« Histoire humaine et comparée du climat. Canicules et glaciers XIIIe – XVIIIe siècles »

Emmanuel Leroy Ladurie

Résumé par Frédéric DISSARD, météorologue sur La Chaîne Météo  

Le Petit Age Glaciaire (PAG) caractérise une longue période allant en gros du XIVe au XIXe siècle. Il y a au cours de cette période 3 pics glaciaires (donc en terme d’étalement des glaciers et non pas de températures) : entre 1300 et 1380, entre 1620 et 1670 et entre 1820 et 1860.  

Le « beau XIIIe siècle » est marqué par de nombreux étés chauds ou très chauds, surtout pendant la 1ère moitié du siècle : 1205, 1206, 1208, 1217, 1222, 1228, 1232, 1235-36-37-38,  1241 (avec une sécheresse remarquable entre janvier et septembre), 1244, 1248, puis 1252, 1262, 1266, 1267, 1272, 1277, 1282, 1284-85, 1287-88, 1293, 1296-97. Les étés 1303, 1304 et 1305 sont corrects, et cela dure en gros jusqu’en 1310.

Nos chauds étés de la fin du XXè et début XXIè siècles seraient tout à fait comparables à ces étés du XIIIè siècle. Entre ces deux périodes, il y a eu aussi des étés très chauds, mais ils ont été moins nombreux, et il y a eu plus d’étés frais.  

Ce PAG finit une période que l’on appelle le Petit Optimum Médiéval (POM), dont la plénitude est atteinte entre 1160 et 1290, le XIIIè siècle constituant l’apogée de ce POM. Avant 1200, on retrouve 3 décennies fraîches et humides, de 1150 à 1169, et de 1190 à 1199 ; Après 1300, un phénomène analogue est observé pour 6 décennies, en particulier 1310-1319 et 1340-1349. Entre les deux, durant le XIIIe siècle, il n’y en a pas ; il y a juste deux décennies faisant preuve d’une relative fraîcheur et humidité, soit les décennies 1250 et 1270, avec l’été pourri notamment de 1258.  

Quelques anecdotes climatiques :

L’hiver 1076-77 est excessivement rude : les fleuves sont gelés jusqu’en Italie et en Espagne; le froid dure de la mi-novembre jusqu’en mars-avril selon les régions. Le Rhin est gelé du 17/11 au 07/04. Il fait partie des hivers les plus froids jamais connus. Autres hivers exceptionnels : 1364, 1408, 1435, 1565, 1684, 1789, 1830 (après cette date, il n’y en a plus).

L’année 1146 aurait été très pluvieuse.

En 1151, il pleut énormément à partir de mai et ce, pendant tout l’été : inondations estivales, mauvaises récoltes, mauvais vin.

Mauvaise période également, assez pluvieuse entre 1195 et 1197.

 

Première période du PAG : 1303-1380 :  

L’année 1303 est retenue comme étant celle marquant l’entrée dans le PAG. De fait, l’hiver 1303-1304 est pourtant un hiver considéré comme doux, mais il est le dernier d’une série qui affile des hivers froids sans discontinuer jusqu’en 1328, alors que l’on retrouvera à nouveau des hivers doux ultérieurement (7 entre 1331 et 1374). Durant cette période 1303-1328, 11 hivers se révèlent très froids, dont 4 sévères, et 2 extrêmement sévères. Ainsi, les 2 hivers 1305-1306 et 1322-1323 atteignent quant à la durée et l’intensité du froid les hivers 1788-89 et 1962-63. Les 2 autres hivers sévères sont ceux de 1313-14 et 1321-22 (la mer du Nord gèle).

La moyenne des hivers 1303-1328 est 1,6° inférieure aux moyennes hivernales 1901-1960.  

A partir de la décennie 1310, ce sont les printemps et les étés qui se détraquent. Durant 8 années consécutives, entre 1312 et 1319, la pluviométrie est importante et supérieure à la normale. Les années allant de 1314 à 1317 sont particulièrement pluvieuses.  

Le court règne de Louis X le Hutin (1314-1316) est marquée par une famine terrible, résultat de récoltes désastreuses dues à la mauvaise conjoncture météo : été 1314 médiocre, printemps et été 1315 très pluvieux. Cette conjoncture pluvieuse persiste durant presque toute l’année 1316, et c’est entre 5 et 10% de la population qui meure de faim et/ou de maladie en France, en Belgique, Pays-Bas, Allemagne et Angleterre.  

