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« Histoire
humaine et comparée du climat. Canicules et glaciers XIIIe
– XVIIIe siècles » Emmanuel Leroy Ladurie
Résumé par
Frédéric DISSARD,
météorologue sur La Chaîne
Météo Le Petit Age Glaciaire (PAG) caractérise une
longue période allant en gros du XIVe au XIXe
siècle. Il y a au cours de cette période 3
pics glaciaires (donc en terme
d’étalement des glaciers et non pas de
températures) : entre 1300 et 1380, entre 1620 et
1670 et entre 1820 et 1860. Le « beau XIIIe
siècle » est marqué par de
nombreux étés chauds ou très chauds,
surtout pendant la 1ère
moitié du siècle : 1205, 1206, 1208,
1217, 1222, 1228, 1232, 1235-36-37-38,
1241 (avec une
sécheresse remarquable entre janvier et septembre), 1244,
1248, puis 1252, 1262, 1266, 1267, 1272, 1277, 1282, 1284-85, 1287-88,
1293, 1296-97. Les étés 1303, 1304 et 1305 sont
corrects, et cela dure en gros jusqu’en 1310. Nos chauds
étés de la fin du XXè et
début XXIè siècles seraient tout
à fait comparables à ces
étés du XIIIè siècle. Entre
ces deux périodes, il y a eu aussi des
étés très chauds, mais ils ont
été moins nombreux, et il y a eu plus
d’étés frais. Ce PAG finit une période
que l’on appelle le Petit Optimum
Médiéval (POM), dont la
plénitude est atteinte entre 1160 et 1290, le
XIIIè siècle constituant
l’apogée de ce POM. Avant 1200, on
retrouve 3 décennies fraîches et humides, de 1150
à 1169, et de 1190 à 1199 ;
Après 1300, un phénomène analogue est
observé pour 6 décennies, en particulier
1310-1319 et 1340-1349. Entre les deux, durant le XIIIe
siècle, il n’y en a pas ; il y a juste
deux décennies faisant preuve d’une relative
fraîcheur et humidité, soit les
décennies 1250 et 1270, avec
l’été pourri notamment de 1258. Quelques anecdotes
climatiques : L’hiver 1076-77 est excessivement rude :
les fleuves sont gelés jusqu’en Italie et
en Espagne; le froid dure de la mi-novembre jusqu’en
mars-avril selon les régions. Le Rhin est gelé du
17/11 au 07/04. Il fait partie des hivers les plus froids jamais
connus. Autres hivers exceptionnels : 1364, 1408,
1435, 1565, 1684, 1789, 1830 (après cette date, il
n’y en a plus). L’année 1146
aurait été très pluvieuse. En 1151, il pleut
énormément à partir de mai et ce,
pendant tout l’été :
inondations estivales, mauvaises récoltes, mauvais vin. Mauvaise période
également, assez pluvieuse entre 1195 et 1197. Première
période du PAG : 1303-1380 : L’année 1303
est retenue comme étant celle marquant
l’entrée dans le PAG. De fait, l’hiver
1303-1304 est pourtant un hiver
considéré comme doux, mais il est le
dernier d’une série qui affile des hivers
froids sans discontinuer jusqu’en 1328, alors que
l’on retrouvera à nouveau des hivers doux
ultérieurement (7 entre 1331 et 1374). Durant cette
période 1303-1328, 11 hivers se
révèlent très froids, dont 4
sévères, et 2 extrêmement
sévères. Ainsi, les 2 hivers 1305-1306 et
1322-1323 atteignent quant à la durée et
l’intensité du froid les hivers 1788-89 et
1962-63. Les 2 autres hivers sévères sont ceux de
1313-14 et 1321-22 (la mer du Nord gèle). La moyenne des hivers
1303-1328 est 1,6° inférieure aux moyennes
hivernales 1901-1960. A partir de la décennie
1310, ce sont les printemps et les étés qui se
détraquent. Durant 8 années
consécutives, entre 1312 et 1319, la pluviométrie
est importante et supérieure à la normale. Les
années allant de 1314 à 1317 sont
particulièrement pluvieuses. Le court règne de Louis
X le Hutin (1314-1316) est marquée par une famine terrible,
résultat de récoltes désastreuses dues
à la mauvaise conjoncture
météo : été 1314
médiocre, printemps et été 1315
très pluvieux. Cette conjoncture pluvieuse persiste durant
presque toute l’année 1316, et c’est
entre 5 et 10% de la population qui meure de faim et/ou de maladie en
France, en Belgique, Pays-Bas, Allemagne et Angleterre. Grande sécheresse et
chaleur durant l’été 1326 (de la
Normandie à la Bohême et en Hollande). La décennie 1340-49 est
très pluvieuse, comme le fût celle de
1150-59. Inondations du Rhin pendant
l’été 1342. Vendanges tardives le 9
octobre en Toscane. Nouvelles inondations en Europe du Nord en 1343. On
assiste à une série de printemps frais et
d’étés pluvieux en 1345-46-47.
