Crépitement d'éclairs
Nous sommes durant l'été 1996, je suis alors étudiant, j'ai 22 ans.
Pour me faire un peu de fric, je suis parti avec un groupe de potes en Ardèche, faire la cueillette des framboises. Nous sommes logés par l'exploitant, les filles dans une maison en dure, les mecs sous une grande toile de tente, à l'ombre d’un grand arbre sans doute bien vieux. Nous sommes à Saint Jean Chambre, un tout petit bled situé quand même à plus de 800 m d'altitude. C'est à dire que l'après-midi, on crève de chaud torse nu sur les coteaux en plein soleil, mais que le matin, quand on sort de la tente vers 6h, on se les gèle !
Après un début juillet pluvio-orageux et particulièrement frais, le temps alterne les périodes chaudes et ensoleillées, et de bref passages orageux. Justement, la scène se passe vers le 20 juillet, je ne me souviens plus de la date exacte. Le dernier passage orageux date de deux jours je crois, et le temps est désormais calme, sans chaleur excessive, le flux variant du nord à l'ouest. Bref, un temps pas très excitant pour le passionné que je suis. Surtout que Météo-France confirme ce flux d'ouest nord ouest, dans lequel une perturbation très atténuée, comme le sont celles de juillet, traverse la France. Nous sommes la veille du passage du front. Le vent s'oriente donc légèrement au sud, il fait un poil plus chaud.
A midi, Météo-France confirme le passage du front en fin de nuit suivante sur l'Ardèche, donnant au mieux un ciel ennuagé au lever du jour. Selon les sources, la possibilité d'ondées orageuses à l'avant du front est évoquée ou pas. L'après-midi, outre ramasser les framboises, je remarque bien que les cumulus prennent de l'ampleur sur les montagnes. Il me semble que l'ondée est possible, voir en prime un ou deux coups de tonnerre. Et en effet, vers 17h , le tonnerre retentit, une faible cellule orageuse s'est formée sur une montagne, à environ 15km du lieu de cueillette. C'est un petit orage tout à fait charmant auquel on assiste, quelques éclairs, la trace d'une averse au loin, et puis basta, les nuages s'aplatissent, et moins d'une heure après, ce ne sont que cirrus dans le ciel. Je suis très content d'avoir vu ce petit orage, car à la base, je ne pensais rien voir étant donné le manque d'éléments instables de la situation actuelle.
Le soir, on va boire un coup au bar du coin comme de coutume. Je garde un oeil vers le ciel au cas ou, mais rien à signaler, il fait doux, le ciel est peu nuageux, peu ou pas de vent. Revenus à la tente, on se couche, le réveil est fixé à 6h le lendemain, alors "bonne nuit". Mais le ciel en avait décidé tout autrement!
Je me réveille tout à coup, il est environ 1h je crois, et mes yeux sont à peine ouverts que je vois au travers de la toile de tente un flash, puis deux puis trois très rapprochés... et ces roulements de tonnerre caractéristiques au loin. Le temps de réaliser, j'enfile un T-shirt, mon survet et mes baskets et me voilà dehors, et là... putain!! Je ne vois pas quelques éclairs, mais un crépitement de flash en continu. Je suis impressionné, il n'y a aucune pause entre les lueurs, ce sont des éclairs en continue, tout comme le tonnerre, qui roule, résonne, en continu aussi. Je rentre dans la tente pour réveiller mes potes, mais bien inutile, car à peine retourné, qu'un coup de foudre s'abat dans un fracas sec sans doute pas bien loin de la tente. "On se casse les mecs ...", mais allez tirer du lit des gars qui ne pensent qu'à dormir, et pour qui l'orage est le dernier des soucis...
Mais moi, la situation me semble dangereuse. L'orage est électrique comme je ne me souviens pas en avoir vu, et on est quand même dans une tente au pied d'un arbre plutôt isolé. Mais rien à faire, je me fais remballé. Mais voilà que le ciel se vexe. Une forte averse se déclenche, et surtout, les feux du ciel s'abattent sur St Jean Chambre. Les coups de foudre se succèdent à un rythme effréné, semblant tous plus proches les uns des autres. Les coups sont terribles, terrifiants, et d'ailleurs, je suis terrifié. Les potes qui se la jouaient cool il y a cinq minutes, n'en mènent pas large non plus. Dehors, c'est le déluge. Vu qu'on est déjà en plein coeur de la tourmente, on décide de rester sous la tente... L'orage me semble de toutes façons trop violent pour durer. Et en effet, très vite, le délai entre les éclairs et le tonnerre s'allonge, puis devient raisonnable. Le plus gros est passé. Je suis encore sous le choc. En moins de quatre minutes, nous avons subi au moins 10 impacts très violents et très proches. Tout le monde se recouche, sauf moi bien-sûr. La pluie a cessé, mais le ciel est toujours autant flashé par une multitude d'éclairs. Le tonnerre est encore fort, mais rien avoir avec les coups qu'on vient de subir.