Grande sécheresse et chaleur durant l’été 1326 (de la Normandie à la Bohême et en Hollande).  

La décennie 1340-49 est très pluvieuse, comme le fût celle de 1150-59. Inondations du Rhin pendant l’été 1342. Vendanges tardives le 9 octobre en Toscane. Nouvelles inondations en Europe du Nord en 1343. On assiste à une série de printemps frais et d’étés pluvieux en 1345-46-47. L’été 1346 est très pluvieux en France. En 1347, les vendanges ont lieu début novembre ! Cette série de 3 étés consécutifs froids et pluvieux serait tout à fait unique ! L’auteur fait remarquer qu’il y a une tendance à ce que les étés frais se regroupent (phénomène que l’on peut retrouver par exemple en 1692-94 et en 1812-1817).

L’hiver de 1347-48 (date de l’arrivée de la peste) a été continuellement doux et sec. D’une façon générale, les hivers seraient assez doux entre 1339 et 1354.  

Les années qui suivent heureusement sont meilleures. Les étés 1351 et 1360 sont chauds et secs, mais trop, et cela est finalement dommageable aux récoltes. 1352 et 1361 sont aussi des étés secs et chauds. Mais les étés frais ou très frais restent majoritaires : en 1356, 1359, 1365-66 (vendanges le 17 octobre seulement à Dijon), 1369-70, 1372, 1374, 1378.

Surtout, les hivers froids restent la règle et sont nombreux : 1351, 1352, 1354, 1355 (très froid), 1359, 1361, 1367, 1370, 1372, 1374, 1375, et surtout celui de 1363-64 : le gel dure 14 à 15 semaines consécutives, de décembre à fin mars, avec neiges abondantes. Les dégâts sont importants pour les vignes et les noyers. Les fleuves gèlent durant 3 mois, de début janvier à fin mars ; gel de la lagune de Venise et des lacs suisses ; 14 semaines de gel en Avignon.  

En 1370, le printemps est très sec (aucune pluie en mars, avril et mai), mais l’été est très pluvieux, avec inondations, et gel des vignes en octobre.  

La période 1373-74 est marquée par une très forte pluviosité. Les inondations sont nombreuses en France, en Allemagne et dans les pays tchèques entre octobre et juillet, mais aussi dans le sud de l’Europe, en Italie. Entre février et juillet 1374, les pluies sont quasi continuelles à Montpellier et en Italie. Une situation qui aboutira à une famine sur le sud de l’Europe en 1374-75, phénomène rarissime, les famines étant surtout dues dans cette région aux sécheresses.  

Période 1380-1560 :  

Cette période est marquée par un léger réchauffement, surtout entre 1380 et 1455. Le climat y est certainement assez proche de la période 1900-1960.

Pour les printemps-étés, le maximum de douceur se situe entre 1415 et 1435.

La relative douceur du XVè siècle tient surtout pour les étés. Les autres saisons restent plus froides que la période contemporaine, notamment les hivers. On est d’une manière globale en situation de PAG modéré. La fin du XVè, entre 1461 et 1504, connaît un nouveau rafraîchissement.  

Durant la décennie 1380, les printemps-étés sont plutôt secs et chauds. Les dates de vendanges sont assez précoces entre 1380 et 1386.

Un optimum est atteint entre 1414 et 1435, avec 20 années qui ont connu des dates de vendanges plus précoces que la moyenne, 1428 étant la seule exception. On ne retrouve quasiment pas d’équivalent à cette phase estivale chaude très longue.  

L’hiver 1407-1408 est extrêmement rigoureux. On observe un grand gel du 20 novembre à la mi-février. Des vignes et des arbres fruitiers gèlent, avec des t° qui ont pu descendre jusqu’à -20/-25°. La zone méditerranéenne fut relativement épargnée. Le reste de l’année est assez frais et pluvieux.  

L’été 1414 est chaud et sec, au point qu’il interrompt la guerre entre français et bourguignons pour cause d’épidémie de dysenterie.  

L’année 1420 est exceptionnellement chaude et ensoleillée (après un hiver doux). A Dijon, vendanges hyper précoces : le 25 août. Toute l’Europe occidentale serait concernée, des Pays-Bas jusqu’à l’Italie. La chaleur sévit de février à mai, avec des T° supérieures de 2 à 3° par rapport aux années 1901-1960. Les fruits mûrissent très tôt. En albigeois, la moisson du seigle commence le 25 mai. En fait, c’est une mauvaise récolte car l’année est trop sèche. La récolte ne fût pas bonne entre l’Angleterre, le Bassin Parisien et l’Aquitaine : trop chaud, trop sec !