L’été 1346 est très pluvieux
en France. En 1347, les vendanges ont lieu début
novembre ! Cette série de 3
étés consécutifs froids et pluvieux
serait tout à fait unique ! L’auteur fait
remarquer qu’il y a une tendance à ce que les
étés frais se regroupent
(phénomène que l’on peut retrouver par
exemple en 1692-94 et en 1812-1817). L’hiver de 1347-48 (date
de l’arrivée de la peste) a
été continuellement doux et sec. D’une
façon générale, les hivers seraient
assez doux entre 1339 et 1354. Les années qui suivent
heureusement sont meilleures. Les étés
1351 et 1360 sont chauds et secs, mais trop, et cela est
finalement dommageable aux récoltes. 1352 et 1361 sont aussi
des étés secs et chauds. Mais les
étés frais ou très
frais restent majoritaires : en 1356, 1359, 1365-66 (vendanges
le 17 octobre seulement à Dijon), 1369-70, 1372, 1374, 1378. Surtout, les hivers froids restent
la règle et sont nombreux : 1351, 1352, 1354, 1355
(très froid), 1359, 1361, 1367, 1370, 1372, 1374, 1375, et
surtout celui de 1363-64 : le gel dure 14
à 15 semaines consécutives, de
décembre à fin mars, avec neiges abondantes. Les
dégâts sont importants pour les vignes et les
noyers. Les fleuves gèlent durant 3 mois, de
début janvier à fin mars ; gel de la
lagune de Venise et des lacs suisses ; 14 semaines de gel en
Avignon. En 1370, le printemps est
très sec (aucune pluie en mars, avril et mai), mais
l’été est très pluvieux,
avec inondations, et gel des vignes en octobre La période 1373-74 est
marquée par une très forte pluviosité.
Les inondations sont nombreuses en France, en Allemagne et dans les
pays tchèques entre octobre et juillet, mais aussi dans le
sud de l’Europe, en Italie. Entre février et
juillet 1374, les pluies sont quasi continuelles à
Montpellier et en Italie. Une situation qui aboutira à une
famine sur le sud de l’Europe en 1374-75,
phénomène rarissime, les famines étant
surtout dues dans cette région aux sécheresses. Période
1380-1560 : Cette période est
marquée par un léger réchauffement,
surtout entre 1380 et 1455. Le climat y est certainement assez proche
de la période 1900-1960. Pour les
printemps-étés, le maximum de douceur se situe
entre 1415 et 1435. La relative douceur du
XVè siècle tient surtout pour les
étés. Les autres saisons restent plus froides que
la période contemporaine, notamment les hivers. On est
d’une manière globale en situation de PAG
modéré. La fin du XVè, entre 1461 et
1504, connaît un nouveau rafraîchissement. Durant la décennie 1380,
les printemps-étés sont plutôt secs et
chauds. Les dates de vendanges sont assez précoces entre
1380 et 1386. Un optimum est atteint entre 1414
et 1435,
avec 20 années qui ont connu des dates de vendanges plus
précoces que la moyenne, 1428 étant la seule
exception. On ne retrouve quasiment pas
d’équivalent à cette phase estivale
chaude très longue. L’hiver 1407-1408 est extrêmement
rigoureux. On observe un grand gel du 20 novembre à la
mi-février. Des vignes et des arbres fruitiers
gèlent, avec des t° qui ont pu descendre
jusqu’à -20/-25°. La zone
méditerranéenne fut relativement
épargnée. Le reste de
l’année est assez frais et pluvieux. L’été
1414 est chaud et sec, au point qu’il interrompt la guerre
entre français et bourguignons pour cause
d’épidémie de dysenterie. L’année 1420
est exceptionnellement chaude et ensoleillée (après un hiver doux).
