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26 décembre 1999 : une journée noire


 


La fin du siècle approchait lentement, à son rythme. Je devais avoir dans les 13-14 ans, lorsqu'un jour j'ai demandé à mon père: "Crois-tu qu'il y aura la tempête du siècle?". C'est une question qui me torturait l'esprit, je ne sais pourquoi, peut-être parce que l'on abordait un nouveau millénaire qui pouvait influencer un quelconque phénomène météo violent? Je ne sais pas. En tout cas, longtemps je n'ai cessé de penser à cette tempête du siècle, qui allait même jusqu'au fantasme. Je me souviens encore évoquer cette phrase: "Mais quand-est-ce que l'on aura une tempête qui casse tout?!!!! J'en finissais presque à m'en énerver tout seul, comme si j'étais en manque terrible d'une susbstance rare!!

Puis, quelques mois s'écoulèrent lentement jusqu'au jour tant attendu par les enfants : le 25 décembre 1999, jour de Noël. C'est avec une immense joie que je débalais avec vigueur tous mes cadeaux! Pour couronner le tout, Météo-France m'offrait en plus une tempête avec des vents aux alentours de 100 km/h, demain sur l'Ile-de-France, lieu où je réside encore actuellement. Que demander de mieux? Rien je crois. Tout allait vraiment à merveille ce jour là. Pendant toute la journée, mes nouveaux cadeaux, encore fraîchement ôtés de leurs paquets ont été mon principal centre d'intéret. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser à ce qui allait arriver demain. Tout le temps j'ai gardé dans un coin de ma tête ce fameux coup de vent très attendu. J'avais vraiment l'impression de ne vivre que pour cette tempête.

La journée écoulée, j'allais donc me coucher normalement, avec un sentiment de bien être, en ne pensant qu'au lendemain. C'était donc avec un esprit serin que je m'endormit entre mes deux ours, bien au chaud, la tête dans les étoiles.

Arrivé au petit matin, j'ouvrais mes yeux encore un peu lourds, et c'est à ma grande surprise, que j'entre-apercevais l'heure si matinale à laquelle je m'étais réveillé. Il était aux environs de 7h00. J'avais décidé de resté couché, quand tout à coup, un bruit brusque et soudain fit sont apparition sur le toit de ma chambre. J'ai mit un court instant à comprendre ce qui se passait, avant de m'aperçevoir que le vent s'était également levé de bonne heure. Je me suis donc rué à ma fenêtre et j'ai découvert le fabuleux spectacle, presque magique:

J'observais avec fascination les bouleaux situés juste en façe dans mon jardin qui se pliaient, se tordaient, se soumettaient fortement sous un vent de Sud. Plus loin, sur ma droite, je voyais ces grands peupliers qui étaient violemment fouettés sous l'effet des rafales de vents très turbulentes, qui déboulaient d'une manière fracassante, dans un vacarme aveugle. Jamais je n'avais vu ces grands arbres si malmenés. Vous pensez bien que j'étais plus que fou de joie, appareil photo en main bien sûr (photos qui d'ailleur n'ont rien donné car il faisait trop sombre dehors). Maintenant bien éveillé, je décidais de descendre pour parler à mon père qui se lavait et se rasait dans le sous sol. Il m'avait dit: "Tu as vu qu'est ce que ça souffle!!".

Après cela, nous sortîmes sur le devant de notre maison qui était en travaux. On dirait que le vent soufflait encore plus fort que précédemment, et avait même changé de direction. Il venait d'Ouest. Je voyais le cyprès de mes voisins pourtant si solide qui était très ébranlé dans la tourmente. La marche contre le vent était quasiment impossible. Je me souviens me plier en deux pour avancer. Mon père avait même été poser en travers une planche contre un mur affaiblit par ces travaux, de peur qu'il ne cède sous le poids de ces terribles bourrasques. Revenu dans la maison, inquiet, je décidais de remonter pour me laver à mon tour, et n'étais pas allé dans le jardin de derrière, par crainte de voir des arbres à terre.

Sur le chemin j'en avais profité pour consulter mon baromètre. Dès lors que j'eu posé mon regard sur ce dernier, je fut violemment pris à la gorge et à l'estomac comme dans un étau, lorsque je vis l'aiguille à un niveau incroyablement bas, qui pointais les 970 hpa!! La peur, la crainte, la panique s'étaient rapidement emparés de moi comme un poisson dans un filet. J'étais presque tétanisé, le regard toujours figé sur cette fameuse aiguille qui ne remontait pas. Cet instant avait marqué un changement brusque de l'opinion que j'avais sur cette tempête. Je savais désormais que quelque chose de très grave allait se produire.