L’été 1420 fait partie des 9 étés les plus chauds du PAG, avec les étés 1326, 1422, 1473, 1540, 1556, 1781, 1783 et 1846. Pour la période suivante, il y aura 3 étés semblables : 1859, 1868, 1994.  

Etés les plus chauds de la période 1380-1455 : 1385, 1390, 1400, 1420, 1422, 1424, 1434, 1442, 1447.  

D’une manière générale, cette période est plutôt favorable à une reprise économique dans une Europe dont la population a presque diminué de moitié par rapport aux maxima atteints durant la première moitié du XIVè siècle. Reprise économique très contrariée en France par la persistance de la Guerre de Cent ans.  

En 1432, une mauvaise récolte est due à un hiver rigoureux, un printemps froid et pluvieux. Pluies incessantes et gels de la Toussaint 1431 au 31 décembre. Ensuite gel ou regel de la Seine le 13 janvier 1432 et pendant les 17 jours suivants. Inondations en mars 1432 ; Grêle, gel et neige en avril, jusqu’en mai ; enfin, 24 jours de pluie en juillet. Août est beau, mais c’est trop tard pour le blé.   

La mauvaise récolte de 1438 est liée elle à une grande humidité et au froid qui durent jusqu’en juin. Fin juin, la Seine déborde, et selon un chroniqueur, il ferait aussi froid qu’en février ou mars. Humidité et fraîcheur qui sont valables aussi pour la Hollande et l’Angleterre. La fin de l’été en revanche est bonne, d’où de bonnes vendanges.   <![endif]>

Les famines successives de 1420-21, 1432-33 et 1438-39 provoquent un nombre de décès très importants. La démographie européenne ne se relève toujours pas, pire, elle atteint son point le plus bas (estimation de la population française : elle serait passée de 20 à 10 millions d’habitants).  

Les années qui suivent sont plus favorables : bel été de 1442, de même en 1457-58, puis 1461-62, 1464 et 1471-73 (1473 : année remarquable, il fait chaud et sec surtout à la fin de l’été ; vendanges à Dijon le 29 août). Chaleur aussi en 1494-95. Mais d’une manière générale, on note une tendance à une certaine fraîcheur estivale sur la seconde moitié du XVè siècle, et déjà un peu avant : c’est le cas en 1436, 1438, 1445-46, 1448-49, 1453-56, 1465-68, 1474-77 (été 1477 particulièrement pourri), 1480-81, 1485, 1488-91, 1496-97. On peut remarquer l’importance des biennats voire des triennats.  

En 1480, on signale des inondations pour le Tibre, le Danube, le Rhin, le Main en juillet ; vendange tardive, début octobre. L’hiver 1480-81 est très rude, avec surtout un premier coup de froid intense sans neige qui détruit les récoltes fin décembre. L’Escaut reste pris entre janvier et mars. Enormément de neige en Flandre, en région lyonnaise. Le dégel provoque ensuite des inondations. Le printemps et l’été sont pluvieux, des inondations se produisent entre juillet et septembre. Vendange très tardive : le 17 octobre à Dijon.  

Le XVIè siècle est à partager en deux : première partie jusqu’en 1560, et après, où la T° s’abaisse de manière brutale.

Caractéristiques de ce XVIè siècle :

¯    les hivers sont assez doux durant les décennies 1520 et 1550. Néanmoins, la moyenne 1500-1559 est inférieure à celle de 1901-1960, on reste bien en PAG.

¯    Les printemps sont plus frais durant la décennie 1520 et surtout pendant les 4 dernières décennies du siècle.

¯    Les étés sont assez chauds de 1500 à 1520. Une séquence froide intervient entre 1526 et 1531, surtout l’été 1529. Une belle période estivale se dégage entre 1532 et 1567, surtout les étés 1534-36, 1540 et 1556-59. Une petite série d’étés pourris s’intercale entre 1541 et 1544.  Quant aux dernières décennies, elles sont beaucoup plus froides que la période 1901-1960. On dénombre 14 étés frais entre 1585 et 1598, dont 8 consécutifs entre 1591 et 1598, du jamais vu !  En 1586, la neige est observée les 5 et 6 juin sur la Costa Brava !