A Dijon, vendanges hyper précoces : le 25
août. Toute l’Europe occidentale serait
concernée, des Pays-Bas jusqu’à
l’Italie. La chaleur sévit de février
à mai, avec des T° supérieures de 2
à 3° par rapport aux années 1901-1960.
Les fruits mûrissent très tôt. En
albigeois, la moisson du seigle commence le 25 mai. En fait,
c’est une mauvaise récolte car
l’année est trop sèche. La
récolte ne fût pas bonne entre
l’Angleterre, le Bassin Parisien et
l’Aquitaine : trop chaud, trop sec ! L’été
1420 fait partie des 9 étés les plus chauds du
PAG, avec les étés 1326, 1422, 1473, 1540, 1556,
1781, 1783 et 1846. Pour la période suivante, il y aura 3
étés semblables : 1859, 1868, 1994. Etés les plus
chauds de la période 1380-1455 : 1385, 1390, 1400, 1420,
1422, 1424, 1434, 1442, 1447. D’une manière
générale, cette période est
plutôt favorable à une reprise
économique dans une Europe dont la population a presque
diminué de moitié par rapport aux maxima atteints
durant la première moitié du XIVè
siècle. Reprise économique très
contrariée en France par la persistance de la Guerre de Cent
ans. En 1432, une mauvaise
récolte est due à un hiver rigoureux, un
printemps froid et pluvieux. Pluies incessantes et gels de la Toussaint
1431 au 31 décembre. Ensuite gel ou regel de la Seine le 13
janvier 1432 et pendant les 17 jours suivants. Inondations en mars
1432 ; Grêle, gel et neige en avril,
jusqu’en mai ; enfin, 24 jours de pluie en juillet.
Août est beau, mais c’est trop tard pour le
blé. La mauvaise récolte de
1438 est liée elle à une grande
humidité et au froid qui durent jusqu’en juin. Fin
juin, la Seine déborde, et selon un chroniqueur, il ferait
aussi froid qu’en février ou mars.
Humidité et fraîcheur qui sont valables aussi pour
la Hollande et l’Angleterre. La fin de
l’été en revanche est bonne,
d’où de bonnes vendanges. Les famines successives de 1420-21,
1432-33 et 1438-39 provoquent un nombre de décès
très importants. La démographie
européenne ne se relève toujours pas, pire, elle
atteint son point le plus bas (estimation de la population
française : elle serait passée de 20
à 10 millions d’habitants). Les années qui suivent
sont plus favorables : bel été de 1442,
de même en 1457-58, puis 1461-62, 1464 et 1471-73
(1473 : année remarquable, il fait chaud et sec
surtout à la fin de
l’été ; vendanges à
Dijon le 29 août). Chaleur aussi en 1494-95. Mais
d’une manière générale, on
note une tendance à une certaine fraîcheur
estivale sur la seconde moitié du XVè
siècle, et déjà un peu
avant : c’est le cas en 1436, 1438,
1445-46, 1448-49, 1453-56, 1465-68, 1474-77
(été 1477 particulièrement pourri), 1480-81,
1485, 1488-91, 1496-97. On peut remarquer l’importance des
biennats voire des triennats. En 1480, on signale des inondations
pour le Tibre, le Danube, le Rhin, le Main en juillet ;
vendange tardive, début octobre. L’hiver
1480-81 est très rude, avec surtout un premier
coup de froid intense sans neige qui détruit les
récoltes fin décembre. L’Escaut reste
pris entre janvier et mars. Enormément de neige en Flandre,
en région lyonnaise. Le dégel provoque ensuite
des inondations. Le printemps et l’été
sont pluvieux, des inondations se produisent entre juillet et
septembre. Vendange très tardive : le 17 octobre
à Dijon. Le XVIè siècle est à partager en
deux : première partie jusqu’en 1560, et
après, où la T° s’abaisse de
manière brutale. Caractéristiques de ce
XVIè siècle : ¯
les
hivers sont assez doux durant les décennies 1520 et 1550.
Néanmoins, la moyenne 1500-1559 est inférieure
à celle de 1901-1960, on reste bien en PAG. ¯
Les
printemps sont plus frais durant la décennie 1520 et surtout
pendant les 4 dernières décennies du
siècle. ¯
Les
étés sont assez chauds de 1500 à 1520.