Je m'étais transformé dans un état second, ne pouvant parfois plus contrôler mes gestes et mes paroles. Je tremblais tellement à l'intérieur, que c'était le seul jour où je n'avais pas réussi à changer la feuille de mon barographe. Eh oui, sous l'effet des bruits traumatisants provoqués par les tuiles qui tombaient sur le toit, je tremblais un peu plus à chaque fois. J'entendais aussi ce terrible vent qui se ruait sur la toiture, tel le bruit d'un train lancé à grande vitesse. On entendait le fouet incessant, terrifiant, fracassant des rafales qui semblaient à chaque fois un peu plus fortes. Jamais de toute ma vie ne n'aurais pu imaginer pareil spectacle. Mes fantasmes d'avant avaient largement sous estimé la violence de l'évènement cataclysmique. Ma mère essayait bien de me rassurer en me disant: "La maison est solide", mais rien n'y faisait. J'étais désormais ensorcelé par cette tempête, qui chaque minute hantait et terrifiait un peu plus mon esprit, avec aussi un gros tracas pour ce qu'allait devenir les arbres du jardin que j'ai tant aimé.

C'est après un lavage rapide, que je descendis dans le sous sol aménagé pour regarder une cassette vidéo des "Randonneurs". Je tentais aussi bien que mal de me calmer un peu devant cette comédie, mais en vain. J'entendais toujours ce vent trop puissant qui perturbait même l'électricité de la pièce. Quelques instants plus tard, mon frère, lui aussi réveillé par tout ce vacarme, était venu m'annonçer que notre sapin s'était abattu sur le garage du voisin. Bref, autant d'éléments qui torsadaient et vrillaient un peu plus mes nerfs. Il m'avait inscité à prendre le petit déjeuner à l'étage, et c'est avec courage que je l'avais suivi. Cela m'avait permis de voir cet arbre meurtri dehors. Mon estomac était tellement comprimé, que je ne pouvais absolument rien avaler, et c'est avec appréhension que je pointais mon regard hésitant dans le jardin, avec toujours la peur d'être surpris par une rafale plus forte que les autres. C'est pour cela que je suis rapidemment retourné dans le sous sol, lieu qui, je crois me permettait de ne pas tourner de l'oeil, un verre de chocolat en main.

De longs moments d'inquiétudes, de doutes, d'angoisses, d'agonies et de stress violents passèrent avec une lenteur écrasante. Toutes sortes de choses horribles et imaginables s'entremêlaient et se bousculaient dans ma tête, à en devenir presque fou. J'imaginais les scénarios les plus noirs, susceptibles de se produire en surfaçe: Toit arraché, arbres ravagés, danger de mort pour mes proches, bref des séries d'images tout aussi sombres les unes que les autres qui défilaient par grosses vagues.

Puis, enfin, après des dizaines et des dizaines de minutes insoutenables d'attente, quelqu'un entra dans la pièce pour m'annonçer que la tempête faiblissait. Effectivement, c'est avec une grande joie et un délassement total, que j'observais l'aiguille du baromètre remonter d'une façon aussi fulgurante qu'elle était descendue. Je m'étais rarement senti aussi bien, comme si il y avait eu un deuxième Noël, et même mieux encore je crois.

Il devait être 10h, et je constatais que la tempête était belle et bien passée. En quelques minutes, tous les liens qui m'avaient tant serré la gorge et l'estomac s'étaient rompus d'un seul coup. J'étais redevenu moi-même, comme libéré d'une peine de prison qui n'en finissait pas.

Après cela, j'ai enfin pu sortir librement dans le jardin pour constater les dégâts, qui au final s'étaient révélés bien moins importants que je ne l'avais imaginé. Un seul arbre s'était déraciné et de nombreuses tuiles de la maison voisine avaient été arrachées, mais rien de grave. Même encore je me demande comment tout cela à fait pour résister aussi bien face à la furie exceptionnelle des vents, qui causèrent en France des dégâts inimaginables.

Après cette tempête, le futur a été parfois très dur à vivre pour moi, surtout lorsque le vent refaisait sont apparition. Je me souviens encore me mettre la tête sous mon oreiller, pour ne pas entendre ce dernier qui soufflait dans les arbres, ou encore passer des journées et des nuits d'angoisses interminables dans le sous sol, surtout en 2000, année très venteuse, de même que pour les rafales d'orages.

Actuellement je pense avoir cicatrisé les plaies de cette tempête que j'avais attendu à bras ouvert, et qui, comme en réponse à ma demande s'est produite exactement tel que je l'avais imaginé avant. Comme si elle avait répondu à mon message envoyé désespérément maintes et maintes fois.

Chose très bizarre je ne peux m'empêcher de repenser de nouveau: "A quand le prochain coup de vent?", comme si le désir de la peur et de l'angoisse était inévitable en moi. Mais je me demande souvent si les cicatrices laissées dans mon âme, seront assez solides, même quelques années plus tard, pour pouvoir supporter un nouveau choc, dont personne encore ne connaît la violence...


Auteur : Charles Gorse
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