¯    Automnes : ils sont assez frais entre 1509 et 1520. La décennie 1540 est chaude. Beaucoup d’automnes sont frais ou froids entre 1565 et 1590.

  Concernant cette première période 1500-1560 :

Les vendanges sont précoces entre 1498 et 1504 (Année 1504 particulièrement chaude ; il s’agirait de l’un des 12 étés les plus chauds entre le XVè et le XXè siècle dans l’hémisphère nord).

La vendange est très précoce en 1516, on n’avait pas vu cela depuis 1473. 1517 est aussi une année chaude.

L’hiver 1520-21 est très doux et humide. La pluviosité est excédentaire entre l'automne 1520 et le printemps 1521, conditions néfastes aux céréales et qui provoqueront une assez mauvaise récolte en 1521, malgré des conditions météo qui redeviennent favorables durant l'été.

Les étés sont chauds en 1523 et 1524. Le mois de mai 1524 est très sec et chaud.

Années 1526 à 1531 :

¯    1526 : récoltes médiocres.

¯    1527 : printemps très pluvieux ; mai froid

¯    1528 : à nouveau un printemps pluvieux, surtout avril.

¯    1529 : été véritablement pourri. C’est l’une des grande années sans été, comme le seront plus tard 1618, 1675 et 1816.

¯    L’hiver 1529-1530 est très pluvieux et engendre des inondations.

¯    De nouvelles inondations se produisent pendant l’hiver 1530-31. L'excessive pluviosité se prolonge parfois jusqu'à l'été, d'où de mauvaises récoltes en 1531

Période 1536-1540 : l’été 1536 (JAS) est chaud et sec, mais pas trop. L’année 1540 est tout à fait exceptionnelle. L’excédent thermique est continuel de mars jusqu’à octobre, un été certainement plus chaud que celui de 1947 ; soleil de plomb ; on traverse le Rhin à pied, mais aussi d'autres fleuves ; la Suisse ne voit pas la pluie en juillet.

L’été 1545 est également très chaud et très sec ; les premières grosses chaleurs se produisent dès le mois de mai. De même en 1556, où la sécheresse est très marquée : avril et mai sont extrêmement secs, heureusement il pleut un peu début juin, mais les blés ont souffert ; la récolte a lieu le 1er juillet, en petite quantité en raison du manque d'eau. Très bonne récolte pour le vin.

En 1559, la douceur est prédominante dès mars, et la chaleur persiste jusqu'en septembre, sans excès.  

A partir de 1560, un nouveau mauvais cycle commence :

L’été 1560 est pourri

L’hiver 1561-1562 est très humide, ce qui provoque de nombreuses inondations. Durant l’année 1562, les pluies sont très fréquentes. Si le printemps est chaud, l’été est pourri, avec un mois de juin très froid et très pluvieux. Un orage mémorable s’abat sur toute l’Europe Centrale le 3 août 1562. Il s'ensuite une disette-famine, doublée de la peste, conduisant à une perte démographique énorme de plus d'un million de personnes entre 1562 et 1563 (pour une France peuplée d'environ 20 millions d'habitants).

L’hiver 1564-65 est très froid, le plus froid depuis celui de 1480-81. Les vignes et les noyers gèlent. Ce froid est très nocif, car il agit par vagues successives, avec des interruptions, il y a donc eu des dégels et des regels qui ont tué les semis, notamment en région parisienne, mais également aux Pays-Bas et en Angleterre. Le gel dure jusqu'à début avril. En janvier 1565, le roi Charles IX qui fait son voyage en France, est bloqué 10 jours à Carcassonne par la neige !

Beaucoup d’hivers froids se succèdent : en 1561, 1565, 1569, 1571, 1573.  

L’hiver 1572-73 est très rigoureux et très long, en gros d’octobre à avril, avec du gel entre novembre et février. L’Europe Centrale surtout est touchée : tous les cours d’eau et les lacs situés en gros jusqu’au lac de Constance gèlent. De plus, le printemps et l’été 1573 sont frais et très pluvieux, tous les mois étant concernés sans exception. Du coup, vendange tardive, le 11 octobre, à Dijon, et vin très mauvais.

Le triennat 1585-86-87 est constitué d’étés frais. L’hiver 85-86 est très froid. Pire, durant les deux années 1585 et 1586, les saisons pluvieuses et froides sont quasiment ininterrompues. Des inondations se produisent partout en Europe du Nord, y compris en été. Le printemps 1586 est très froid jusqu’à la mi-mai. Ces mauvaises conditions météo épargnent suffisamment le sud de la France pour que les récoltes y soient bonnes.  