Une séquence froide intervient entre 1526 et 1531, surtout
l’été 1529. Une belle
période estivale se dégage entre 1532 et 1567,
surtout les étés 1534-36, 1540 et 1556-59. Une
petite série d’étés pourris
s’intercale entre 1541 et 1544.
Quant aux dernières décennies,
elles sont beaucoup plus froides que la période 1901-1960.
On dénombre 14 étés frais entre 1585
et 1598, dont 8 consécutifs entre 1591 et 1598, du jamais
vu ! En
1586, la neige est observée les 5 et 6 juin sur la Costa
Brava ! ¯
Automnes :
ils sont assez frais entre 1509 et 1520. La décennie 1540
est chaude. Beaucoup d’automnes sont frais ou froids entre
1565 et 1590. Les vendanges sont
précoces entre 1498 et 1504 (Année 1504
particulièrement chaude ; il s’agirait de
l’un des 12 étés les plus chauds entre
le XVè et le XXè siècle dans
l’hémisphère nord). La vendange est très
précoce en 1516, on n’avait pas vu cela depuis
1473. 1517 est aussi une année chaude. L’hiver 1520-21 est
très doux et humide. La pluviosité est
excédentaire entre l'automne 1520 et le printemps 1521,
conditions néfastes aux céréales et
qui provoqueront une assez mauvaise récolte en 1521,
malgré des conditions météo qui
redeviennent favorables durant l'été. Les étés sont
chauds en 1523 et 1524. Le mois de mai 1524 est très sec et
chaud. Années 1526 à
1531 : ¯
1526 :
récoltes médiocres. ¯
1527 :
printemps très pluvieux ; mai froid ¯
1528 :
à nouveau un printemps pluvieux, surtout avril. ¯
1529 :
été véritablement pourri.
C’est l’une des grande années sans
été, comme le seront plus tard 1618, 1675 et 1816. ¯
L’hiver
1529-1530 est très pluvieux et engendre des inondations. ¯
De
nouvelles inondations se produisent pendant l’hiver 1530-31.
L'excessive pluviosité se prolonge parfois
jusqu'à l'été, d'où de
mauvaises récoltes en 1531 Période
1536-1540 : l’été
1536 (JAS) est chaud et sec, mais pas trop.
L’année 1540 est tout
à fait exceptionnelle. L’excédent
thermique est continuel de mars jusqu’à octobre,
un été certainement plus chaud que celui de
1947 ; soleil de plomb ; on traverse le
Rhin à pied, mais aussi d'autres fleuves ; la
Suisse ne voit pas la pluie en juillet. En 1559, la
douceur est prédominante dès mars, et la chaleur
persiste jusqu'en septembre, sans excès. A partir de 1560, un nouveau
mauvais cycle commence : L’été
1560 est pourri L’hiver 1561-1562 est
très humide, ce qui provoque de nombreuses
inondations. Durant l’année 1562, les pluies sont
très fréquentes. Si le printemps est chaud,
l’été est pourri, avec un mois de juin
très froid et très pluvieux. Un orage
mémorable s’abat sur toute l’Europe
Centrale le 3 août 1562. Il s'ensuite une disette-famine,
doublée de la peste, conduisant à une perte
démographique énorme de plus d'un million de
personnes entre 1562 et 1563 (pour une France peuplée
d'environ 20 millions d'habitants). L’hiver 1564-65 est
très froid, le plus froid depuis celui de
1480-81. Les vignes et les noyers gèlent. Ce froid est
très nocif, car il agit par vagues successives, avec des
interruptions, il y a donc eu des dégels et des regels qui
ont tué les semis, notamment en région
parisienne, mais également aux Pays-Bas et en Angleterre. Le
gel dure jusqu'à début avril. En janvier 1565, le
roi Charles IX qui fait son voyage en France, est bloqué 10
jours à Carcassonne par la neige ! Beaucoup d’hivers froids
se succèdent : en 1561, 1565, 1569, 1571, 1573. L’hiver 1572-73 est
très rigoureux et très long, en gros d’octobre
à avril, avec du gel entre novembre et février.
L’Europe Centrale surtout est touchée :
tous les cours d’eau et les lacs situés en gros
jusqu’au lac de Constance gèlent. De plus, le
printemps et l’été 1573 sont frais et
très pluvieux, tous les mois étant
concernés sans exception. Du coup, vendange tardive, le 11
octobre, à Dijon, et vin très mauvais. Le triennat 1585-86-87 est
constitué d’étés frais.
