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Notre climat en France... normal ?

Le réchauffement climatique, logiquement, réchauffe nos "normales" climatiques, calculées sur 30 ans. Actuellement, nous nous basons sur les normales 1981-2010. Pendant longtemps, le climat français a été déterminé par rapport aux normales 1951-1980, première série homogène sur suffisamment de points de mesures établis après guerre. Une petite étude démontre toutefois que ces "normales" 1951-80 n'étaient pas si normales...

J'aime jouer avec les chiffres, les calculs, les tableaux, les graphiques. Excel est mon meilleur ami dans cette discipline. Et je me suis livré à un jeu en me basant sur les relevés météo établis à la station météo de Châteauroux, subissant peu de réchauffement urbain contrairement à Paris et d'autres grandes agglomérations, et suffisamment ancienne (ouverture en 1893) pour une étude assez poussée.

Ce petit jeu, cela a été de calculer finalement les normales climatiques non pas tous les 10 ans comme nous avons coutume de le faire, mais... tous les ans ! Et vous allez le voir, les résultats sont impressionnants et étonnants. Commençons cette étude par les résultats saison après saison.

L'hiver

Les graphiques commencent en 1922 pour la "normale" 1893-1922, puis 1894-1923 et ainsi de suite jusqu'à 1987-2016 ou 1988-2017 selon notre avancée dans cette année 2017.

Les moyennes trentenaires des hivers sont bien irrégulières, se réchauffant d'abord un peu entre 1893-1922 et 1910-1939, réchauffement de 0.44°C. Après ce pic, c'est la chute durant 30 ans, avec un "pic de froid" sur la trentaine d'années 1940-69 et une chute de 0.86°C sur les mois de décembre, janvier et février. Suit une légère hausse ratatinée et irrégulière jusqu'au début des années 90 de plus ou moins 0.4°C. Une fois l'hiver 1962-63 sorti du lot, la hausse est brutale et marquée jusqu'à aujourd'hui avec 5.00°C pour la période 1988-2017 (sortie de l'hiver 86-87) et une hausse de 1.04°C en 26 ans.

Mois par mois :

Les mois de janvier et février n'ont jamais été aussi chauds qu'aujourd'hui (depuis 1893). Décembre perd quelques centièmes de degrés ces dernières années.

Le printemps

Les résultats sur les printemps sont très différents. Globalement stables du début des relevés jusqu'au début des années 70 (jusqu'à la normale 1943-72) , ils se sont brutalement refroidis ensuite jusqu'à la fin des années 80 - début 90, de 1.02 de 1932-61 au pic de froid 1958-87. Il faudra alors attendre la période 1978-2007 pour retrouver des valeurs identiques à celles des années 1893 à 1972. Depuis, le réchauffement se poursuit pour dépasser  légèrement la toute première normale (1893-1922) de 0.3°C à peine.

Mois par mois :

Les mois de mars n'ont jamais été aussi chauds que de nos jours. Les mois d'avril, bien qu'apparemment chauds, ont été un peu plus chauds encore des années 20/50 aux années 40/70. Les mois de mai étaient plus chauds que maintenant des années 1893-1922 aux années 1908-37.

L'été

La période estivale (juin, juillet et août) suit plus ou moins la même tendance, les étés subissant tout d'abord un petit rafraichissement jusqu'en 1911-40 avant un tout petit sursaut de moins de 0.3°C. A partir du milieu des années 50 (normale 1926-55), nouvelle baisse plus franche et brutale cette fois-ci. Pas étonnant que les canicules se soient tout aussi brutalement raréfiées dans les années 50, 60 et 70... Le pic de fraîcheur est atteint sur la période 1953-82 puis 1956-85 avec moins de 18°C de moyenne et une baisse de 0.92°C entre 1921-50 et 1953-82.

Depuis, la tendance s'est inversée pour un réchauffement rapide et marqué jusqu'à aujourd'hui, de 1.5°C. Les 19.23°C de 1893-1922 sont à nouveau atteints et dépassés depuis peu, 1980-2009 avec la sortie des 30 ans d'étés frais.

Mois par mois :

Les mois de juin retrouvent pilepoil leur toute première normale. Les mois de juillet se stabilisent. Les mois d'août se réchauffent encore et dépassent juillet.

L'automne

L'automne n'a pas suivi la même logique, les plus frais s'étant produits les premières années, en particulier lors d'un pic de froid sur la normale 1896-1925. Un réchauffement régulier s'est produit jusqu'au milieu des années 50 (1926-55), de plus de 0.6°C. Après ce pic, comme les autres saisons, les automnes se sont à nouveau rafraichis jusqu'à la normale 1952-81, reperdant un demi-degré. La saison des feuilles mortes s'est légèrement radoucie ensuite jusqu'à la normale 1974-2003 avant d'accélérer temporairement sa course, celle-ci ralentissant ces dernières normales.

Mois par mois :

Septembre est le mois le plus régulier de l'année depuis plus de 100 ans, ne connaissant pas de réchauffement particulier. Il était plus chaud entre 1932 et 1961. Octobre perd un peu de température sur ces toutes dernières années. Novembre n'a jamais été aussi doux.

Moyennes annuelles

Une lente mais régulière baisse des normales trentenaires s'est produite entre les premiers relevés et la période 1932-61, baisse s'accélérant jusqu'aux années 80. La normale la plus basse est 1956-85 avec 10.93°C contre 11.61 au départ sur la normale 1893-1922, soit près de 0.7°C de baisse. Les anciennes normales ne sont rattrapées qu'à partir de 1981-2010, puis dépassées et en hausse quasi constante jusqu'à maintenant, avec un ralentissement temporaire sur 1983-2012 et 1984-2013.

Les mois d'avril, mai, juin et septembre de nos jours ne sont pas plus chauds qu'à certaines périodes entre 1893 et 1980, voire plus frais. Les autres mois, en revanche, sont au-dessus du lot sur la période 1893-2017 sur cette dernière trentaine d'années.

J'avais déjà rédigé un article un peu moins fouillé à ce propos, force est de constater que la norme faisant foi durant longtemps se basait finalement sur la trentaine d'années la plus fraîche entre la fin du 19e siècle et 2017. Entre la trentaine 1956-1985 et 1987-2016, le réchauffement atteint 1.13°C. Mais par rapport à la normale 1893-1922, la hausse n'est plus que de 0.45°C. La phase descendante a été bien plus longue que le réchauffement récent, plus modérée également avant l'emballement du thermomètre depuis les normales des années 60-90... Pas question bien sûr de minimiser le réchauffement climatique moderne,  indéniable, rapide et marqué. Mais il faut aussi remettre les choses dans leur contexte et se rendre compte que nos anciennes normales sur lesquelles nous nous basions étaient elles-mêmes anormalement basses. Dommage que les relevés météo fiables ne remontent pas plus loin en arrière, les surprises seraient certainement de taille !

Frédéric Decker

Archives des éditos : ARCHIVES MétéoBlog TV5

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