La décennie 1590 est assez remarquable, notamment les 7 années consécutives allant de 1591 à 1597, qui sont marquées par une succession quasiment ininterrompue d’hivers froids et d’étés frais et surtout pluvieux. Durant cette période, toutes les vendanges sont tardives, les récoltes céréalières de même. Néanmoins, ces récoltes n’atteignent pas véritablement de niveau catastrophique, ainsi, les populations ne subissent pas de nouveau choc démographique grave comme cela a déjà pu être le cas. Ce qui tue, surtout, ce sont, en France, les guerres (siège de Paris notamment en 1590). Plus dans le détail, l’hiver 1593-94 est très humide, suivie d’une saison printanière-estivale 1594 également pluvieuse. Conditions qui aboutiront à une disette en Angleterre en 1595, ce qui est rare là-bas. La récolte céréalière française de 1596 est gâchée par une période pluvieuse importante en été : on enregistre 6 semaines de pluie consécutives à Troyes à partir du 26 juin. La Belgique et l’Allemagne sont également concernées. Enfin, l’année 1597 clôture cette période de belle façon : l’été et le début de l’automne sont pluvieux à souhait et froids sur une grande partie de l’Europe du Nord. Heureusement, les étés 1598 et 1599 sont, l’un chaud, l’autre ensoleillé, donc bienfaisants pour l’agriculture !

Entre 1586 et 1605, tous les hivers sans exception sont très neigeux. Tout cela alimente les glaciers qui atteignent des maximums historiques durant la décennie suivante (il y a toujours un petit temps de retard), maximums qui seront conservés jusqu’en 1640 à peu près. Les glaciers du Mont Blanc descendant vers la vallée de Chamonix atteindront leur maximum d’extension vers 1643-44 (ils emportent parfois une partie des villages existants). 

  Le XVIIè siècle relève bien encore du PAG. Néanmoins, les étés sont moins marqués par la fraîcheur : ainsi, leur moyenne serait à peu près normale, en tout cas pas aussi déficitaire que durant la période précédente 1560-1600, et surtout la décennie 1590.

Mais la principale caractéristique est là : les hivers restent majoritairement froids et humides, donc neigeux (ce qui continue à alimenter fortement les glaciers). Sur une étude portant sur 67 hivers néerlandais, entre 1608 et 1674, onze seulement sont secs, les autres étant humides. En France, les hivers restent très neigeux en 1608, 1611, 12, 14, 15, 16, 17, 18, 20, 21, 22, etc.

 

La période 1602-1619 est beaucoup plus agréable : les printemps-étés sont généralement plus chauds, surtout comparés à la décennie précédente. Durant cette période, beaucoup d’hivers sont froids et neigeux, en particulier le très rude hiver 1607-1608, qui dure du 20 décembre à la mi-mars. Il est suivi d’un été médiocre.

Un autre hiver froid, celui de 1615-1616, est suivi en revanche d’une énorme vague de chaleur en juin-juillet 1616 (qualifié d’été brûlant).

L’hiver qui suit, 1616-1617, est assez doux et très humide, suivi d’un été frais.  

Entre 1620 et 1622, on retombe dans le frais et le froid : l’hiver 1620-1621 est sévère, s’étalant de novembre jusqu’à mars ; des ceps de vigne gèlent en février en Alsace ; gelées en avril ; l’été 1621 est très frais. L’hiver 1621-22 est rude de la mi-décembre à mi-février. L’été 1622 est pourri en Angleterre et sur l’Europe Centrale, un peu moins en France, avec beaucoup de pluies. C’est l’une des rares crises frumentaires que connaît l’Angleterre et l’une des dernières aussi.

Très bel été en 1624, après un hiver très neigeux.

Entre 1625 et 1633, sur 9 hivers, 4 sont normaux et 4 doux, une exception « chaude » qui tranche dans ce XVIIè siècle. Mais si les hivers sont doux, les printemps-étés sont médiocres durant cette même période. On dénombre 6 printemps tardifs consécutifs entre 1625 et 1631. Les étés 1625 et 1626 sont humides. En 1627 : 6 mois frais et très humides entre janvier et juin ; en 1628 : 5 mois frais et très humides d’avril à août ou septembre, enfin, même constat pour la période allant d’octobre 1629 à mai 1630. Les inondations sont fréquentes. La récolte est catastrophique sur l’ouest de la France en 1630, y compris en Agenais.