L’hiver 85-86 est très froid. Pire, durant les
deux années 1585 et 1586, les saisons pluvieuses
et froides sont quasiment ininterrompues. Des
inondations se produisent partout en Europe du Nord, y compris en
été. Le printemps 1586 est
très froid jusqu’à la mi-mai. Ces
mauvaises conditions météo épargnent
suffisamment le sud de la France pour que les récoltes y
soient bonnes. La décennie 1590 est assez remarquable, notamment
les 7 années consécutives allant de 1591
à 1597, qui sont marquées par une succession
quasiment ininterrompue d’hivers froids et
d’étés frais et surtout pluvieux.
Durant cette période, toutes les vendanges sont tardives,
les récoltes céréalières de
même. Néanmoins, ces récoltes
n’atteignent pas véritablement de niveau
catastrophique, ainsi, les populations ne subissent pas de nouveau choc
démographique grave comme cela a déjà
pu être le cas. Ce qui tue, surtout, ce sont, en France, les
guerres (siège de Paris notamment en 1590). Plus dans le
détail, l’hiver 1593-94 est très
humide, suivie d’une saison printanière-estivale
1594 également pluvieuse. Conditions qui aboutiront
à une disette en Angleterre en 1595, ce qui est rare
là-bas. La récolte
céréalière française de
1596 est gâchée par une période
pluvieuse importante en été : on
enregistre 6 semaines de pluie consécutives à
Troyes à partir du 26 juin. La Belgique et
l’Allemagne sont également concernées.
Enfin, l’année 1597 clôture cette
période de belle façon :
l’été et le début de
l’automne sont pluvieux à souhait et froids sur
une grande partie de l’Europe du Nord. Heureusement, les
étés 1598 et 1599 sont, l’un chaud,
l’autre ensoleillé, donc bienfaisants pour
l’agriculture ! Entre 1586 et 1605, tous les hivers
sans exception sont très neigeux. Tout cela alimente les
glaciers qui atteignent des maximums historiques durant la
décennie suivante (il y a toujours un petit temps de
retard), maximums qui seront conservés jusqu’en
1640 à peu près. Les glaciers du Mont Blanc
descendant vers la vallée de Chamonix atteindront leur
maximum d’extension vers 1643-44 (ils emportent parfois une
partie des villages existants). Mais la principale
caractéristique est là : les
hivers restent majoritairement froids et humides, donc
neigeux (ce qui continue à alimenter fortement les
glaciers). Sur une étude portant sur 67 hivers
néerlandais, entre 1608 et 1674, onze seulement sont secs,
les autres étant humides. En France, les hivers restent
très neigeux en 1608, 1611, 12, 14, 15, 16, 17, 18, 20, 21,
22, etc. La période 1602-1619 est
beaucoup plus agréable : les
printemps-étés sont
généralement plus chauds, surtout
comparés à la décennie
précédente. Durant cette période,
beaucoup d’hivers sont froids et neigeux, en particulier le très
rude hiver 1607-1608, qui dure du 20 décembre
à la mi-mars. Il est suivi d’un
été médiocre. Un autre hiver froid, celui de
1615-1616, est suivi en revanche d’une énorme
vague de chaleur en juin-juillet 1616 (qualifié
d’été brûlant). L’hiver qui suit,
1616-1617, est assez doux et très humide, suivi
d’un été frais. Entre 1620 et 1622, on retombe dans
le frais et le froid : l’hiver 1620-1621 est
sévère, s’étalant de
novembre jusqu’à mars ; des ceps de vigne
gèlent en février en Alsace ; gelées
en avril ; l’été 1621 est
très frais. L’hiver 1621-22 est rude de la
mi-décembre à mi-février. L’été
1622 est pourri en Angleterre et sur
l’Europe Centrale, un peu moins en France, avec beaucoup
de pluies. C’est l’une des rares crises
frumentaires que connaît l’Angleterre et
l’une des dernières aussi. Très bel
été en 1624, après un hiver
