosceptique en anticipant toute critique. Car dans l'imagerie véhiculée par les médias, le climatosceptique est nécessairement animé d'arrière-pensées, éventuellement stipendié par un lobby quelconque. Je n'aime pas trop les cases dans lesquelles on place les gens pour les définir, d'autant plus que les climatosceptiques peuvent être par ailleurs très divers. Mais au final, cela ne me dérange aucunement d'être ainsi classé, car le politiquement correct m'insupporte profondément. Il est de plus en plus dangereux d'ignorer que la liberté de parole consiste dorénavant à s'en tenir à ce qu'il est permis de dire. Philippe Verdier en est un triste exemple, lui qui n'est même pas climatosceptique, puisqu'il ne remet pas en cause le fond de l'affaire, seulement son traitement médiatique et son instrumentalisation politique. Il s'est d'ailleurs défendu de l'être. Cela ne l'a pas empêché d'être licencié. Un bon moyen de faire comprendre aux autres qu'il vaut mieux rester dans les clous. C'est vrai dans les médias, mais aussi dans la recherche.

Même aux États-Unis, où une certaine pluralité de parole existait encore. Des scientifiques de renom, qui ont commencé leur carrière avant que tout ne soit verrouillé, ont pu se faire entendre, exposer leurs critiques et exprimer leurs difficultés à publier des articles scientifiques. Mais c'est de plus en plus difficile. Il y a quelques mois, Judith Curry, une éminente chercheuse des sciences du climat, a démissionné (en fin de carrière, tout de même) et expliqué ainsi son choix : « Le facteur décisif est que je ne sais plus quoi conseiller aux étudiants et post-doctorants en ce qui concerne leur façon de se positionner dans la FOLIE du domaine de la science du climat. Les activités de recherche et d’autres activités professionnelles ne sont récompensées que si elles sont canalisées dans certaines directions approuvées par un establishment académique politisé permettant : financements, publications d’articles facilitées, embauches à des postes prestigieux, nominations à des comités et conseils renommés, reconnaissance professionnelle, etc. Conseiller de jeunes scientifiques pour naviguer dans ce système est au-dessus de mes forces, car cela se transforme souvent en bataille pour l’intégrité scientifique et équivaut à un suicide de carrière ». Ce sont les paroles d'une chercheuse qui est d'abord allée dans le sens du GIEC, avant de questionner de plus en plus le dogme réchauffiste, ce qui lui a causé bien des ennuis.

Or le système climatique n'a que faire de ceux qui veulent l'instrumentaliser. Il évolue comme il l'a toujours fait, mais pas forcément comme on nous l'annonce.

FD : Selon vos recherches les plus récentes, pensez-vous que le réchauffement récent va se poursuivre ? Comment voyez-vous le climat évoluer dans 30, 50, 100 ans ?

HA : Le réchauffement ne peut se poursuivre puisqu'il a cessé depuis une petite vingtaine d'années. Le récent El Niño a quelque peu tiré à la hausse les moyennes récentes, mais nous revenons à la situation antérieure, qui est celle d'un plateau. Plus ou moins ascendant selon les courbes que l'on retient. Celles ayant les préférences des promoteurs du réchauffement anthropique présentent des données torturées qui poussent à la hausse. Celles des satellites montrent une vraie pause, très gênante. Elle est tantôt niée, tantôt reconnue mais minorée. On nous a dit, il y a quelques années, que le réchauffement anthropique était supérieur à la variabilité naturelle, et qu'en conséquence les courbes ne pouvaient que grimper, comme le prédisent les modèles. C'est pourtant cette variabilité naturelle que l'on invoque pour expliquer le plateau de températures, ce qui est  contradictoire. Depuis le début de cette pause, a été produit un tiers du total des gaz à effet de serre envoyés dans l'atmosphère depuis le début de la révolution industrielle. Et pourtant, de réchauffement, point. Pour le moins, cela ne plaide pas pour un rôle majeur de l'Homme dans l'évolution récente du système climatique de notre planète. Contrairement au rôle du Soleil. Les prévisions de ceux qui lui donnent un rôle prépondérant vont dans le sens d'un refroidissement. Son intensité et sa durée sont sujet à débat. Winter is coming ! Espérons que ce ne sera pas trop rude, car contrairement à tout ce que l'on veut bien nous raconter, un refroidissement est beaucoup plus à redouter, comme nous l'enseignent les climats du passé : la submersion marine en moins, les calamités annoncées par le GIEC sont caractéristiques des périodes de refroidissement, y compris les sécheresses et les canicules, qui côtoient des étés pourris et des inondations.

Mais mieux vaut être prudent et ne pas jouer les augures. Nous verrons et ce sera intéressant quoi qu'il en soit.

FD : Avez-vous des projets de nouveaux bouquins à ce sujet ?

HA : Oui, je travaille sur un nouveau livre. Si je parviens à le mener à bien, cela concernera encore le climat, mais pas uniquement. Et dans une perspective élargie, en ne s'en tenant pas qu'aux aspects abordés dans le premier ouvrage.

FD : Pour conclure, je vous laisse carte blanche :

HA : Eh bien, je vous remercie et passe la parole à un grand scientifique, le paléontologue Stephen Jay Gould (1941-2002), s'exprimant sur son domaine de recherche, beaucoup moins sujet à controverse que le réchauffement climatique : « Si les scientifiques ne s'intéressent pas à l'histoire, c'est tout à leur désavantage. Beaucoup de gens croient que les conclusions scientifiques viennent du monde empirique, qu'il suffit de regarder les objets du monde, et que l'histoire procède par accumulation. Mais c'est faux : les conclusions sont un mélange complexe, où intervient le contexte social et politique, et lorsqu'on l'ignore, on ne comprend pas d'où viennent les préjugés, ni quelles alternatives existent ».

FD : Merci ! :-)

- Frédéric Decker, Lameteo.org - Mercredi 26 juillet 2017 -

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