Nota sur le mois de mai 1626 : la dernière semaine du mois aurait été véritablement glaciale et hivernale : des sources évoquent le gel des lacs et rivières (!!).  

De 1635 à 1639 : changement, avec une série de 5 étés plutôt beaux et généralement secs. En 1636, la chaleur engendre même une grave épidémie de dysenterie, avec un pic de mortalité énorme, comme en 1587 (mais pas pour les mêmes raisons). La dysenterie fera encore des ravages en 1639, notamment sur le nord-ouest de la France. A Angers, le temps chaud et la sécheresse dominent entre juin et octobre 1639.

La décennie 1640 est marquée par le retour d’une majorité d’étés frais.  

Finalement, entre 1625 et 1652, les étés frais sont majoritaires : 1625 à 1628, 1632 à 1634, presque toute la décennie 1640, surtout entre 1640 et 1643 et de 1648 à 1652 (pendant la période de la Fronde). Dans le même temps, les hivers sont neigeux : il y en a 12 successifs entre 1640 et 1651 !  

Les années 1642 et 1643 sont assez difficiles, dans le Nord comme dans le Sud ; l’Aveyron est sinistré en raison des mauvaises récoltes dues aux conditions météo défavorables.

1647 : froid en novembre, mais l’hiver est assez doux.

Mars 1648 est un mois hivernal avec gel et neige. Le printemps est pluvieux jusqu’à la mi-mai, puis de nouveau très pluvieux entre juin et septembre : le blé germe dans les champs.

L’hiver 1648-49 est froid et long, de novembre jusqu’à mars/avril. La Tamise est gelée en février. Les inondations sont fréquentes aussi durant cette période. L’été est frais et pluvieux, ce qui aboutit à une mauvaise récolte.

L’hiver 1649-50 est normal, le printemps satisfaisant, mais l’été est à nouveau pluvieux.

L’hiver 1650-51 est très pluvieux, surtout janvier 1651, et de graves inondations frappent tout le nord de la France. En revanche, l’été est plutôt chaud et sec.  

Aux Pays-Bas, les étés frais et pluvieux de 1648, 1649 et 1650 sont encore suivis d’étés humides en 1651, 1652, 1653 et 1654.

  Minimum de Maunder : période s’étalant de 1645 à 1715 durant laquelle les tâches solaires auraient pratiquement disparu. A mettre en relation avec un éventuel refroidissement de la période ? Cette constatation a été mise à jour en 1887 par l’astronome allemand Spörer, mais cela est passé alors inaperçu. L’astronome anglais Maunder reprend et développe ses thèses à partir de 1890, sans plus de succès. Il s’appuie sur les observations des hommes du XVIIè siècle qui avaient noté cette absence de tâches solaire. Il faut attendre la fin du XXè siècle pour voir cette thèse développée. Coïncidence frappante : il n’y a eu aucune tâche solaire, à l’exception d’une seule en 1695, entre 1689 et 1700 ; cela correspond aussi à la décennie la plus froide qu’aie jamais connue l’Europe.  

Les hivers sont très neigeux durant 6 années consécutives, entre 1655 et 1660.

Hiver 1657-58 : septembre avait été très arrosé, puis à nouveau décembre (beaucoup de neige). Le mois de février 1658 est très pluvieux ; associé à la fonte des neiges, cela provoque les inondations les pires connues sur l’ensemble du Bassin Parisien, pire qu’en 1910 !  

La pluviosité est à nouveau très importante en 1661, d’où une récolte désastreuse et une famine en 1662 ; fortes pluies également en janvier, février mars 1662.

Tout cela est peut-être à mettre en relation avec une activité volcanique importante entre 1658 et 1661.  

S’ensuit une belle période (correspondant au ministère de Colbert) entre 1663 et 1672, avec certes des hivers encore froids, mais surtout des étés chauds, en particulier celui de 1666, très chaud et très sec. A Londres, la Tamise atteint un niveau extrêmement bas, et le grand incendie de Londres de septembre 1666 trouve une part de son origine, et de sa rapide propagation, dans la sécheresse. L’été 1673 termine cette série : en juin, il neige à Bâle ; le Rhin est prêt à déborder.  