très neigeux. Entre 1625 et 1633, sur 9 hivers, 4
sont normaux et 4 doux, une exception
« chaude » qui tranche dans ce
XVIIè siècle. Mais si les hivers sont doux, les
printemps-étés sont médiocres durant
cette même période. On dénombre 6
printemps tardifs consécutifs entre 1625 et 1631. Les
étés 1625 et 1626 sont humides. En
1627 : 6 mois frais et très humides entre janvier
et juin ; en 1628 : 5 mois frais et très
humides d’avril à août ou septembre,
enfin, même constat pour la période allant
d’octobre 1629 à mai 1630. Les inondations sont
fréquentes. La récolte est catastrophique sur
l’ouest de la France en 1630, y compris en Agenais. Nota sur le mois de mai
1626 : la dernière semaine du mois aurait
été véritablement glaciale et
hivernale : des sources évoquent le gel des lacs et
rivières (!!). De 1635 à
1639 : changement, avec une série de 5
étés plutôt beaux et
généralement secs. En 1636, la chaleur engendre
même une grave épidémie de dysenterie,
avec un pic de mortalité énorme, comme en 1587
(mais pas pour les mêmes raisons). La dysenterie fera encore
des ravages en 1639, notamment sur le nord-ouest de la France. A
Angers, le temps chaud et la sécheresse dominent entre juin
et octobre 1639. La décennie 1640 est
marquée par le retour d’une majorité
d’étés frais. Finalement, entre 1625 et 1652, les
étés frais sont majoritaires : 1625
à 1628, 1632 à 1634, presque toute la
décennie 1640, surtout entre 1640 et 1643 et de 1648
à 1652 (pendant la période de la Fronde). Dans le
même temps, les hivers sont neigeux : il y en a 12
successifs entre 1640 et 1651 ! Les années 1642 et 1643
sont assez difficiles, dans le Nord comme dans le Sud ;
l’Aveyron est sinistré en raison des mauvaises
récoltes dues aux conditions météo
défavorables. 1647 : froid en novembre,
mais l’hiver est assez doux. Mars 1648 est un mois hivernal avec
gel et neige. Le printemps est pluvieux jusqu’à la
mi-mai, puis de nouveau très pluvieux entre juin et
septembre : le blé germe dans les champs. L’hiver 1648-49 est froid
et long, de novembre jusqu’à mars/avril. La Tamise
est gelée en février. Les inondations sont
fréquentes aussi durant cette période.
L’été est frais et pluvieux, ce qui
aboutit à une mauvaise récolte. L’hiver 1649-50 est
normal, le printemps satisfaisant, mais
l’été est à nouveau
pluvieux. L’hiver 1650-51 est
très pluvieux, surtout janvier 1651, et de graves
inondations frappent tout le nord de la France. En revanche,
l’été est plutôt chaud et
sec. Aux Pays-Bas, les
étés frais et pluvieux de 1648, 1649 et 1650 sont
encore suivis d’étés humides en 1651,
1652, 1653 et 1654. Les hivers sont très
neigeux durant 6 années consécutives, entre 1655
et 1660. Hiver 1657-58 : septembre
avait été très arrosé, puis
à nouveau décembre (beaucoup de neige). Le mois
de février 1658 est très
pluvieux ; associé à la fonte des
neiges, cela provoque les inondations les pires
connues sur l’ensemble du Bassin Parisien, pire
qu’en 1910 ! La pluviosité est
à nouveau très importante en 1661,
d’où une récolte désastreuse
et une famine en 1662 ; fortes pluies également en
janvier, février mars 1662. Tout cela est peut-être
à mettre en relation avec une activité volcanique
importante entre 1658 et 1661. S’ensuit une belle
période (correspondant au
ministère de Colbert) entre 1663 et 1672,
avec certes des hivers encore froids, mais surtout des
étés chauds, en particulier celui de 1666,
très chaud et très sec. A Londres, la Tamise
atteint un niveau extrêmement bas, et le grand incendie de
Londres de septembre 1666 trouve une part de son origine, et de sa
rapide propagation, dans la sécheresse.
