La deuxième entrevue m'a
permis de rencontrer Patrick Galois, météorologue
à l'unité médias de Météo-France, entrevue riche en
informations. Vous retrouverez entre autres quelques questions
provenant d'internautes par le biais du forum du site.
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Lamétéo.org : quel est le
rôle de l'unité médias au sein de
Météo-France? Comment se déroule une
"journée type"?
Patrick
Galois : l'unité médias est le lien entre la partie
technique installée à Toulouse et l'ensemble des
médias. Nous avons la mission de mettre en forme les infos
techniques, de les traduire pour le grand public. Un briefing quotidien
a lieu avec les télévisions (TF1, France2, France3, M6)
et la radio RTL. Nous avons aussi le rôle d'expliquer certains
phénomènes, notamment lors d'interviews en fonction de
l'actualité météo. Ce nombre d'interviews se
chiffre à une centaine par an environ.
Nous
tournons sur trois postes à l'unité médias, dont
un permanent 24h/24. A notre arrivée, nous prenons bien
sûr connaissance des conditions météo afin de
vérifier les différences avec la dernière
prévision. A 9 heures et 21 heures, une
téléconférence a lieu avec le centre national de
Toulouse où il y a un chef prévi et les sept grandes
régions afin de corréler les diverses prévisions
et de prendre les décisions finales.
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Lamétéo.org : quels
sont les modèles utilisés pour la production des
prévisions?
Patrick Galois : les modèles
Arpège et Aladin sont les plus utilisés jusqu'à
J+3. Nous consultons également le modèle européen
CEP, le modèle anglais sans oublier les modèles
américains GFS et ENS pour la moyenne échéance.
Lamétéo.org
: est-il prévu
qu'Arpège soit consultable gratuitement sur le net?
Patrick Galois : certains champs sont
déjà disponibles à J0 et J1 concernant les vents
à 20 mètres et les préisos (sur le site de
Météo-France par le biais de la rubrique Marine). Il n'est en tous cas pas prévu de
le mettre véritablement en ligne sur le net.
Lamétéo.org
: y-a t'il de nouveaux
modèles en préparation? Quels sont-ils et quelles
seraient leurs nouvelles "armes"?
Patrick Galois : concernant Arpège, une
procédure est mise en place pour que le prévisionniste
puisse intervenir sur le modèle en ajoutant une observation,
pour ensuite le relancer avec de nouvelles données. Le
modèle peut ainsi se corriger en fonction de ces observations
manquantes.
Le modèle AROME est en cours de
développement, il s'agit d'un modèle hydrostatique
à méso-échelle. Il va mieux gérer
l'humidité de basses couches (brouillards, stratus) et sur une
plus petite échelle. La maille d'AROME sera de 2,5 km (20 km
dans le cas d'Arpège, 10 km dans le cas d'Aladin).
Par ailleurs, le modèle CEP sera modifié
ce mercredi 1er février avec une meilleure résolution
également, y compris sur le plan vertical (de 60 à 91
niveaux).
Lamétéo.org
: de nombreux
modèles sont disponibles sur internet. Quels sont ceux qui vous
paraissent les plus fiables?
Patrick Galois : tout d'abord quels que
soient les modèles, seul le dernier run est intéressant,
ainsi qu'une stabilité d'un run à l'autre. Je consulte
principalement CEP, UKMO ainsi que GFS et ENS. Il suffit ensuite de
voir si les infos se recoupent bien ou non.
Lamétéo.org
: on constate
actuellement que les prévisions sont difficiles à
établir au delà de 4-5 jours. Les prévisions
sont-elles plus difficiles à réaliser en hiver qu'en
été, et si oui pourquoi ?
Patrick Galois : en fait les
résultats de sorties de modèles sont meilleurs en hiver
qu'en été, en raison de la dynamique plus forte en saison
hivernale, et la fiabilité serait donc au contraire un peu
meilleure. Mais chaque saison a ses travers et ses pièges : les
nuages bas en hiver, que le dernier satellite MSG permet toutefois de
mieux prévoir; les orages en été car ce sont
très souvent des phénomènes locaux.
Lamétéo.org
: il n'est pas rare de
constater des différences de prévisions entre les
bulletins nationaix, régionaux et départementaux.
Pourquoi de telles différences? Est-il possible
d'homogénéiser ces prévisions?
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Patrick Galois : nous disposons en fait d'une
organisation pyramidale. Les prévisions partent de
Toulouse vers sept grandes régions qui les retraitent avant de
les expédier à leur tour aux centres
départementaux. Ces derniers adaptent les prévisions en
fonction de la géographie locale et on aboutit parfois à
des différences notables.
Lamétéo.org : sur le plan local justement, Arpège
intègre-t'il les données relatives aux
caractéristiques régionales? Est-il prévu
d'affiner ces données pour aboutir à une prévision
de terrain?
Patrick Galois : le modèle Aladin,
repris par Arpège, est composé de mailles de 10 km,
permettant une meilleure prise en compte des disparités
géographiques, notamment des reliefs, permettant de
prévoir certains phénomènes locaux.
L'arrivée d'AROME en 2008 va permettre encore d'affiner les
prévisions sur le plan local.
Lamétéo.org : de nombreux pays européens et autres
proposent les radars de précipitations en accès libre sur
le net. Pourquoi n'est-ce pas le cas en France? Leur diffusion est-elle
envisagée?
Patrick Galois : les radars en
eux-mêmes coûtent très cher et leur entretien
coûte plusieurs millions d'euros par radar chaque année.
Il n'y a pas de diffusion prévue sur le net. Le site de
Météo-France fournit quatre images radars par jour
(toutes les six heures). Il n'y a pas de réponse à savoir
pourquoi certains pays diffusent ce type d'images gratuitement. (la question pourra
être posée lors d'une prochaine entrevue sur
lamétéo.org)
Lamétéo.org
: enfin concernant les vigilances, pourquoi
ne pas créer une phase de surveillance quelques jours avant le
phénomène redouté afin de mieux préparer la
population?
Patrick Galois : nous avons une autre
façon de faire, par communiqués de presse trois jours
avant qu'un phénomène dangereux arrive, comme ce fut le
cas avant et pendant la canicule de 2003 lorsque la carte de vigilance
ne prenait pas encore en compte le paramètre "canicule". La
vigilance est mise en place avec le service de la
sécurité civile et un délai de 24 heures est
jugé suffisant pour prendre les précautions d'usage. La
décision de mettre telle zone en vigilance est faite en
région en accord avec Météo-France Toulouse, mais
c'est toujours la région qui a le dernier mot. Des seuils sont
définis selon les régions et les paramètres,
d'où parfois des départements en orange cotoyant d'autres
jaunes ou verts.
Précédente entrevue : Laurent
Bray de Botanique.org