1675 : été très frais sur toute l’Europe, y compris près des régions méditerranéennes. Le temps est très froid en Provence fin juin et début juillet. Les vendanges se font à la fin du mois d’octobre en France et en Espagne ! Là encore, conjoncture avec des éruptions volcaniques importantes. Hormis cet incident, qui n’affecte que très peu les récoltes car fin juillet les sauve avec un peu de chaleur, la décennie 1670 est plutôt bonne.   <![endif]>  

Entre 1676 et 1686, à l’exception de l’été 1677 assez frais, ces années sont souvent chaudes et sèches sur le sud de la France, surtout entre 1679 et 1686, ce qui provoque une succession de mauvaises récoltes, alors que les conditions sont très favorables pour la moitié nord, où cette situation se prolonge même jusqu’en 1690. A l’automne 1679, la Garonne manque d’eau ; l’hiver et le printemps 1680 sont très secs en Languedoc, de même que l’été ; la pluie n’arrive qu’en octobre. Les années suivantes sont toujours marquées par la sécheresse dans le sud. Enfin, en 1686, les abords du Rhône sont envahis par les sauterelles.  

L’hiver 1683-84 est extrêmement rude, l’un des plus rudes du PAG, avec des températures descendant entre -10 et -20° en décembre, janvier et février. Mais la neige protège les blés.  

La décennie 1690 va voir se succéder une série de saisons pourries, froides et pluvieuses, qui vont aboutir en France à la famine de 1693-94, terriblement meurtrière (2 fois plus que les pertes humaines de la Première Guerre Mondiale). L’année 1690 est humide, l’année 1691 froide, 1692 froide et humide, 1693 très humide, enfin 1694 froide, sauf l’été qui sera correct, et va rattraper un peu la situation.

L’hiver 1691-92 est froid et très neigeux, suivi d’un printemps et d’un été frais et pluvieux. La moisson est à demi-ratée, la vendange très tardive, de très petite quantité et de très mauvaise qualité. Les pluies de l’automne empêchent les semailles de se dérouler correctement. Au printemps 1693, les pluies recommencent, qui compromettent les semailles de printemps, et le désastre se termine par un coup d’échaudage en août.

L’hiver 1694-95 est très froid, et la fraîcheur est observée jusqu’en septembre. Pluviosité importante durant l’été, y compris sur le sud de la France. D’une manière plus générale, 1695 serait une année froide sur l’ensemble de l’hémisphère nord.

1696 : année plutôt fraîche, de même pour 1697.

Hiver 1697-98 à nouveau très froid, suivi d’un mois de mai également très froid : il gèle le 3 et il neige à Valenciennes le 8. L’année est pluvieuse, l’été est frais.  

En Europe du Nord, Ecosse et Scandinavie, c’est l’année 1696 qui est terriblement froide et pluvieuse. Il gèle en Suède au mois d’août. La Finlande perd un quart de sa population. L’Ecosse souffre de la pluviosité excessive de l’été 1696, puis de nouveau en 1698.  <![endif]>

A partir de 1699, jusqu’en 1707, se profilent des années plus clémentes. La chaleur estivale revient. Le printemps-été 1704 est plutôt chaud : vendanges précoces et de très bonne qualité. En 1705, si le gel est observé début mai, deux énormes vagues de chaleur ont lieu en juillet et en août. Sur l’ouest, la sécheresse s’installe en juin, juillet et août. L’été 1706 est également chaud et donne un très bon vin. En 1707, forte vague de chaleur entre fin juillet et août.

En 1707-1708 se produisent 4 éruptions volcaniques très importantes, dont 2 proches de nous : le Vésuve et le Santorin. Conséquence sur le temps ? En tout cas, en 1708, la situation se détériore : gelée en mai en Normandie et en Alsace. Temps maussade et pluvieux en juin et juillet, vendanges tardives.

Le « grand hiver » de 1709 : dès le mois d’octobre 1708, les gelées font leur apparition, soit le 19, soit le 28. Nouvelle fraîcheurs marquées entre le 18 et le 25 novembre, puis du 5 au 12 décembre. Le grand froid s’installe entre le 5 et le 24 janvier, puis du 4 au 10 février, du 22 au 28 février, enfin du 10 au 15 mars.

Le mois de janvier 1709 serait le plus froid de ces 500 dernières années. A Paris, il y a 19 jours avec T° inférieures à -10°. Il fait froid jusqu’à Naples et le sud de l’Espagne. L’Ebre est prise par les glaces. Les oliveraies de Provence, Bas-Rhône et Languedoc sont quasiment anéanties. Les ceps de vigne gèlent, phénomène rare que l’on retrouvera en février 1956. Les blés gèlent par manque de protection par la neige.