L’été 1673 termine cette
série : en juin, il neige à
Bâle ; le Rhin est prêt à
déborder. 1675 :
été très frais sur toute
l’Europe, y compris près des régions
méditerranéennes. Le temps est très
froid en Provence fin juin et début juillet. Les vendanges
se font à la fin du mois d’octobre en France et en
Espagne ! Là encore, conjoncture avec des
éruptions volcaniques importantes. Hormis cet incident, qui
n’affecte que très peu les récoltes car
fin juillet les sauve avec un peu de chaleur, la décennie
1670 est plutôt bonne. Entre 1676 et 1686, à
l’exception de l’été 1677
assez frais, ces années sont souvent chaudes et
sèches sur le sud de la France, surtout entre 1679 et 1686,
ce qui provoque une succession de mauvaises récoltes, alors
que les conditions sont très favorables pour la
moitié nord, où cette situation se prolonge
même jusqu’en 1690. A l’automne 1679, la
Garonne manque d’eau ; l’hiver et le
printemps 1680 sont très secs en Languedoc, de
même que l’été ; la
pluie n’arrive qu’en octobre. Les années
suivantes sont toujours marquées par la
sécheresse dans le sud. Enfin, en 1686, les abords
du Rhône sont envahis par les sauterelles. L’hiver 1683-84 est
extrêmement rude, l’un des plus rudes du PAG, avec
des températures descendant entre -10 et -20° en
décembre, janvier et février. Mais la neige
protège les blés. La décennie 1690 va voir
se succéder une série de saisons pourries,
froides et pluvieuses, qui vont aboutir en France
à la famine de 1693-94, terriblement meurtrière
(2 fois plus que les pertes humaines de la Première Guerre
Mondiale). L’année 1690 est humide,
l’année 1691 froide, 1692 froide et humide, 1693
très humide, enfin 1694 froide, sauf
l’été qui sera correct, et va rattraper
un peu la situation. L’hiver 1691-92 est froid
et très neigeux, suivi d’un printemps et
d’un été frais et pluvieux. La moisson
est à demi-ratée, la vendange très
tardive, de très petite quantité et de
très mauvaise qualité. Les pluies de
l’automne empêchent les semailles de se
dérouler correctement. Au printemps 1693, les pluies
recommencent, qui compromettent les semailles de printemps, et le
désastre se termine par un coup
d’échaudage en août. L’hiver 1694-95 est
très froid, et la fraîcheur est
observée jusqu’en septembre. Pluviosité
importante durant l’été, y compris sur
le sud de la France. D’une manière plus
générale, 1695 serait une année froide
sur l’ensemble de
l’hémisphère nord. 1696 : année
plutôt fraîche, de même pour 1697. Hiver 1697-98 à nouveau
très froid, suivi d’un mois de mai
également très froid : il
gèle le 3 et il neige à Valenciennes le 8.
L’année est pluvieuse,
l’été est frais. En Europe du Nord, Ecosse et
Scandinavie, c’est l’année 1696 qui est
terriblement froide et pluvieuse. Il gèle en
Suède au mois d’août. La Finlande perd
un quart de sa population. L’Ecosse souffre de la
pluviosité excessive de
l’été 1696, puis de nouveau en 1698. A partir de 1699,
jusqu’en 1707, se profilent des années plus
clémentes. La chaleur estivale revient. Le
printemps-été 1704 est plutôt
chaud : vendanges précoces et de très
bonne qualité. En 1705, si le gel est observé
début mai, deux énormes vagues de chaleur ont
lieu en juillet et en août. Sur l’ouest, la
sécheresse s’installe en juin, juillet et
août. L’été 1706 est
également chaud et donne un très bon vin. En
1707, forte vague de chaleur entre fin juillet et août. En 1707-1708 se produisent 4
éruptions volcaniques très importantes, dont 2
proches de nous : le Vésuve et le Santorin.
Conséquence sur le temps ? En tout cas, en 1708, la
situation se détériore :
gelée en mai en Normandie et en Alsace. Temps maussade et
pluvieux en juin et juillet, vendanges tardives. Le « grand
hiver » de 1709 : dès le mois
d’octobre 1708, les gelées font leur apparition,
soit le 19, soit le 28. Nouvelle fraîcheurs
marquées entre le 18 et le 25 novembre, puis du 5 au 12
décembre. Le grand froid s’installe entre le 5 et
le 24 janvier, puis du 4 au 10 février, du 22 au 28
février, enfin du 10 au 15 mars. Le mois de janvier 1709 serait le
plus froid de ces 500 dernières années. A Paris,
il y a 19 jours avec T° inférieures à
-10°. Il fait froid jusqu’à Naples et le
sud de l’Espagne. L’Ebre est prise par les glaces.