Mais ce qui m'intrigue, c'est que je vois toujours autant d'éclairs vers le sud, que vers le nord ou l'orage s'échappe. Et le tonnerre se refait bien menaçant par le sud. Plus de doute, on va subir un deuxième orage, et ce moins de 10 minutes après le premier.
Et il arrive avec une rapidité affolante. Et à nouveau, c'est le déluge, et surtout, ces décharges qui me coupent les jambes par leurs forces d'une part, et par leur répétitions impressionnantes d'autre part. Cette fois-ci, c’est décidé, on se casse de cette tente. On court donc tous de la tente vers la maison en dure ou sont hébergées les filles. Normalement, on a pas le droit d’y aller, mais bon, les conditions sont exceptionnelles. La minute de course à travers champ pour rejoindre notre tente à la maison restera à jamais dans ma mémoire. Une impression de fin du monde : il pleut à verse, et la foudre claque toutes les 15 secondes. C’est à un immense spectacle son et lumière, tout à fait terrifiant auquel on assiste. On arrive à la maison des filles qui sont à la fenêtre, on est trempé. La traversée de ce champ était une vraie épopée. Sitôt dans la maison, ce deuxième orage s’éloigne aussi rapidement qu’il est arrivé. On a subit environ une nouvelle dizaine de coups très forts. Je viens donc d’assister, en une demi heure, en tout à une vingtaine de fortes détonations, alors que parfois, en une saison estivale entière, je peux les compter sur les doigts d’une main!!! Une fois à la maison, les filles en tenue légère sont la première préoccupation de mes potes. Quant à moi, rien ne peut perturber mon observation du ciel. Dans des situations pareilles, rien d’autres ne compte.
Une pluie fine tombe à présent, et le ciel est toujours illuminé d’éclairs, mais le tonnerre est de plus en plus lointain. Une vingtaine de minutes s’écoulent comme ça, avec encore par moment, la surprise d’avoir un coup relativement fort. Mais voilà que l’activité électrique se re-précise par le sud. Non, encore un? Je n’ose y croire. Et pourtant si. De fortes décharges s’approchent, la pluie reprend. Un nouveau coup très fort éclate. C’est reparti! Et en fait, ce coup très fort sera très curieusement le dernier de la série. De manière inattendue, ce troisième orage s’est éteint. La pluie cesse, les lueurs d’éclairs au nord diminue sensiblement, et à peine trois à quatre minutes après, plus rien!!! Il n’y a plus un seul éclair dans le ciel!! Vraiment, ces orages m’auront surpris sur toute la ligne! D’abord, ils n’étaient pas prévus. Ensuite, ils sont arrivés ou se sont formés à une vitesse folle! Ensuite, la violence de l’activité électrique extrême. Et enfin, comme ça, plus rien, d’un coup! Les cultivateurs chez qui on ramasse les framboises ont un pluviomètre. J’ai donc le chiffre : 21mm d’eau. Rien d’extraordinaire vous allez me dire... Mais ces 21mm sont tombés en peu de temps en fait, les deux très fortes averses n’ont duré qu’au plus 4 minutes chacune. Mais de toutes façons, ce n’est pas la quantité d’eau de ces orages qui est remarquable, c’est l’activité électrique. Je n’en avais jamais connu de telle, et je n’en ai jamais connu depuis.
Du coup, certains de mes potes sont restés coucher avec les filles. Ils garderont donc un bien bon souvenir de cette nuit. Moi aussi, mais pour une toute autre raison. La cueillette des framboises n’a repris qu’en fin d’après midi suivante, puisqu’on ne peut pas ramasser quand les fruits sont mouillés. Les dégâts n’ont finalement pas été trop importants. Sur mon transistor, le lendemain, je constate que l’ensemble de l’Auvergne et Rhône-Alpes ont connus de violents orages, particulièrement vers les monts du lyonnais où de la grêle a été observée. Ce n’est pas trop gênant quand Météo France annonce des orages qui ne se produisent pas. ce l’est plus quand elle n’annonce pas de tels phénomènes!
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