Les années 1711, 1712 et 1713 sont assez humides et fraîches. Les inondations sont fréquentes.

A partir de 1714, la conjoncture climatique est beaucoup plus favorable ; le réchauffement devient même spectaculaire et carrément exceptionnel durant les années 1720 ; durant  la période 1717-1733, les températures moyennes atteignent à la pleine chaleur du XXè siècle, surtout pour les printemps et les étés, septembre inclus. Entre 1719 et 1732, les mois de mai ont gagné 2,3° par rapport à la moyenne 1690-99, et les printemps sont un peu plus chauds que sur la période 1901-1960. Les étés sont un demi degré plus chauds que la moyenne 1901-1960. Les mois de septembre sont 1,2° plus chauds que la moyenne 1901-1960 !

Les 2 décennies 1720 et 1730 sont donc chaudes. La conséquence sur les glaciers n’est pas si importante, car le réchauffement printemps/été a été compensé par la continuité d’hivers froids et parfois très neigeux (1716, 1718, 1719, 1720, 1726, 1729). Ces étés chauds ont engendré une surproduction viticole importante et presque une situation de crise dans ce secteur.

En Angleterre, la décennie 1730 serait la 2ème décennie la plus chaude après 1990. Elle est due principalement à une série d’hivers doux, qui concernent également la France.

En 1718 et 1719 se succèdent 2 étés très chauds, puis de nouveau en 1726, 27, 28, et encore de 1731 à 1734. L’été 1725 sera la seule exception.

Les groupes d’étés chauds du XIIIè au XXè siècle : 1331, 1332, 1333 - 1383 à 1386 - 1420 à 1422 - 1726 à 1728 - 1757 à 1759 - 1778 à 1781 - 1857 à 1859 - enfin durant la décennie 1990, 5 étés non regroupés, mais nombreux : 1992, 1994, 1995, 1997, 1999.

Sur les étés 1718 et 1719, le second est plus chaud et plus sec. Les sauterelles africaines sont observées en Languedoc ! Vendanges hyper précoces, comme les autres couples d’étés chauds et secs 1683-84 et plus tard 1892-93. La dysenterie provoque une pointe de mortalité importante.

L’année 1725 fait exception, et plus précisément une période de 15 mois allant de février 1725 à avril 1726 inclus. Les pluies sont abondantes en février, mars et avril 1725 (débordement de la Marne, de l’Yonne). L’été est véritablement pourri, très frais et très pluvieux, sur la période allant de mai à septembre, c’est l’un des étés les plus frais avec 1330, 1359, 1436, 1485, 1491, 1587, et 1628. Le mois d’août est particulièrement pourri : en Suisse, selon les villes, il pleut entre 24 et 30 jours, il neige en montagne.

Enfin, l’année 1740. Déjà, fin 1738, on notait un rafraîchissement. L’année 1739 est médiocre, surtout les 9 derniers mois. 1740 est véritablement catastrophique, hyper froide de bout en bout. L’hiver est exceptionnellement rigoureux : il gèle sans discontinuer deux mois durant, entre début janvier et début mars. L’Angleterre, l’Irlande et l’Ecosse connaissent un hiver remarquablement froid et neigeux. Le froid se poursuit tout le printemps, au point que le foin ne parvient pas à pousser dans les prés (ce qui donnera un lourd déficit en fourrage préjudiciable à la nourriture des animaux). Vers la fin juin, les températures sont enfin plus douces, mais le mois d’août est très humide et frais. Il gèle durant la première décade d’octobre, alors que les vendanges sont loin d’être entamées. L’automne est pluvieux. Au mois de décembre il pleut trop et il y a des inondations.

A Paris, voici l’écart à la moyenne thermique mensuelle normale :

Janvier 1740 : -7,4° ; février : -7,7° ; mars : -2,9° ; avril : -0,5° ; mai : -2,0°. Gelée les 6 et 8 octobre ; inondations de la Seine en décembre.

Toute l’Europe du Nord est concernée, alors que les températures restent plus clémentes autour du bassin méditerranéen.  

Les années qui suivent 1741, 1742, 1743 et même 1744 sont assez médiocres et la récupération est difficile pour les populations de l’Europe entière. 

Frédéric Dissard, Météorologue à La Chaîne Météo


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