Les oliveraies de Provence, Bas-Rhône et Languedoc sont
quasiment anéanties. Les ceps de vigne gèlent,
phénomène rare que l’on retrouvera en
février 1956. Les blés gèlent par
manque de protection par la neige. Les années 1711, 1712 et
1713 sont assez humides et fraîches. Les inondations sont
fréquentes. A partir de 1714, la conjoncture
climatique est beaucoup plus favorable ; le
réchauffement devient même spectaculaire et
carrément exceptionnel durant les années 1720 ; durant
la période 1717-1733, les
températures moyennes atteignent à la pleine
chaleur du XXè siècle, surtout pour les printemps
et les étés, septembre inclus. Entre 1719 et
1732, les mois de mai ont gagné 2,3° par rapport
à la moyenne 1690-99, et les printemps sont un peu plus
chauds que sur la période 1901-1960. Les
étés sont un demi degré plus chauds
que la moyenne 1901-1960. Les mois de septembre sont 1,2° plus
chauds que la moyenne 1901-1960 ! Les 2 décennies 1720 et
1730 sont donc chaudes. La conséquence sur les glaciers
n’est pas si importante, car le réchauffement
printemps/été a été
compensé par la continuité d’hivers
froids et parfois très neigeux (1716, 1718, 1719, 1720,
1726, 1729). Ces étés chauds ont
engendré une surproduction viticole importante et presque
une situation de crise dans ce secteur. En Angleterre, la
décennie 1730 serait la 2ème
décennie la plus chaude après 1990. Elle est due
principalement à une série d’hivers
doux, qui concernent également la France. En 1718 et 1719 se
succèdent 2 étés très
chauds, puis de nouveau en 1726, 27, 28, et encore de 1731 à
1734. L’été 1725 sera la seule
exception. Les groupes
d’étés chauds du XIIIè au
XXè siècle : 1331, 1332, 1333 - 1383
à 1386 - 1420 à 1422 - 1726 à 1728 -
1757 à 1759 - 1778 à 1781 - 1857 à
1859 - enfin durant la décennie 1990, 5
étés non regroupés, mais
nombreux : 1992, 1994, 1995, 1997, 1999. Sur les étés
1718 et 1719, le second est plus chaud et plus sec. Les sauterelles
africaines sont observées en Languedoc ! Vendanges
hyper précoces, comme les autres couples
d’étés chauds et secs 1683-84 et plus
tard 1892-93. La dysenterie provoque une pointe de mortalité
importante. L’année 1725
fait exception, et plus précisément une
période de 15 mois allant de février
1725 à avril 1726 inclus. Les pluies sont
abondantes en février, mars et avril 1725
(débordement de la Marne, de l’Yonne).
L’été est véritablement
pourri, très frais et très pluvieux, sur la
période allant de mai à septembre,
c’est l’un des étés les plus
frais avec 1330, 1359, 1436, 1485, 1491, 1587, et 1628. Le mois
d’août est particulièrement
pourri : en Suisse, selon les villes, il pleut entre 24 et 30
jours, il neige en montagne. Enfin, l’année
1740. Déjà, fin 1738, on notait un
rafraîchissement. L’année 1739 est
médiocre, surtout les 9 derniers mois. 1740 est
véritablement catastrophique, hyper froide de bout en bout.
L’hiver est exceptionnellement rigoureux : il
gèle sans discontinuer deux mois durant, entre
début janvier et début mars.
L’Angleterre, l’Irlande et l’Ecosse
connaissent un hiver remarquablement froid et neigeux. Le froid se
poursuit tout le printemps, au point que le foin ne parvient pas
à pousser dans les prés (ce qui donnera un lourd
déficit en fourrage préjudiciable à la
nourriture des animaux). Vers la fin juin, les températures
sont enfin plus douces, mais le mois d’août est
très humide et frais. Il gèle durant la
première décade d’octobre, alors que
les vendanges sont loin d’être entamées.
L’automne est pluvieux. Au mois de décembre il
pleut trop et il y a des inondations. A Paris, voici
l’écart à la moyenne thermique
mensuelle normale : Janvier 1740 :
-7,4° ; février :
-7,7° ; mars : -2,9° ;
avril : -0,5° ; mai : -2,0°.
Gelée les 6 et 8 octobre ; inondations de la Seine
en décembre. Toute l’Europe du Nord
est concernée, alors que les températures restent
plus clémentes autour du bassin
méditerranéen. Les années qui suivent 1741, 1742, 1743 et même 1744 sont assez médiocres et la récupération est difficile pour les populations de l’Europe entière. Frédéric Dissard, Météorologue à La Chaîne Météo
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