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L'hiver du siècle ?

Vous le savez, chaque année, des farceurs ou des malins nous ressortent des articles concernant le soi-disant «hiver du siècle» qui arrive, avec neige à gogo et vagues de froid se succédant. Mais il semblerait bien que cet hiver puisse prétendre au titre, ou, tout au moins, figurer sur le podium. Mais pour d’autres raisons.

Il suffirait que cette récurrence de hautes pressions continue encore quelques semaines, et notre « hiver » 16/17 pourrait être un des « pires » en montagne depuis 1964, du point de vue de l’enneigement.

Je parle ici, bien sûr, uniquement de la montagne. Car entre nos stations et la plaine, les ressentis sont bien différents. Par exemple : durant le mois de décembre où les températures relevées en plaine étaient plutôt sous les normales, en montagne, nous, on crevait de chaud ! (un montagnard crève de chaud dès que le thermomètre dépasse 0° au mois de décembre). La faute aux fameuses inversions de températures sous la cloche anticyclonique, qui plaque l’air froid au sol et laisse l’air doux par dessus. Pas de neige, et pas non plus de neige de culture : il a fait trop doux, même la nuit, pour en produire.

ENNEIGEMENT TRES LARGEMENT DEFICITAIRE, MAIS AVEC DES NUANCES

Il a fallu attendre le début 2017 pour que l’atmosphère se remette « à l’endroit », c’est à dire que l’air froid soit à nouveau à sa place : en altitude. Et là, les canons à neige ont enfin pu fonctionner (dans les stations qui avaient des réserves d’eau, parce qu’en plus, les Alpes du Nord ont connu leur pire sécheresse hivernale depuis le début des relevés, du jamais vu selon Météo France…)

En conséquence, les massifs français souffrent d’un cruel manque de neige naturelle depuis le début de cet hiver. Globalement, l’enneigement est toujours inexistant dans le Massif Central, il l’était également dans les Vosges et le Jura où la situation a été améliorée in extremis par les perturbations moribondes qui ont eu la bonne idée d’être un peu plus actives dans le Nord Est…

Dans les Alpes: il est globalement faible, voire inexistant sous 2000 mètres en moyenne, avec, bien sûr quelques variations qu’il serait trop fastidieux de décrire tant l’enneigement, surtout lorsqu’il est famélique, dépend des moindres microclimats, nombreux en montagne.

Les massifs Alpins situés au Nord et à l’Ouest, traditionnellement plus arrosés par leur situation géographique face au flux océanique, sont les plus secs et les plus démunis en ce début d’hiver. Belledonne, Beaufortain, Chablais, Aravis, Vercors, Chartreuse par exemple.

Les massifs situés au sud de la Savoie et à l’Est, et proches de la frontière italienne (Haute Maurienne, Sud Maurienne, Queyras, et ceux situés à l’Est de la Durance dans les Alpes du Sud, et le Mercantour) ont bénéficié d’un retour d’Est très actif fin novembre qui leur permet de skier sur de la neige naturelle parfois assez abondante en altitude comme dans les stations du Queyras, ou de Haute Maurienne. Mais cette neige n’est tombée qu’au dessus de 1800/2000m en général.

En bref : il faut monter généralement au dessus de 2000m pour trouver de quoi skier, et en dessous, les retours stations se font généralement par des pistes enneigées par canons grâce au retour du vrai froid depuis quelques jours, des pistes qui ressemblent à des rubans blancs isolés au milieu de l’herbe jaunie par la sécheresse et le froid…

Souvent, il faut le dire, ça skie bien dans les stations équipées, mais le décor n’y est pas vraiment !

CA AVAIT POURTANT BIEN COMMENCE !

Et oui, en novembre, on avait eu comme souvent notre joli cht’i coup d’blanc qui permet aux médias de titrer « la neige est là », pour le plus grand bonheur des centrales de réservation des stations, qui savent pourtant aussi bien que vous et moi que la neige fond au dessus de 0° même en hiver, et que ces jolis premiers 20 à 40 cm étaient loin de faire l’affaire… Et comme souvent, on a subi ensuite un très long flux de sud, avec lessivage en règle, avec coup de sèche cheveu (vent de foehn, que tous les montagnards haïssent par dessus tout) qui ont remis les compteurs à zéro… Et ces compteurs, ils sont restés à zéro en moyenne montagne, après 7 semaines globalement anticycloniques, et bientôt 8… ils sont toujours quasiment à zéro d’ailleurs, malgré les quelques flocons qui ont récemment, ici où là, blanchi un peu le paysage avec 2 à 10 cm. Purement décoratifs, donc.

ET MAINTENANT ?

Tournez vous vers Fred Decker, moi j’abandonne ;)  

Depuis des semaines, les modèles nous proposent à moyenne échéance des scénarios de déblocage, qui se finissent tous avec, au mieux, une perturbation moribonde venant lâcher ses derniers flocons sur les premiers contreforts du massif alpin sans même avoir la force de le traverser… On devrait quand même choper un coup de blanc généralisé mardi ? ou le week end prochain ? …Ou pas.

On a trop attendu en regardant les modèles, alors on se méfie grave ! ;)

Mais sachez que ça n’est pas 10 ou 15 centimètres - que les médias annonceront comme la chute de neige miraculeuse - qu’il faudra pour sauver l’hiver, mais largement plus… Au moins 50, 70 cm.  

Car bientôt, le soleil va remonter sur l’horizon. Et chaque redoux sera de plus en plus destructeur. Si la moyenne montagne n’a pas réussi à constituer un manteau neigeux digne de ce nom d’ici fin janvier, le retard sera très, très difficile à rattraper…

A moins de voir débouler, enfin, l’hiver du siècle !

- Laurent GUILLAUME - Présentateur du Magazine de la montagne « Chroniques d’en Haut » sur France 3 et hivernophile maniaco-compulsif - Lameteo.org - Vendredi 6 janvier 2017 -

 

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